dimanche 29 juillet 2012

Deux textes sur l'astrologie

Pendant un moment, la Jérusalem des Terres Froides s'est intéressée au phénomène de l'astrologie, mais sans trop savoir quoi en penser. Elle est passée des petites introductions jusqu'aux gros ouvrages érudits et elle n'y a trouvé aucune réponse sérieuse à ses questions. Encore au moment de la rédaction de ces lignes, elle est entre deux chaises,  n'acceptant pas d'y adhérer trop facilement. ni de la rejeter catégoriquement. Cependant, étant consciente de l'existence de la métapsychique, la JTF a trouvé deux courts textes qui lui semblent plus pertinents que le reste de ce qu'elle a consulté et elle a décidé de les présenter ici. Le premier de ces deux textes est l'article Astrologie de l'abécédaire 100 mots pour comprendre la voyance de Bertrand Méheust, publié aux Empêcheurs de penser en rond en 2005 (p. 39-43). Le second texte est la réponse à une question qui fut adressée au praticien des sciences occultes Frater U.:D.:, columnist de la revue allemande Anubis sous le pseudonyme humoristique Aunt Klara, et que l'on retrouve en anglais sous le titre What role does astrology play in magic ? dans la compilation d'articles Where do demons live ?, paru aux États-Unis chez Llewellyn en 2010 (p.127-134).

Pour ce second texte, la JTF regrette un peu d'avoir à le publier ici en langue anglaise alors que ce site se veut résolument francophone. Si elle dispose d'un peu plus de temps, peut-être le traduira-t-elle pour éventuellement le présenter ici. Mais pour l'instant, elle le présente dans l'état où elle l'a trouvé car il lui semble incontournable pour la bonne compréhension de l'astrologie au XXIième siècle.

---Astrologie---

Au terme de leur excellente L'Astrologie, science ou voyance ? (Le Pommier-Fayard, 2000), Édouard Collot et Daniel Kunth parviennent à la conclusion suivante : « L'astrologie n'est que la grille de lecture, l'outil dont se sert l'astromancie [...]. En d'autres termes, l'astrologie ne reposerait sur aucune caractéristique qui pourrait être l'objet d'une connaissance scientifique. Elle ne serait qu'un support, un point d'appui pour le don "réel", celui de la voyance ». (p. 184). Je souscris à cette analyse, l'ayant pour ma part appliquée dans ce livre à la radiesthésie. L'astrologie est une mancie qui tient son succès populaire de ses prétentions objectivistes. Ses bases scientifiques ne résistent pas à l'examen, et les astronomes ont beau jeu de la pourfendre. Mais elle est pourtant, parfois, d'une efficacité troublante. En voici un exemple. Au début de 1940, avant l'invasion allemande, l'astrologue Kerneïz, qui eut son heure de gloire dans les années 30, publie un petit livre intitulé La Chute d'Hitler, dans lequel il synthétise un ensemble d'articles qu'il a consacrés au maître du Troisième Reich depuis son arrivée au pouvoir en 1933. L'idée générale de ces textes, publiés dans la presse féminine, était de cerner la personnalité du dictateur à partir de son thème astrologique, afin d'anticiper ses actes. Hitler, cela n'étonnera personne, avait un thème particulièrement chargé, mais je passe les considérations zodiacales qui seraient trop longues à détailler, et qui d'ailleurs échappent à la plupart, pour résumer les analyses psychologiques que l'auteur en tire, ainsi que leurs conséquences politiques et militaires. Hitler est un possédé, habité par des personnalités d'emprunt. De ce fait, il ne cesse de s'illusionner sur lui-même. Il s'est pris pour un peintre, il se croit toujours artiste, et il se veut chef de guerre, mais il se trompe de carrière : sa vraie vocation est le théâtre, et plus exactement le music-hall. Cette capacité de s'illusionner ne le quittera jamais. À son dernier souffle, tel Néron voyant Rome brûler, il s'écriera : « Ô Monde ! Quel artiste tu perds en moi ! ». S'il hypnotise les foules, il est en retour hypnotisé par elles ; il s'intoxique à sa propre propagande au point de perdre tout jugement. S'il soumet l'Europe à la guerre des nerfs, c'est qu'il ne sait pas lui-même où il va ; car ce qui le caractérise, c'est « une implacable logique dans l'absurde et la versatilité dans l'obstination ». La conjonction qui marque son thème (Mars conjoint à Vénus et affligé du taureau dans le signe vénusien) le caractérise comme un être pleutre, dénué de courage physique, une sorte de matamore voué à terroriser les faibles. Il se prend pour Napoléon, mais il n'est pas à la hauteur de ses prétentions. Tant qu'il s'agira d'écraser des petits peuples mal armés, il fera illusion. Mais quand il lui faudra affronter des ennemis de force égale, il sera incapable de diriger cette énorme machine qu'est la Wehrmacht. En prétendant imposer son commandement à ses généraux, il conduira son armée et son peuple au désastre final. Mais l'astronomie des nations prime celle des individus, et c'est pourquoi on aurait tort de tout ramener à la psychologie du dictateur. Si cet être falot est arrivé au pouvoir, c'est qu'il a été porté par une conjonction exceptionnelle des planètes lourdes (Jupiter, Uranus, Saturne) qui ne s'est pas reproduite depuis des siècles. Cette conjonction permettra un réveil des instincts prédateurs dans toute l'Europe ; elle atteindra son apogée en 1941 et l'effet maléfique durera jusqu'en 1945. Ces considérations zodiacales conduisent également Kerneïz à prophétiser, dans La Femme française du 2 décembre 1938, la collusion proche du nazisme et du stalinisme. La configuration astrale qui permettra cette collusion sera optimale à partir du 7 juillet 1939. Mais l'alliance de Hitler et de Staline ne pourra durer ; l'un des deux dictateurs est de trop, et c'est finalement le Caucasien qui dévorera l'Allemand. Cette extraordinaire prédiction mérite bien quelques commentaires. Kerneïz, dira-t-on, s'appuie sur ce qu'il sait d'Hitler, autant que sur son thème astrologique, et sa subtilité psychologique fait le reste. Il se peut. Mais les hommes politiques, les militaires, les sociologues de l'époque - à la notable exception du Général, qui d'ailleurs, au dire de Churchill, se prenait pour Jeanne d'Arc - étaient également contemporains d'Hitler, et s'ils avaient eu cette perspicacité, cela se saurait. Que n'ont-ils lu La Femme française ! Ils y auraient trouvé de quoi anticiper les évènements, y compris le pacte germano-soviétique, qui prit tout le monde de court. Ici, rien ne nous contraint à faire intervenir de la précognition au sens vrai. En revanche, on est obligé d'admettre l'efficacité de la grille de lecture astrologique, sa capacité à relier des évènements, à leur donner du sens. Tout se passe comme si le regard qu'elle conduit à porter sur le monde, comme si le type de culture qu'elle exige de l'astrologue aiguisaient sa sensibilité au point de lui donner à voir des réalités qui échappent à l'analyse rationnelle. Il en est de l'astrologie comme de la psychothérapie : ses résultats dépendent moins de la théorie qui les supporte que de la qualité humaine de celui qui la pratique. Mais force de reconnaître qu'entre les mains de la personne adéquate, cette grille d'analyse en vaut bien d'autres. D'autre part, si l'astrologie peut être un support de mancie au sens faible, on nepeut exclure, comme Jung l'avait envisagé, qu'elle débouche parfois sur de la précognition au sens fort. C'est peut-être ce qui s'est passé avec Kerneïz, mais ses prédictions ne présentent pas des singularités suffisantes pour que l'on puisse en décider.

Bertrand Méheust

---What role does astrology play in magic ?---

Dear Aunt Klara, I have been reading your column with great interest for quite some time now, and I would like to finally ask you a question myself. It is about the importance of astrology. Many magicians consider this art of interpreting the stars to be one of the basic pillars of all Western esotericism and magic. On the other hand, there are some who speak quite unfavorably about it (such as Pete Carroll) or ignore it altogether (Bardon, for example). I would like to know what you think about this. May the stars always be on your side.

Harry Z. from D. 

Dear Harry,

Of course, I am flattered to hear that you are a regular reader of my column. Yes, the question of astrology is indeed a bit tricky, but I am actually quite happy to see that magicians cannot seem to always agree on this point. It not only livens things up a bit, but maybe even forces people to be a bit more open-minded. After all, nothing is more detrimental to magic than the misconception that there is such a thing as an absolute truth.

Personally, I place a lot of value in astrology. I have studied this art for many years, at times even under the instruction of a teacher; I have become familiar with the heavens and hells that it has to offer us if we get involved with the aspect of forecasting importants events; and I have seen what claims to accuracy it makes and how much or how little can be said of this. And even if I rarely draw up a horoscope today, I still like to entertain my friends sometimes at teatime with anecdotes from the art of interpreting the stars and astral divination, and love to talk shop with astrological experts.

But what does astrology actually have to do with magic ? You can probably tell from my lengthy introduction, dear Harry Z.: I will be damned... um, I mean blessed... to bet my black un-soul to say who is right-the advocates of astrology or the opponents of this art ! Of course, I could state endless arguments pro and con for combining astrology and magic, or give you some theoretical superstructure that would simply make you wiggle your dogmatic ears - but who would that be helping ?

In the end, it all depends on one's personal experience and practice with the subject, and this varies from magician to magician. What I mean is that not every magician is equally skilled in astrology. One might have good knowledge of it, while another will never be able to learn it in thirty years. At least that's what I hear.

My own experience, on the other hand, says that there is no such thing as "the" art of astrology; instead, it is always what its representatives - and enemies, too ! - actually make of it. My astrology teacher (with sixty years of experience !) once said that a good fifth of all birth charts cannot be interpreted in a truly reliable way. Some people are just so atypical that you would really have to grasp at straws to force a horoscope into the usual scheme of interpretation. A well-known Danish astrologer recently told me the thing about India's astrological system. There, some Pandits hold the opinion that, although astrology is rarely precise, it almost always fails when "magic is involved" - a very informative comment, if I do say so myself !

For once I am on the same wavelength as Paul Feyerabend, when he rejects the existence of methological rules. There is no use in explaining things away by acknowledging the existence of various techniques. One person may refer to primary directions while another calls them sun arcs. Some individuals are not at all content with the seven classical or ten modern planets, they need more, and these are even established by using a pendulum at times, as the late Mr.Witte of the Hamburg School of Astrology did. Some swear by the observation of transits, while others will not accept any interpretation that doesn't take absolutely everything into consideration - such as half-sums, fixed stars, the Galactic Center, distance-ephemerides, planetoids/asteroids, sensitive points, mirror aspects, and/or so-called hidden aspects. Even if a person is courageous enough to question astrology as a whole, he or she would first have to specify which astrological system is actually meant. In addition, people seem to react quite differently to astrological factors. While one person may clearly feel the slightest retrogarde of Mercury or a miniscule movement of the moon, another might desperately  attempt to avoid an accident despite a retrograde Saturn passing over his Pluto-Mars square for the fifth time, and another may be extremely sensitive to secondary directions. Such things can also be learned, of course. It makes sense that someone who constantly deals with the planets and their influences will sooner or later actually be at their mercy.

And that brings us to a very practical matter : if you should determine that you have a certain (natural or trained) disposition for astrology, then it can be a great help to implement astrological facts into your magical practice. This will mainly consist of observing the paths of the constellations and trying to avoid unpleasant things, but you shouldn't make yourself crazy by following it too closely. A very simple comparison can be seen in the traditional practice of performing constructive magical operations during the waxing moon, while destructive operations are done during the waning moon. Accordingly, it would be symbol-logical to perform "dark" operations (as opposed to "light" operations) during lunar or solar eclipses. And astrology is certainly quite appropriate for planetary magic as well. After all, why shouldn't a person utilize a favorable Jupiter transit for charging a corresponding talisman ? Or plan such an operation to be performed during this transit in the first place ?

On the other hand, the whole thing has a snag, of course, and in my opinion that is the reason Bardon so deliberately ignored the subject of astrology. Namely, if you make yourself dependent of the course of the constellations through training, which some fanatics like to take to the absolute extreme at times, the apparent freedom that a magician has quickly turns into a compulsion that will cost him or her more than just a little interest fee. What use is it if I calculate that a ritual I need within the next week will not work successfully from an astrological point of view until thirty-five years from now ? At any rate, magic has nothing to do with astral fatalism.

The practical solution is more likely to just take astrology for what it is - an auxiliary science that we can turn to in order to obtain information that would otherwise be much more difficult to access. After all, that is the only use magic has for anything anyway.

Now that may sound trite, but unfortunately this tidbit is disregarded way too often in everyday practice. The same thing holds true, by the way, with the limitations of the planetary hours. I remeber once that a magician friend of mine was stuck in a crisis situation and desperately needed my help and that of a few other colleagues. A fast Saturn ritual was needed. "Do you really want to perform a Saturn ritual on a Monday ?" one of them said, although I had always regarded his magical skills with a great deal of respect. This example clearly shows what a double-edged sword such Hermetic (and not only these !) tools of orientation can be. In any case, it is unquestionably better if a magician can perform his or her operations exactly when they are needed or desired instead of making them dependent on a self-imposed symbol-logical system that just gets in the way or possibly even condemns the operation to failure right from the start.

However, I also have to say that I do not particularly think highly of the mentality of some magicians who feel that they can give an opinion on astrology without ever having studied it themselves in depth. Since you have already mentioned Pete Carroll yourself, please allow me to inform you that he had quite a negative attitude about astrology in his book Liber Null, but since then he has toned down his opinion a bit without directly becoming a friend of the subject. I would like to flatter myself by mentioning that I made a contribution to his change of attitude by "seeing" his wife's birthday in his own natal chart - a true act of bravura, although I willingly admit that I am not always able to perform such fabulous feats.

If a magician wants to be able to work truly independently, he or she cannot risk any type of dependency on the phases of the moon or the time of the day. That would be contemptuous limitation of the access that all magicians aim to gain. And thus I will come to an end in the best chaos-magical way possible, by advertizing you only to believe in the things that are advantageous to you, and to quickly shift your paradigm as soon as you realize that it is taking its toll.

mercredi 25 juillet 2012

Une référence majeure pour la JTF : Bertrand Méheust

En tant que référence de première importance pour sa ligne éditoriale, la Jérusalem des Terres Froides a choisi de vous présenter M. Bertrand Méheust, philosophe et sociologue, qui a consacré sa carrière académique à ce que les corporate mass médias appellent « l’inexpliqué » : phénomène ovni, magnétisme animal, voyance, métapsychique, etc. La JTF considère son œuvre comme extrêmement sérieuse et depuis qu'elle en a pris connaissance, il ne lui est plus possible d’envisager la position "sceptique/matérialiste/zététique" comme raisonnable.

Méheust s’est d’abord fait connaître par des publications sur le phénomène ovni : Science-fiction et soucoupes volantes - Une réalité mythico-physique en 1978 et Soucoupes Volantes et Folklore en 1985, tout deux parus au Mercure de France. Dans ces deux livres, il reprend et poursuit la thèse des ufologues Jacques Vallée et Aimé Michel, à savoir un lien entre le phénomène ovni et l’imaginaire humain, le tout sans nier les preuves matérielles de la question. Dans son premier ouvrage, Méheust démontre que les thèmes que l’on retrouve dans les récits d’ovnis, y compris les enlèvements, se retrouvaient déjà avec maints détails dans la science-fiction pulp des années 20 et 30, c’est-à-dire avant que la grande vague ufologique déferle en 1947 avec l’aventure de Kenneth Arnold au Mont Rainier. Dans son second livre, Méheust démontre que le phénomène ovni est un véritable folklore émergent, au sens où peuvent l’entendre les ethnologues folkloristes. Ces deux publications tendent à favoriser l’explication dite « sociopsychologique » chère aux sceptico-dogmatiques mais comme il ne rejette pas les preuves matérielles, ces derniers ne peuvent le récupérer complètement. Sur ce propos de Méheust et l’ufologie, il est possible de l’entendre résumer son travail ufologique dans une émission TV de 1995 nommée « Si vous parliez » qui a été uploadé autant sur Dailymotion que sur Youtube (partie 5, huitième minute).

Après l’ufologie, dans le courant des années 90, Méheust fait une thèse de doctorat sur le magnétisme/somnambulisme depuis le Marquis de Puységur jusqu’à maintenant, en passant par Franz Mesmer, le docteur Charcot, Charles Richet, etc. Cette thèse fut publiée en deux tomes très volumineux sous le titre Somnambulisme et médiumnité aux éditions Les Empêcheurs de penser en rond en 1999. Ce premier ouvrage est rapidement suivi par quelques autres sur le même sujet : Un voyant prodigieux – Alexis Didier, 1826-1886 en 2003, 100 Mots pour comprendre la voyance en 2005, Histoires paranormales du Titanic en 2006 et Les miracles de l'esprit : Qu'est ce que les voyants peuvent nous apprendre ? en 2011. Mentionnons également le livre-réponse au Devenez sorciers, devenez savants de Georges Charpak et Henri Broch que Méheust écrivit en 2004, Devenez savants : découvrez les sorciers - lettre à Georges Charpak, qui n’est pas à proprement parler un ouvrage sur la voyance et la médiumnité mais qui s’inscrit quand même dans la volonté de comprendre le phénomène. Si les « zététiciens » pouvaient avoir un certain respect pour l’œuvre ufologique de l’homme, avec sa recherche sur le métapsychique, la rupture est complète et définitive.

Avec La politique de l'oxymore : Comment ceux qui nous gouvernent nous cache la réalité du monde, paru à La Découverte (coll. Empêcheurs de penser en rond) en 2009 et sa suite logique en 2012, La nostalgie de l'Occupation : Peut-on encore se rebeller contre les nouvelles formes d'asservissement ?, Méheust nous amène dans une oeuvre philosophique "non-paranormale". La politique de l'oxymore est une réflexion sur l’écologie et la politique d’un pessimisme terrifiant (il qualifie lui-même son approche de « pessimisme méthodique »). Partant sur la base que les univers mentaux cherchent toujours à se préserver dans leur être jusqu’au point de rupture, Méheust estime que l’idéologie néolibérale/société de consommation va tenter de se maintenir en place jusqu’à ce que ce ne soit plus possible, donc peut-être jusqu’à ce que l’espèce humaine disparaisse par la guerre ou dans un environnement corrompu. « La politique de l’oxymore », ce sont les tentatives impossibles des dirigeants de concilier les diktats néolibéraux avec l’écologie, les intérêts étant complètement à l’opposé l’un de l’autre et donnant lieu à des chimères comme le « développement durable », « l’exploitation écologique », « l’écotourisme » ou la « guerre humanitaire ». Comment ceux qui nous gouvernent nous cachent la réalité du monde ? Par une politique de propositions inconciliables qui nous empêchent de penser et permet de faire perdurer l’univers mental néolibéral jusqu’au point de non-retour…

Bien que le titre soit une référence à l'Occupation allemande de la France en 1940-1945, La nostalgie de l'Occupation ne porte pas sur les évènements de la Seconde Guerre Mondiale. Après le constat décrit dans La politique de l'oxymore, cette suite pose la question pourquoi toutes les issues pour sortir du néolibéralisme mondialiste semblent bouchés. Comme l'auteur le résume en quatrième page de couverture : "Pourquoi les grands moments d'effervescence qui ont scandé la vie des sociétés et permis le renouvellement de leurs structures semblent-ils se raréfier et perdre leur puissance formatrice ?" pour en arriver à la question cruciale : "Pourra-t-on encore dévier l'histoire d'un cours qui semble inéluctable ?"

Pour terminer cette petite présentation, mentionnons que Méheust est membre du comité directeur de l'Institut Métapsychique International (IMI), la seule véritable institution scientifique consacrée au « paranormal » en France. Avec l'ensemble de son oeuvre, la JTF considère Bertrand Méheust est un penseur de première importance pour la compréhension des évènements d’aujourd’hui et constatant à quel point il est méconnu dans les milieux de la "dissidence", elle a décidé de revenir périodiquement sur ses travaux et sur les éclaircissements qu’ils peuvent nous apporter. Pour l’instant, voici son site officiel : http://bertrand.meheust.free.fr/. Vous pouvez également lire ici la transcription PDF d'une émission radiophonique de 2004 où Bertrand Méheust, accompagné par Marie-Thérèse de Brosses, est en entrevue pour la parution de son livre Devenez savants, découvrez les sorciers. Lettre à Georges Charpak.

dimanche 22 juillet 2012

Armée U.S., indépendance du Québec et métapsychique

Après la lecture du Livre blanc de la parapsychologie, on peut dire "Oui, la parapsychologie est scientifiquement démontrée en laboratoire". Si elle est étudiée dans nombre d'universités, cela signifie qu'une certaine partie des élites mondialistes savent qu'elle existe réellement et ils l'expérimente à leur profit. Précisons "une certaine partie" des mondialistes car même à ce niveau, l'idée de l'existence de la parapsychologie (rebaptisé métapsychique) doit en rebuter quelques uns, malgré les faits accablants.

Il est avéré que les armées des États-Unis et de la Russie mènent des études sur le phénomène. Il suffit de mentionner Joseph McMoneagle, médium décoré pour ses voyances auprès des services secrets états-uniens. On se doute bien que des organisations comme la CIA ne l'aurait pas honoré ainsi s'il n'avait pas eu des résultats déterminants.

La Jérusalem des Terres Froides n'a pas fait de recherches actives sur la question du "psi dans l'U.S. Army" mais sans effort, elle a trouvé trois livres qui s'y rapporte. D'abord, The Men Who Stare at Goats de John Ronson, paru en 2006 et qui fut adapté au cinéma sous le même titre. On parle dans ce livre d'un certain colonel Alexander qui y est très impliqué.

Le second livre est tout récent en traduction française (2012). C'est le Psi Spies de Jim Marrs, paru originalement en 2000 et ré-édité en 2007, en français Le programme secret du Pentagone. Dans celui-ci également on y parle d'un colonel Alexander très impliqué sur la question.

Finalement, le troisième livre est coécrit... par ce colonel Alexander (qui a également écrit un livre sur les OVNI). Ce dernier titre du "psi dans l'U.S. Army" n'est pas un travail historique sur le sujet mais un livre de méthodes qui vous propose d'apprendre la vision à distance, la télépathie et l'intuition, en plus de la programmation neuro-linguistique et du biofeedback. Son titre : Les secrets de préparation mentale de l'armée U.S., du colonel John B. Alexander avec le major Richard Groller et Janet Morris, paru en français chez First Éditions en 1992 (titre original The Warrior's Edge, 1990).

Trois livres ne peuvent être considérés comme un tour exhaustif de la question mais ils sont suffisants pour constater qu'une partie de l'armée états-unienne ne va pas dans le sens de la "zététique" de M. Henri Broch (un militant "sceptique/rationnaliste/matérialiste" notoire). À présent, puisque cette institution qu'est l'U.S. Army mène des recherches, cela profite aux élites mondialistes ouvertes à l'idée métapsychique. Si les sujets psi états-uniens comme Pat Price, Joseph McMoneagle ou David Morehouse voyageaient hors-du-corps pour aller visiter des sites sensibles en Chine ou en Russie pendant la "guerre froide", il y a toutes les chances qu'aujourd'hui ces visites se fassent chez les activistes dissidents intérieurs, ceux qui s'opposent à l'agenda belliciste du mondialisme-sioniste, qui refusent la version "officielle" des évènements du 11 septembre 2001, qui ont des idéaux de justice sociale pour les 99% non-milliardaires de la planète et qui veulent une vraie redistribution des richesses.

Dans cette suite, les milieux indépendantistes québécois doivent aussi être dans la ligne-de-mire de ces espions psychiques car le mondialisme n'accepte pas l'idée d'un Québec comme pays avec ses ambassades, sa diplomatie, son armée, etc. Jusqu'à quel niveau d'efficacité ces techniques d'espionnage peuvent aller, la JTF n'en sait rien mais elle sait que le tout ne peut rester ignoré. Certes, elles n'auront jamais une fiabilité de 100 %, ni même de 80-90 %, mais elles peuvent être assez fiables pour nous faire un mauvais coup, à nous les indépendantistes québécois.

Que faire ? À ce stade, la Jérusalem des Terres Froides ne sais pas trop quoi dire. Mais comme la connaissance joue un rôle essentiel dans cette lutte pour la survie des nations, elle encourage à se renseigner davantage sur le sujet et ses implications actuelles. Un Institut Métapsychique International comme celui en France, seule institution qui aborde le métapsychique avec méthodologie scientifique en langue française, mais basé au Québec au profit des Québécois ? Un projet Stargate au sein d'une milice patriotique québécoise ? À suivre.

samedi 21 juillet 2012

Entrevue avec le mage français Jean-Luc Caradeau

Comme premier "article" ou "message" de la Jérusalem des Terres Froides, voici une entrevue que le mage français Jean-Luc Caradeau a donné à la radio de la RTBF en 1986 dans le cadre d'une série de douze émissions consacrées à la sorcellerie, Les Chemins de l'Ombre. Les questions de l'animateur sont en caractères soulignés et les réponses de Caradeau en caractères réguliers.

Pour ceux et celles qui désirent écouter l'entrevue, elle est disponible sur Youtube en deux parties (1 et 2).

-----Entrevue-----


Notre deuxième invité, Jean-Luc Caradeau, se présente quand à lui comme mage. Il a publié récemment un ouvrage intitulé Guide pratique de la magie aux éditions Trévise dans lequel il propose aux lecteurs de lui apprendre toutes les recettes qui lui permettront de s’enrichir rapidement, d’attirer irrésistiblement toutes les personnes du sexe opposé et, bien sûr, de réaliser le meurtre parfait par envoûtement. Alors je lui ai demandé, bien sûr, dès le départ pourquoi il avait choisi de flatter les aspirations les moins nobles de l’homme dans ce livre et s’il ne contribuait pas de cette façon là à jeter sur la magie en général une suspicion bien légitime.

Je vais vous répondre en vous racontant une légende. Je ne sais pas si cette légende correspond à une réalité mais elle a l’avantage d’être très belle. On raconte que quand les sages égyptiens ont su que leur civilisation allait disparaître, ils se sont demandés comment ils allaient transmettre leurs connaissances. Ils ont longuement réfléchi et tout d’un coup l’un d’eux a dit « Faisons-en un jeu, parce qu’un jeu ça s’adresse à ce qu’il y a de plus bas dans l’homme et nous sommes sûrs comme cela que ça ne se perdra jamais ». Et ils ont créé le jeu de tarot. Alors moi, mon problème en faisant ce livre, c’était de mettre les gens en contact avec la réalité de la magie. Si je les met en contact avec la réalité de la magie en leur expliquant que la magie c’est quelque chose de très spirituel, de très beau, de fantastique qui vous permet d’évoluer, c’est vrai que je vais faire un très beau livre. C’est vrai que ce livre sera édité à trois milles exemplaires et sera vendu à deux milles et que dans cinq ans il sera oublié. C’est vrai aussi que les seuls qui le liront sont des gens qui connaissent déjà la magie. Donc j’ai choisi une autre solution et effectivement, une solution qui est un peu accrocheuse. C’est un choix de l’éditeur mais c’est aussi un choix de ma part.

C’est un peu cynique, non ?

Comment ?

C’est un peu cynique, non ?

Je ne pense pas que ce soit du cynisme. Je pense que de tout façon, ces thèmes, tout le monde les vit. Tout le monde les vit dans la vie courante. L’amour, ça fait partie de la vie courante. On est pas tous arrivés, même pas les gens qui écrivent des livres sur la magie, à une telle pureté spirituelle qu’on puisse se passer de la société, qu’on puisse se passer des passions humaines.

Est-ce que c’est ça que vous avez voulu dire dans cet avertissement aux lecteurs lorsque vous dites : « Les auteurs déclinent toute responsabilité dans le cas d’une mauvaise interprétation ou d’un mauvais usage des pratiques magiques dévoilés dans cet ouvrage. Vous mettez les gens… vous les avertissez d’une part que cela peut être dangereux d’une part et en même temps vous prenez immédiatement une certaine distance par rapport à ce qui écrit dans ce livre.

Je prends effectivement une distance parce que… Je prends la distance de l’armurier. Si vous allez chez l’armurier et que vous achetez un fusil à pompe, il ne vous demandera pas si c’est pour tirer sur des canards ou pour tirer sur les voisins. Bon. Moi, je ne demande pas au lecteur ce qu’il va faire du livre. Seulement je le préviens qu’il a quelque chose entre les mains qui est dangereux et qu’il en est responsable. Finalement, là aussi c’est un choix. Ou on considère le lecteur comme un enfant et à ce moment-là, on fait des livres sur la magie et cela s’est fait beaucoup, dans lesquelles on donne des recettes et puis tout d’un coup on dit : «  Ah ! Celle-là je vous en parles mais je ne vous la donne pas en entier parce que c’est trop dangereux et vous n’êtes pas assez responsables pour que je vous la donne ». Ou alors on prend le risque et on dit tout. Moi je préférais prendre le risque et tout dire. Parce que finalement je crois que c’est meilleur pour l’évolution spirituelle des individus d’être en face de leurs responsabilités. Je crois que c’est meilleur pour eux puis c’est meilleur pour moi. Je ne sens pas du tout la responsabilité de juger de l’état de conscience de mes concitoyens. Pourquoi moi je déciderais que je suis plus évolué que Monsieur Dupont qui vient d’acheter. Si moi j’ai le droit d’avoir ces recettes en main, si moi je les ai en main, pourquoi lui ne les auraient pas ?

Vous ne pensez pas, Jean-Luc Caradeau, qu’en mettant dans toutes les mains, puisque c’est un ouvrage qui s’adresse à tout le monde vous venez de le rappeler, on risque justement de flatter les côtés les plus bas de l’individu ?

On les flattent toujours de toute façon. Même si vous faites un livre dans lequel vous n’expliquez pas ce genre de choses, vous flatterez ces côtés-là en expliquant que, avec la magie, on peut faire des choses très dangereuses et vous laisserez entendre qu’on peut trouver le secret d’un texte. Vous ferez une chose qui sera peut-être beaucoup plus littéraire et beaucoup plus pleine de suspense mais vous flatterez quand même ces côtés-là.

Jean-Luc Caradeau, il y a un problème de vocabulaire et je vais vous demander de nous donner des définitions qui vous seront probablement très personnelles. Le livre s’intitule « Guide pratique de la magie ». Il s’agit donc de magie et d’autre part, on retrouve des recettes que l’on pourrait qualifier lorsqu’on est pas averti je dirais, de recettes de sorcellerie. Alors quelles différences faites-vous entre ces deux formes de pratique, magie et sorcellerie ?

Alors, la magie, c’est un terme très général comme on pourrait dire « les mathématiques ». Disons que toute sorcellerie est une forme de magie. Beaucoup de choses entre dans la magie, même en-dehors de la sorcellerie et en-dehors de ce que l’on appelle couramment « magie ». Bon. La sorcellerie, ça peut être pris sous trois sens différents. Soit c’est une magie pratiquée par des gens qui ne comprennent pas ce qu’ils font. Éventuellement, simplement parce qu’on leur a transmit une recette en leur disant : « si tu veux faire ça, tu n’as qu’à prononcer telle formule et faire tel geste et l’effet se produira » ou par des gens qui ont trouvé une recettes quelque part dans un grimoire qui l’applique. Ça, c’est de la sorcellerie. Et puis c’est aussi la magie démoniaque, qui est une magie qui s’adresse uniquement aux forces obscures, que je pourrais appeler si vous voulez des forces chaotiques, qui sont des forces qui désorganisent l’univers au lieu de l’organiser.

Des forces de destruction ?

Des forces de destruction. Et alors ça, c’est aussi quelque chose qui s’appelle « sorcellerie ».

Bon. Je crois quand même qu’il faut préciser parce que dans cet ouvrage qui se présente sous le titre « Guide de la magie », il y a quand même un certain nombre de recettes qui sont manifestement des recettes dangereuses. D’ailleurs, je crois que vous donnez un avertissement très clair à certains moments aux gens qui lisent ça. Il y a des choses qui sont très dangereuses non seulement en fonction du choc en retour, en fonction d’un certain nombre de choses mais il y a des recettes, je dirais, de mort.

Tout à fait.

Donc vous assumez cela aussi ?

J’assume ça aussi. Il faut choisir. Ou vous êtes anodin ou alors vous donnez des choses qui font réellement leur poids. Si vous prétendez enseigner aux gens ce que sont les explosifs sans leur dire qu’avec des explosifs, ils peuvent fabriquer une bombe, vous êtes anodin. Vous êtes un plaisantin. Bon. Et s’ils doivent tout savoir sur les explosifs, ben il faut leur expliquer comment fabriquer une bombe. C’est à vos risques et périls mais c’est comme ça.

Alors sous ce titre de « magie » il y a donc des recettes de sorcellerie aussi. C’est là que je voulais en arriver.

Absolument. Parce que comme je vous l’ai dit, la magie c’est quelque chose de très général. Si vous voulez, quand vous faites par exemple une invocation De Satan. Je prends Satan ou Belzebuth. Vous allez avoir exactement la même démarche rituelle que pour invoquer un archange comme l’archange Gabriel ou l’archange Mikael. La seule différence, elle va être effectivement dans les paroles, dans la qualité des offrandes et dans le but poursuivi. Mais la structure du rite sera exactement la même, ce sera aussi difficile. Par conséquent, c’est bien de la magie au sens général, il y en a une qui est orienté en un sens et l’autre dans l’autre sens, c’est tout.

Alors est-ce que c’est le même genre de distinction qu’on doit faire entre magie blanche et magie noire ?

Absolument. Vous avez un proverbe arabe qui dit : « Quand l’imam fait du mal à quelqu’un, c’est un acte saint parce que l’imam tient son pouvoir directement de Dieu ». Et ce même proverbe ajoute : « Quand la setout fait du bien à quelqu’un, c’est un crime car la setout tient son pouvoir de Satan ». La setout, c’est la sorcière.

Alors vous-même Jean-Luc Caradeau, est-ce que vous vous considérez comme sorcier ou comme mage ?

Je me considère comme un mage. Je me considère comme un mage parce que la magie, c’est quelque chose de très général. En plus, moi ce qui m’intéresse, ce que je pratique, ce sont effectivement des recettes qui relèvent de la magie blanche, si vous voulez, et non pas de la magie noire. Ceci dit, pour pratiquer la magie blanche, je suis obligé de connaître la magie noire et de la connaître très bien.

Et de la pratiquer ?

Non. Pas de la pratiquer.

Bon alors, dans chapitre cinq je voie : « envoûtements de pouvoir ». Bon, l’envoûtement, c’est encore un autre problème d’accord mais enfin les recettes, comment dirais-je, destructrices, que vous donnez, pour reprendre la distinction que vous faisiez tout à l’heure. J’imagine que, comme un bon cuisinier lorsqu’il fait un livre de recettes, vous avez vous-même goûté aux plats dont vous parlez ?

Vous savez, il y a des tas de façons de goûter un plat expérimentalement. On peut très bien effectivement tester une recette, voir si elle correspond à quelque chose. Déjà sur le plan théorique, parce que quand vous prenez un grimoire, la plupart du temps la recette est tronquée et la suite de la recette est dans un autre grimoire. Vous êtes obligé de reconstituer. Bon. Ou vous connaissez très bien la magie et vous êtes capables de faire cette reconstitution, c’est ce que j’ai fait pour la plupart de ces recettes, c’est pour cela qu’on ne les retrouve nulle part ailleurs. Ou vous ne connaissez pas très bien la magie et vous expérimentez jusqu’à ce que ça marche. Je peux vous dire, il y a un certain nombre de recettes, je ne les ai même pas testées, je savais que la suite était là et que dans telle invocation par exemple, il manquait un certain nombre de noms. Dans les invocations démoniaques, je savais que la hiérarchie n’était pas complète. Et moi, la hiérarchie complète, il se trouvait que dans ma documentation personnelle et dans mes collections personnelles, je l’avais.

Alors lorsque vous donnez des recettes d’envoûtement, nous savons que la plupart des gens qui ont des officines qui ont pignon sur rue, par exemple ici à Paris, reconnaissent que bon an mal an, il n’y a que de temps en temps un très rare cas d’envoûtement, de réel envoûtement qui se produit. Alors est-ce que, bon, en donnant des recettes d’envoûtement, est-ce que ces recettes sont crédibles et pourquoi on ne les utilisent pas plus souvent ou bien alors est-ce la première fois qu’on les divulguent ?

Non, ce n’est pas la première fois qu’on les divulguent, pas vraiment. Ceci dit, effectivement, c’est la première fois qu’on les divulguent de façon aussi claire. Mais en-dehors de cela, il y un problème, Quand vous voulez pratiquer une recette d’envoûtement, même si elle est relativement simple, vous avez toute une mise en place à faire. Il n’est pas question de faire un envoûtement sur un coup de tête, sur un coup de colère, sur un coup de haine. Il faut que la haine tombe, il faut faire les choses méthodiquement, c’est vraiment le meurtre à froid. Et ça, il y a très peu de gens qui sont capables de le faire. Et c’est pour ça qu’il y a très peu d’envoûtements.

En réalité, moi je considère que ces recettes d’envoûtement, elles sont presque une garantie pour un certain nombre de gens. Quand ce livre est sorti, j’ai beaucoup lu les faits divers parce que j’avais besoin de quelques faits divers pour expliquer à des journalistes de la radio et de la télévision et j’en ai trouvé deux, presque au même moment que la sortie du livre. Deux histoires d’envoûtement dans une ferme. L’une les bêtes crevaient et l’autre c’était la grand-mère qui était malade et qui guérissait pas. Non, le grand-père, pardon. Dans la première, ils ont brûlé le grand-père avec son logement parce qu’ils croyaient que leur grand-père était possédé. Je vais vous dire, s’ils avaient eu ce livre entre les mains, ils auraient essayé autre chose et ils auraient peut-être réussis avec autre chose. Bon. Dans le deuxième cas, les fermiers qui croyaient qu’on leur envoûtait leurs vaches, ils ont pris le fusil et ils ont fait un massacre chez les voisins. S’ils avaient eu ce livre, bon, d’abord ils auraient essayé un désenvoûtement, ensuite un contre-envoûtement et ensuite éventuellement ils auraient essayé d’envoûter les voisins. Ça leur aurait largement donné le temps de trouver pourquoi les vaches mourraient. C’était peut-être en fait à cause d’un envoûtement mais au moins, ils auraient eu le temps de trouver pourquoi, ils auraient eu une autre arme que le fusil.

Jean-Luc Caradeau, puisque nous en arrivons à des considérations un peu plus personnelles, j’aimerais que vous nous racontiez un peu votre histoire parce que je crois qu’on ne naît pas comme ça, du jour au lendemain, mage ou sorcier, qu’on a besoin d’un certain enseignement. Alors pour vous, cela s’est passé comment ? Ça a commencé de quel façon ?

Eh bien, écoutez, ça a commencé par une éducation athée, matérialiste, éducation faite par un père qui était directeur d’école publique, donc pas du tout tourné vers ce genre de chose. Et puis à 17 ans il y a eut la rencontre avec un ouvrage qui traitait d’hypnose. Et l’hypnose, j’y croyais pas du tout. Seulement, moi j’ai un côté un peu rationnel dans ma démarche. Il y a des témoignages de Charles Richet, prix Nobel de médecine, il y avait des témoignages de groupes physiciens (?), celui des rayons cathodiques. C’était quand même des gens qui avaient une certaine notion de ce qu’est l’expérimentation. Je me suis dit : « Si ces gens-là racontent des choses pareilles, c’est qu’il y a peut-être quelque chose à chercher. Alors il y a une solution, on donne des exercices pour devenir hypnotiseur, je vais les faire. Et je les ai fait. Un an après j’ai endormi mon premier sujet. Deux ans après j’ai refait les expériences de De Rochas. Les expériences de De Rochas c’était l’extériorisation de la sensibilité d’une personne, son transfert par exemple sur une bougie ou sur de l’eau, on pique la bougie ou le verre d’eau et on obtient des stigmates sur la peau. Et on obtient des phénomènes douloureux. Je me suis dit : « Si cela est possible, il va falloir réviser les positions que j’ai pris jusqu’à maintenant et se pencher sur le problème de la magie.

Et donc vous avez fait ces expériences-là aussi ?

J’ai fait ces expériences-là, oui. Qui sont tout à fait vraiment des expériences, enfin, des tests de laboratoire. Mais une fois que je les ai eu fait je me suis dit : « Il faut se pencher sur la magie, il y a un monde qui m’échappe ». Alors j’ai cherché dans les librairies puis j’ai trouvé ce que tout le monde trouve un jour ou l’autre, à savoir les trois livres d’Henri-Corneille Agrippa et le quatrième livre, qui est dit apocryphe mais qui, à mon avis, ne l’est pas. Et puis, j’ai commencé à l’étudier. Alors l’étudier c’est très long, parce que quand j’ai commencé à l’étudier, ça m’a amené à faire de l’astrologie. Et puis ça m’a amené à me pencher sur l’alchimie. Et puis ça m’a amené à me pencher sur les propriétés des plantes, puis ça m’a amené à me pencher sur la qabale. Ça m’a amené à avoir une énorme bibliothèque. J’ai une bibliothèque d’à peu près quatre milles livres. Et, en faisant ce travail, j’ai fini par rencontrer énormément de gens, en particulier des gens qui m’ont transmis une clef pour appliquer ce livre d’Henri-Corneille Agrippa.

Alors, vous dans votre cas, je ne sais pas, on va revenir un petit peu, je dirais, sur votre expérience personnelle. Est-ce que vous avez aussi une sorte de cabinet de consultation, comme certains de vos confrères, est-ce que vous voyez des gens qui viennent régulièrement vous voir pour des problèmes aussi matériels que ceux-là ?

Alors, je vais vous dire, j’ai une sorte de cabinet de consultation. Je travaille en collaboration avec l’une des meilleures astrologues de France, qui s’appelle Marie Delclos, qui a été choisi parmi les sept meilleures dans le journal Elle. Qui travaille d’ailleurs en astrologie sidérale, c’est à dire en tenant compte de la position réelle des étoiles et la fameuse précession des équinoxes. Et dans ce cabinet de consultation, j’ai effectivement des gens qui viennent me voir, pour parfois des problèmes aussi matériels que celui-là, mais généralement pas. Ma spécialité, en matière de pratique, c’est ce qu’on appelle les talismans. Alors je vais vous expliquez ce que c’est qu’un talisman.

Un talisman, c’est un morceau de parchemin sur lequel on va tracer un carré de lettres hébraïques. On pourrait le faire avec d’autres lettres. On pourrait le faire avec des lettres grecques ou avec des lettres arabes. Bon, il se trouve que je les fait avec des lettres hébraïques parce que c’est plus facile. Et ce carré de lettres hébraïques va représenter le nom des anges qui ont présidé à la naissance d’une personne. Pour tracer, bien sûr, ces nom d’anges, il va falloir d’abord élaborer l’horoscope. Voir ce qui ne fonctionne pas dans l’horoscope, ce qui, par exemple, gêne la réalisation de la personne dans tel ou tel domaine.

Et puis une question avant de vous laissez continuer, pourquoi un morceau de parchemin ? On risque de l’oublier, donc je vous pose tout de suite cette question.

Pourquoi du parchemin ? Parce que le parchemin est un support vivant. C’est une peau d’animal, c’est pas quelque chose qui a été fabriqué par l’homme, qui a été manufacturé par l’homme. Il y a une préparation mais ça reste une peau. C’est donc quelque chose qui garde les charges je dirais entre guillemets « magnétiques » et on peut imprégner facilement, beaucoup plus facilement qu’un papier ou un morceau de bois. Bien que le morceau de bois puisse être imprégner mais pas de la même façon. En plus il y a une parenté entre le parchemin et la peau humain qui est beaucoup plus grande qu’avec le morceau de bois. Ça se fait aussi en métal mais c’est extrêmement coûteux parce qu’à chaque fois il faut faire un poinçon. Alors si vous faîtes un poinçon, si vous créez un alliage et si vous frappez à l’heure voulue, il faut que vous en fassiez vraiment beaucoup pour que ce soit rentable. Et si vous en fait beaucoup, vous pourrez effectivement baisser vos prix mais vous ne pourrez plus les faire correctement. Donc c’est du parchemin.

Est-ce que dans votre recherche, Jean-Luc Caradeau, vous vous êtes appuyé sur une tradition particulière qui vous a aidé à votre pratique magique? Est-ce que vous faites référence à un système théorique qui existait déjà auparavant et que vous appliquez?

Je fais référence au système théorique le plus classique en Occident, à savoir le système théorique qabalistique, qui vient du Talmud et du Zohar, qui vient aussi d’Agrippa, et qui me paraît être le plus pratique pour un occidental. En fait, bon, ça fait quinze cents ans qu’on est chrétiens, le christianisme vient du judaïsme, même si c’est une hérésie par rapport au judaïsme. Du moins ça a été considéré comme tel à l’époque, à la suite de quoi, tout chrétien connaît la Bible. Connaissant la Bible, une des langues anciennes les plus faciles à aborder et les plus pratiques se trouve à être l’hébreu et l’hébreu se trouve à avoir le système de la qabale qui est un système très précis. Par conséquent je ne vois pas raison d’en changer. J’ajouterais que, même si on est athée, on a des réactions qui sont typiquement judéo-chrétiennes et même si on fait de la sorcellerie, y compris au sens d’invocation démoniaque, on peut dire que c’est un pur produit de la civilisation occidentale. La sorcellerie n’existe pas en Orient. Pourquoi ? Parce qu’en Orient les divinités ont un aspect tranquille et un aspect irrité. L’aspect tranquille correspondant à l’ange dans notre tradition chrétienne et l’aspect irrité correspondant au démon.

Vous seriez d’accord pour dire que l’entité diabolique existe en tant que tel ou pas ?

Oh là ! Vous poussez très loin. Pour que j’admette que l’entité diabolique existe…

Vous parliez, il y a quelques instants, de démoniaque alors je saisie la balle au vol.

Oui. Il faudrait que j’accepte que l’entité divine existe. Alors le problème, c’est que moi je vais refuser le mot « entité ». Si vous voulez, quand on fait de la magie, on ne peut faire de la magie que si l’on a une foi absolue. Une foi absolue, ça veut dire pas une croyance mais une certitude. À partir de là, vous comprenez que croire en un dieu, avoir la certitude par exemple d’un dieu personnel, ce n’est pas vraiment possible. Alors qu’avoir la certitude de l’existence d’un principe divin, par exemple : le yod hébraïque, vous voyez. Bon, ça, c’est possible. De même, avoir la certitude d’une entité démoniaque, c’est pas possible mais avoir la certitude d’un principe démoniaque, ou plutôt d’un principe chaotique qui tend à désorganiser ce qui est organisé, ça c’est tout à fait possible. Vous êtes obligé d’adopter un concept du genre de celui de Maître Eckhart « Dieu est parce qu’il n’existe pas ». Ça a valu le bûcher à Maître Eckhart mais pas pour l’avoir pensé, pour l’avoir dit au peuple. C’est marqué en toutes lettres dans son procès.

Alors Jean-Luc Caradeau, bon, la tradition qabalistique que vous revendiquez, que vous utilisez, c’est quand même une tradition orientale, moyen-orientale en tout cas. Est-ce que l’Occident européen n’avait pas les moyens de se trouver une tradition plus « ancrée » je dirais, sur les réalités occidentales ? C’est une théorie que défent certains de vos confrères.

Je sais. Je sais. Moi je tiens, à propos des traditions occidentales, à dire ceci : C’est que le druidisme est mort et il est mort avec la conquête romaine, qu’il a ensuite été persécuté et en grosse partie intégré par le christianisme. Que c’est encore dans le christianisme que l’on fini par retrouver les fleurons de la tradition druidique et que par conséquent, il n’en reste pas grand’chose. Alors, c’est vrai que l’on peut prétendre qu’on a reçu par voyance l’essence de la tradition druidique mais moi je suis un peu matérialiste, je préfère les textes. C’est peut-être mon côté historien qui veut ça mais bien que je ne sois pas historien, j’ai peut-être un côté historien qui veut que je préfère les textes. Et puis je pense que, quand même, même en pays breton, ben on pense d’abord en chrétien. Même si on est pas chrétien, on pense d’abord en chrétien. Il y a une imprégnation absolument terrible.

Problème culturel ?

Il y a un problème culturel absolument énorme. Je regrette, on est tous de culture chrétienne et même les druides, moi je les vois souvent avoir des attitudes qui sont proches du christianisme. Bien plus proche, à mon avis, du christianisme que de ce que je sais du druidisme. J’ajouterai que, au point de vue historique, ce que l’on sait du druidisme, c’est dans la guerre des Gaules de César et c’est à peu près tout. Donc je ne crois pas trop à une tradition occidentale qui puisse continuer à vivre. Alors peut-être il y a des traditions nordiques qui continuent à vivre mais je n’ai pas l’impression que l’Allemagne ait été moins imprégné par le christianisme que la France. Je n’ai pas l’impression même que des pays plus au nord aient été moins imprégnés.

Lorsque vous parliez tout à l’heure de forces de chaos, vous les opposez à des forces de rassemblement, j’imagine, d’unité qui seraient des forces quoi plutôt bénéfiques alors ?

Je les opposerais à des forces ordonnantes par rapport à des forces désordonnantes. Bénéfiques ou maléfiques, je n’aime pas trop. Ce sont des termes, si vous voulez, qui sont un peu trop dualistes pour moi. Je pense que quand on parle de forces ordonnantes, on parle de forces qui vont mettre en harmonie avec l’univers et quand on parle de forces chaotiques, on parle de forces qui mettent en désharmonie avec l’univers. Si vous voulez, je me retrouve face à un problème, par exemple, de mari ou de femme qui est parti du domaine conjugal. J’ai deux façons de résoudre le problème. Soit en travaillant en harmonie avec les lois de l’univers, soit en travaillant contre cette harmonie. Si je choisi de travailler avec cette harmonie, c’est de la magie blanche. Si je travaille contre cette harmonie, c’est de la magie noire…(fin de l'entrevue)