samedi 30 août 2014

La micropuce RFID est-elle l'avenir de l'humanité ?

Voici un article qui a été trouvé sur le Drudge Report à propos de la très controversée micropuce RFID :


Is there a microchip implant in your future ?


Par John Branson
Paru sur le site de FoxNews
Le 30 août 2014 


You can inject one under your skin and no one will ever notice. Using short-range radio frequency identification (RFID) signals, it can transmit your identity as you pass through a security checkpoint or walk into a football stadium. It can help you buy groceries at Wal-Mart. In a worst-case scenario – if you are kidnapped in a foreign country, for example – it could save your life.


“This should be a matter of individual choice, but fighting crime should be much easier using chips,” adds sci-fi author Larry Niven, who predicted chip implants in the ’70s. Niven said he supports chip implantation for security reasons, provided it is an opt-in measure.

Ramez Naam, who led the early development of Microsoft software projects and is now a popular speaker and author, said he envisions using chip implantation to help monitor the location of people with Alzheimer's disease.

They could be used to track the activities of felons who have been released from prison.

Chips are being used today to manage farm animals. Farmers can track sheep, pigs and horses as they move through a gate, weigh them instantly and make sure they are eating properly.

“Those same chips have found their way into RFID devices to activate the gas pump from a key ring and for anti-theft devices in cars,” said Stu Lipoff, an electrical engineer and Institute of Electrical and Electronics Engineers spokesman.

“There have been people who volunteered to use them for opening the door of an apartment as a personalized ID using your arm. It could be used to track criminals targeted for patrol who might wander into a restricted area.” 

Possible uses in the future 

Implants are normally useful only at short ranges – as you walk through a portal or close to a transponder. So using chip implants to track people would require an infrastructure of transponders scattered around a city that read their identity in public buildings and street corners, Lipoff said.

But consider the possibilities:  People could unlock their homes or cars, gain access to a building, pass through an airport and even unlock their laptops without using a phone or watch. A pin code could be used to activate the chip – or to deactivate it to maintain privacy.

They are easy to install and remove, and, because they are implanted under the skin, they are unobtrusive. The chips, which could be the size of a thumbnail, could be injected into an arm or a hand.

If children were chipped, teachers could take attendance in the classroom. Lipoff said that GPS would not work because skin would block the signal, although new Near Field Communication chips like those in current smartphones could work because of their low-power requirement. However, no-one has yet tried to implant NFC chips.

Police could track cars and read data without needing to scan license plates. At a hospital, administrators could locate a doctor without having to rely on a pager. And if you walked into a donut shop, the owner could read your taste preferences (glazed or not glazed) without needing a loyalty card. 

But is it ethical ? 

Like any tech advancement, there are downsides. Concerns about the wrong people accessing personal information and tracking you via the chips have swirled since the FDA approved the first implantable microchip in 2004.

Naam and Pang both cited potential abuses, from hacking into the infrastructure and stealing your identity to invading your privacy and knowing your driving habits. There are questions about how long a felon would have to use a tracking implant. And, an implant, which has to be small and not use battery power -- might not be as secure as a heavily encrypted smartphone.

Troy Dunn, who attempts to locate missing persons on his TNT show “APB with Troy Dunn,” said a chip implant would make his job easier, but he is strongly against the practice for most people. “I only support GPS chip monitoring for convicted felons while in prison and on parole; for sex offenders forever; and for children if parents opt in,” he says. “I am adamantly against the chipping of anyone else.”

Using chip implants to locate abducted children could actually have the opposite effect. Pang says a microchip would make a missing person easier to rescue, but “Kidnappers want ransoms, not dead bodies. The most dangerous time for victims is during rescue attempts or when the kidnappers think the police are closing in.”

And beyond the obvious privacy issues, there’s something strange about injecting a chip in your body, Lipoff says. Yet pacemakers and other embedded devices are commonly used today. “People might find it a bit unsavory, but if it is not used to track you, and apart from the privacy issues, there are many interesting applications,” he says.

At least it’s better than having a barcode stitched onto our foreheads.


John Branson

jeudi 21 août 2014

L'avenir sans magie des chamans chinois, dernier présage de l'exode urbain

Un article est apparu hier à la rubrique Magie de la page-actualités Google de la Jérusalem des Terres Froides sur la situation du chamanisme chinois contemporain. Il provient directement de l'Agence France-Presse donc il convient de rester très méfiant sur les motivations profondes de sa publication. D'une façon ou d'une autre, il y a des visées de propagande atlantiste car c'est l'essence-même de cette agence que de nous vendre la doxa établie par l'Axe Londres-New York. Ceci dit, sur un sujet aussi rare et inusité, proche de ceux qui intéressent la JTF, mieux vaut ce mot de l'AFP que le silence complet.


---L'avenir sans magie des chamans chinois, dernier présage de l'exode urbain---


Par l'Agence France-Presse
Paru sur le site du Nouvel Observateur
Le 19 août 2014


Le chaman chinois Zhao Fucheng, 74 ans, le 3 février 2014, dans son village de Qiuka dans la province de Guangxi
(c) Afp 
Le chaman chinois Zhao Fucheng, 74 ans, le 3 février 2014, dans son village de Qiuka dans la province de Guanxi
(c) AFP


Qiuka (Chine) (AFP) - Tournant les pages vieillies d'un grimoire, un chaman chinois vêtu d'un grand costume sombre et d'un chapeau vert assure qu'il prédit l'avenir. Mais celui de sa profession semble bien menacé, à l'heure des migrations massives vers les villes.

"Pour voir un esprit, il faut accomplir les rites anciens", explique à l'AFP Zhao Fucheng, 74 ans, qui prétend communiquer avec le monde des morts depuis sa petite hutte de bois au coeur de la province montagneuse du Guangxi, dans le sud de la Chine.

Il fait partie des milliers de "maîtres des esprits" de la région, auxquels les minorités ethniques locales ont recours comme guérisseurs depuis des siècles.

"Si un danger vous menace et que la chance n'est plus avec vous, je peux améliorer votre sort", affirme Zhao. "Si la médecine ne marche pas, il faut faire appel aux esprits".

Dans le village reculé de Qiuka --accessible par un unique chemin boueux qui serpente à flanc de colline entre des rizières--, Zhao reçoit un flot constant de villageois qui croient comme lui à la force des esprits.

"Les esprits peuvent vous rendre malade, mais ils ne vont pas vous manger ou vous faire quoi que ce soit de ce genre", tempère Zhao Deqing, 13 ans --qui porte le même nom que le chaman, comme beaucoup de familles du village.

Mais le jeune garçon rêve surtout des motos que ses aînés chevauchent à leur retour des villes voisines. Il a bien l'intention de quitter le village dès qu'il aura fini l'école.

Il viendra alors grossir ce qui est sans doute la plus grande migration de l'histoire, celle des quelque 300 millions de Chinois ayant quitté leurs campagnes pour les villes au cours des 15 dernières années.

- "Pas de quoi s'effrayer" -

Le chaman Zhao Fucheng a fait de la guérison et de la prédiction de l'avenir ses spécialités. "Je communique un peu avec les esprits: je joue du tambour, je souffle dans une corne de bœuf. Je suis capable de faire les choses simples".

En cette matinée ensoleillée, il accepte de prédire l'avenir d'un visiteur entre deux âges.

La date de naissance du client en tête et ses lunettes sur le nez, il scrute un calendrier lunaire imprimé à l'encre rouge, marmonne quelques calculs, puis attrape un gros livre dont les pages s'effritent sous ses doigts.

"Quand vous atteindrez 39 ans, la vie ne sera pas facile pour vous", annonce-t-il au client.

Le chaman pointe un ongle terreux sur un caractère et le lit à voix haute, avant d'adopter un ton rassurant: "Pas de quoi s'effrayer pour autant".

Pendant la décennie de violences de la Révolution culturelle (1966-1976), nombre de chamans furent tués ou malmenés au nom de la lutte contre les "superstitions féodales".

A Qiuka, les "maîtres des esprits" racontent qu'ils ont caché leurs livres jusqu'à ce que la tension retombe, au début des années 1980.

Puis, avec les bouleversements économiques et l'explosion des coûts médicaux, les chamans ont vu les clients affluer de nouveau.

Qiuka ne compte que quelques centaines d'habitants mais plusieurs "maîtres des esprits".

"Les gens viennent me voir s'ils sont malades", témoigne Zhao Fukai, la soixantaine grisonnante, qui serre contre lui un épais volume jauni par les ans.

"Les anciens nous ont laissé ce livre", raconte-t-il, avant d'avertir: "Pour attirer les esprits, il faut du sang. Cela peut faire peur."

-"Les esprits sont partis"-

Dans les villages du Guangxi, une catégorie de population brille par son absence: les jeunes.
Après le collège, la plupart vont chercher du travail à la ville: les salaires y sont autrement plus élevés que ceux de bûcheron ou de paysan.

La Chine se prépare à l'exode de 300 millions de ruraux supplémentaires dans les dix prochaines années, ce qui laissera des milliers de villages quasi-vides.

Les chamans de Qiuka redoutent de ne plus trouver personne à qui transmettre leurs rites séculaires, menacés --à l'instar de traditions culturelles locales-- de sombrer dans l'oubli.

"On ne gagne pas grand chose avec ce métier, les gens se font davantage d'argent en allant travailler ailleurs", reconnaît le chaman Zhao Jintai.

Son fils, la cinquantaine, reste au village à cause d'un accident industriel. Mais lui ne croit guère aux pratiques magiques de son père.

Yang Shengwen, un chercheur du cru, étudie les traditions chamaniques de sa région. Il s'inquiète des conséquences de l'urbanisation: "Le chamanisme n'a pas disparu, mais la tendance commence à être préoccupante".

"Dans trente ans, il y aura encore des chamans, mais après? C'est difficile à dire".

Depuis son perchoir en altitude, Zhao Fucheng admet qu'il reçoit moins de patients ces dernières années. Mais il livre une explication chargée de mystère: "Les esprits sont partis, donc je communique moins avec eux."

dimanche 17 août 2014

Le Vaudou, l'égal du Christianisme

Un nouvel article est apparu à la rubrique Vaudou de la page-actualités Google de la Jérusalem des Terres Froides. Nous avons aujourd'hui le propos d'un chrétien intelligent par rapport à la religion originelle de son pays (le Bénin), une bouffée d'air frais après les conneries proférées par le cardinal catholique Chibly Langlois contre le Vaudou haïtien. Notez cette phrase avisée qui invalide radicalement les prétentions de Pierre Hillard selon lequel l'Église Catholique pré-conciliaire serait un obstacle au mondialisme :

l’Eglise n’est pas, surtout en Afrique une force de transformation de la société mais une force d’appoint du système d’exploitation et d’oppression des peuples


---« Comment je suis redevenu africain » : un manifeste qui fait du vodoun l'égal du christianisme---



Par Olivier Ribouis
Le 12 août 2014


Après le premier Manifeste qu’il a écrit pour le « Mouvement chrétien pour changer le monde (Mcpm) dont il est le fondateur, Dr Albert Gandonou, Béninois ayant la particularité d’être un militant à la fois chrétien et communiste, vient de publier un second Manifeste intitulé «Comment je suis redevenu africain» où il fait part de sa réconciliation avec le Vodoun, religion africaine à part entière qu’il place au même pied d’égalité que le christianisme.

Connaissez-vous un chrétien qui, au lieu d’appeler Dieu à envoyer le feu pour consumer le Vodoun, appelle les hommes à l’embrasser, l’aimer, défendre ses valeurs…, qui dit du bien du Vodoun? La Nouvelle Tribune en connait, un. Il a nom, Albert Gandonou, un de ses millions d’Africains déracinés, noirs de peau et blancs dans la tête. Il est question, avec lui, de son dernier ouvrage «Comment je suis redevenu africain», un Manifeste, le deuxième, qu’il écrit pour son cercle de réflexion philosophique, «Le Mouvement Chrétien pour changer le Monde », dont il est le fondateur. Dans «Comment je suis redevenu africain» qu’il vient de connaître avec les « Editions de l’Etincelle », Albert Gandonou, professeur d’Université nanti d’un Doctorat en grammaire et en stylistique françaises, «Docteur en Sorbonne et contempteur de l’Afrique et de ses valeurs » comme il se présente à l’image de Senghor, partage avec son lecteur-auditeur –l’ouvrage parle-, son expérience particulièrement édifiante d’un homme qui a eu la chance de s’affranchir de l’impérialisme religieux occidental pour se réconcilier avec sa culture, le Vodoun. Culte de ses ancêtres dont il découvre les innombrables valeurs qu’on lui avait caché pendant des décennies à coup d’endoctrinement depuis sa tendre enfance.

De l'aliénation

Comment Albert Gandonou est-il devenu étranger à sa propre culture? «Pendant longtemps, trop longtemps, j’ai partagé ce mépris des choses de chez moi » confie-t-il.P17. Cela remonte à son père, Adébiayé, «un converti volontaire» P.8, devenu Alias «Marcellin» par le baptême chrétien qui s’est fait agent du christianisme contre la religion vodoun. «Mon père (…) Adébiayé alias Marcelin est donc un converti : il a rejeté Satan et ses œuvres en renonçant à la religion traditionnelle africaine» lâche-il, sur son père. Ainsi donc la religion africaine depuis son père catéchiste à lui à qui le christianisme s’est imposé, est vue comme une œuvre diabolique. Son père catéchiste, ironise Albert Gandonou, s’était résolue «à faire avec zèle reculer les ténèbres de l’Afrique Sauvage, barbare, sans culture ni vraie langue au profit de cette lumière solaire qui venait généreusement et gratuitement venait d’occident».

La réconciliation

Bien de choses, d’évènements, de personnes ont concouru à la réconciliation d’Albert Gandonou, sur le point de devenir prêtre de l’église catholique romaine, avec sa culture, celle du Vodoun qu’il exalte. Paradoxalement, c’est avec des amis Européens qu’il a redécouvert les valeurs du Vodoun de chez lui, le continent africain. Après avoir cité ces amis en question P18, il dit «Ce sont eux qui m’ont ‘’réconcilié avec ma terre’’». Aussi, dit-il, comme Jean Sulivan, «j’ai perçu ‘’l’écart et l’alliance’». L’écart, ce sont «les trahisons, les doubles vies, les hypocrisies, le moralisme inutile, le pharisaïsme largement partagé dans l’Eglise». Et l’alliance, c’est «Jésus-Christ et sa Bonne Nouvelle». Il a aussi décidé de la réconciliation dès qu’il s’est rendu compte que «l’Eglise n’est pas, surtout en Afrique une force de transformation de la société mais une force d’appoint du système d’exploitation et d’oppression des peuples». A ses yeux comme de tous les membres du Cpcm, le christianisme sous toutes ses formes a profité de la domination occidentale sur l’Afrique «pour fouler aux pieds les institutions endogènes, en l’occurrence le Vodoun et le Tim».

L'égalité des religions

Après s’être affranchi du carcan du christianisme institutionnel, Albert Gandonou a cette conviction : «Toutes les religions à commencer par les religions naturelles sont respectables et valables au même titre. Ils n’en existent pas de plus vraies que d’autres et l’on retrouve les mêmes symboles dans toutes les religions du monde». Les Pères Francis Aupiais et Pierre Saulnier qui figurent aussi parmi ceux qui l’ont réconcilié avec le Vodoun lui donnent raison. Pour le premier «le fétichisme semble bien avoir les caractéristiques d’une vraie religion». Et le second dira du Vodoun «Quoi qu’on pense par ailleurs et quelles que soient les dérives, on peut reconnaître que lorsqu’on parle du Vodoun, on peut lui attribuer le statut de religion». Surtout, que Albert Gandonou redevenu Africain, donne à lire dans ce Manifeste, une panoplie de déroutantes dérives du christianisme. 


Olivier Ribouis

jeudi 14 août 2014

Pourquoi la Chine nationalise le Christianisme ?

Via la chaîne de courriels d'Info-Secte, la Jérusalem des Terres Froides se tient courant de l'actualité sur ce qui relève des sectes et des religions. Il y a quelques jours, votre serviteur a reçu un article concernant les relations complexes entre les autorités chinoises et les différents christianismes de son territoire. Le voici :


---Why Is China Nationalizing Christianity ?---

Last week China announced it was nationalizing Christianity. What are the motives behind this ?


Par Zachary Keck
Paru sur le site The Diplomat
Le 12 août 2014


China will redouble its efforts to nationalize Christianity, a senior Chinese official announced on last Thursday.

“The construction of Chinese Christian theology should adapt to China’s national condition and integrate with Chinese culture,” Wang Zuoan, director of the State Administration for Religious Affairs, said at a Shanghai forum on the “Sinicization of Christianity,” according to Chinese state media.

Gu Mengfei, deputy secretary-general of the the Three-Self Patriotic Movement — a state-sanctioned umbrella organization for Protestant churches — elaborated on the initiative. “This will encourage more believers to make contributions to the country’s harmonious social progress, cultural prosperity and economic development,” Gu said.

It’s not clear from the report exactly what changes the government plans to make to its policy on Christianity. A crackdown of some sort on Christianity is almost certain, however. The Chinese government already places a number of restrictions on religion. All churches, for example, are required to register with the government. They operate under close government scrutiny, with all legal Protestant churches belonging to the state-sanctioned umbrella organizations, the Three-Self Patriotic Movement and the China Christian Council, and the Catholic churches belonging to the Chinese Patriotic Catholic Association.

Through these organizations, both Protestant and Catholic churches in China are already required to practice Christianity with Chinese characteristics, to some degree. For example, Catholics are not allowed to recognize the authority of the Vatican. Meanwhile, as the name implies, the Three-Self Patriotic Movement — which long predates the establishment of the People’s Republic of China — has Chinese nationalism at its core. The Three-Selfs are the three principles of self-support (financial independence from foreigners), self-leadership/governance and self-propagation (indigenous missionary work).

Nonetheless, the officials’ comments last week indicate that the Chinese Communist Party intends to further tighten its grip over Christianity. There are a number of possible targets and motivations for the crackdown.

First, Christianity in general, and Protestantism in particular, has exploded in China in recent years. As The Diplomat has previously noted, China is already estimated to have 58 million Protestants and some believe it will be home to the largest Christian population by 2030. Roughly one half of China’s current Protestants are estimated to belong to underground, illegal churches.

The officials who spoke at the Shanghai forum indicated that this rapid growth was the rationale behind the crackdown. For example, Gao Feng, the president of the China Christian Council, told the audience: “Over the past years, China’s Protestantism has become one of the fastest growing universal churches.” Wang himself noted: “Over the past decades, the Protestant churches in China have developed very quickly with the implementation of the country’s religious policy. In the future, we will continue to boost the development of Christianity in China.”

The growth of religion in China is to be expected given the government’s relaxation of restrictions on it (compared to the Mao era) and the profound socio-economic changes China has undergone since the reform and opening up period began. However, its growth also gives it the potential to act as a unifying force for political opposition to the CCP’s authority. Crucially, Christianity could potentially cut across regional divides in China.

The rapid growth in religion is particularly troubling for the CCP given that its own abandonment of Marxism has created an ideological vacuum. In its place, the CCP has increasingly turned to Chinese nationalism as the ideational complement to economic growth and prosperity. The “Sinicization of Christianity” would be consistent with its drive to push Chinese nationalism.

On the other hand, the campaign could be merely an attempt to crack down on the large network of underground churches in China. As noted above, roughly one half of China’s Protestants are believed to attend these churches. These operate outside CCP control and are therefore of particular concern for the Party. Sinicization could simply mean trying to force underground Christians into the state-sanctioned organizations that already put a Chinese bent on Christianity.

In a related campaign, much attention in China has recently been given to “evil cults,” which are essentially fringe religious groups. The impetus for this was a video that went viral in May in which a woman was beaten to death outside a McDonald’s by a group of individuals who belonged to “Almighty God,” one of the “evil cults.” According to China’s state media, members of the Almighty God cult have been rounded up by the thousands all across China. The Chinese government also published a list of 14 “evil cults” and pledged a crackdown on fringe religious groups in the country.

The Chinese government’s concern about the cults is not entirely unwarranted. Besides their potential for low-level terrorist attacks, fringe religious cults have at times mounted serious challenges to Chinese authorities. The the initial leader of the Taiping Rebellion, for example, was a cult leader claiming to be Jesus Christ’s brother.

It’s worth noting, though, that in discussing the evil cults, China’s state media has at times conflated them with the country’s broader network of underground churches. For instance, the Global Times has warned that “underground churches and evil cults are spreading like mushrooms… the problem is very urgent.”

Finally, it’s quite possible that the drive to nationalize Christianity is aimed at cracking down on foreign religious influences in the country. There is a long, long history of Christian missionaries operating in China. Often times, these organizations did much good in China by building schools and providing social services. However, they have also been the source of immense anger at times from the Chinese public and/or the government. Most notably, the Boxer Rebellion was an anti-Christian and anti-Western mass uprising, which the Qing dynasty sought to exploit to gin up public support. On the other hand, the CCP took the initiative in viciously rooting out all foreign missionaries in China during the decade after the Chinese Civil War ended. It has continued to occasionally accuse underground churches of working on behalf of foreign agents like the United States.

The fact that the Chinese leaders this week discussed the importance of nationalizing the Christian faith suggests that anti-foreign sentiment is part of the motivation behind the campaign. Moreover, as Shannon noted on China Power, recent weeks have seen a number of arrests of foreign Christians running non-governmental organizations near the North Korean border. Reuters even spoke of a “wider sweep of Christian-run NGOs and businesses along the Chinese side of the border with North Korea.”

A potential crackdown on foreign Christians in China would not be occurring in a vacuum. The CCP appears to have launched one of its periodic anti-foreigner campaigns, with a number of multinationals and foreign businesses being targeted and investigated in recent weeks. In this sense, the calls to nationalize Christianity in China may just be one part of a broader campaign aimed at reducing foreign influence in China.

It’s worth noting  that these explanations for the nationalize Christianity campaign are not mutually exclusive, and more than one of them is very possibly at work.


Zachary Keck

mercredi 13 août 2014

Le Vaudou haïtien selon l'historien Michel Soukar

Les loas du Vaudou aiment s'introduire dans la Jérusalem des Terres Froides (eux qui sont déjà dans la Jérusalem céleste) pour forcer son responsable à présenter des articles plus positifs que des histoires de guerre, de sale politique, d'idolâtrie de la marchandise, de mensonges historiques et de fourberie sectaire. Aujourd'hui, Papa Legba et cie ont guidé M.Tremblay vers un texte de l'historien Michel Soukar qui porte spécifiquement sur le Vaudou haïtien.


---Le Vaudou haïtien---


Par Michel Soukar
Paru sur le site de Radio Kiskeya
Le 22 septembre 2008


“Vodoun” est originellement un mot de la langue FON. Il signifie la divinité, les esprits. « Oun » ou « houn » voudrait dire d’abord le sang et par dérivations : l’esprit, la divinité. On le retrouve comme radical dans « hounsi », « hounfort »… Vodoun signifie donc divinité. On retrouve ce sens dans certains passages de la prière « dior » et dans quelques anciens cantiques créoles de la liturgie Vodou par exemple : « Nou rayi vodou, nou rinmin ouanga » (Nous n’aimons pas le vodou, nous aimons sa magie). Dans le parler traditionnel du peuple haïtien, vodou signifie danse, un rite particulier, par exemple : « Néguesse Katyé morin, sé néguesse ki konn dansé Vodou » (Les femmes du quartier Morin dansent bien le vodou).

Des observateurs étrangers suivis d’Haïtiens se sont mis à utiliser le mot « vodou » dans un sens large pour signifier l’ensemble des pratiques et des croyances ayant cours dans le milieu haïtien. Le premier : Moreau de St. Méry, décrivant le rite du serpent, emploie le mot vodou pour englober l’organisation culturelle elle-même. Dans la première moitié du XXème siècle, des écrivains haïtiens se sont mis à utiliser ce terme dans ce sens large de religion du peuple haïtien, de religion locale, indigène. Dans le parler traditionnel haïtien, le terme désignerait l’ensemble de la démarche religieuse. Il faudrait chercher du coté d’autres termes tels que « Guinin » quand on dit : « cé ça ki guinen » (C’est ça le culte Africaniste) c’est-à-dire la pratique héritée des ancêtres. On emploie ce terme pour désigner les comportements, les pratiques que l’on rassemble sous le terme de pratique de la main droite. C’est-à dire sacrée, par opposition à celle de la main gauche où la sorcellerie, la magie agressive, criminelle est impliquée. Dans le vodou, il existe une magie comme dans toute religion. D’ailleurs, remarquons que dans le créole traditionnel du vodou, le terme magie n’indique pas ce qu’il signifie en français. Magie y signifie pouvoir mystique, force surnaturelle. Dans la chanson, « Hougan piti, min maji li anpil » (le prêtre vodou est frêle, mais sa magie puissante) ou bien « gen anpil maji nan kay là », (La maison est bien souchée, bien protégée), ce n’est pas la magie au sens occidental. Donc, il y a le terme guinen et le terme dior. On parle de frère dior, de manger dior.

Dior est un vieux terme africain que l’on emploie dans le contexte de l’accomplissement humain réalisé par l’initiation.

Pour désigner la pratique religieuse, les gens généralement ne s’appellent pas vodouisants. Ils diront qu’ils servent les loas. « Mwen sé sèvitè (Je suis serviteur). Mwen sèvi loa, mistè, guinen, (Je sers les loas… etc). Le terme vodouisant s’est répandu et est adopté par les Haïtiens eux-mêmes. C’est un phénomène récent, auquel les milieux traditionnels ont recours pour désigner leur culte. Mais là encore, il s’emploie surtout dans les contextes où l’on reprend des catégories étrangères, par exemple celui du tourisme, de l’ethnographie ou bien d’une certaine action politique.

Dans ce cadre précis, l’utilisation du mot vodouisant, est observé dans le cas où l’on se colle une étiquette pour se contre-distinguer. En fait, on reprend le terme dont les autres vous affublent. C’est là l’erreur de cette action politique : s’enfermer dans la problématique sans se rendre compte qu’on accepte l’image que les autres projettent de vous-mêmes, d’où la difficulté d’opérer un partage, un tri dans les différentes composantes de cette image alors que globalement celle-ci est négative.

Car, le vodou est inclus dans toute cette partie de l’Héritage que les Haïtiens ont du mal à assumer, à valoriser, à reconnaître. Dès l’origine, nous décelons dans le comportement haïtien la valorisation de tout ce qui est composante étrangère au niveau de la culture : mode vestimentaire, alimentaire, savoir, forme politique, couleur de la peau, traits du visage, type de cheveux… et la dévalorisation de tout ce qui compose notre héritage physique, anthropologique, culturel d’origine non européenne. Le vodou à ce titre déjà est dévalorisé.

En Haïti, il n’y a pas que le vodou comme religion. Il y a plusieurs pratiques religieuses. On retrouve le catholicisme dans lequel il faut distinguer les formes du catholicisme colonial du 17ème et 18ème siècles, français ou espagnol plutôt, qui ont concouru à la formation du vodou haïtien. Car le vodou haïtien n’est pas une religion africaine. Il est une création culturelle du peuple haïtien, que celui-ci a produit dans les mêmes circonstances, que lui-même se constituait. On parle de syncrétisme ou de juxtaposition entre le catholicisme et le vodou dans la constitution du vodou haïtien. Mais, il faut aussi distinguer le catholicisme post-concordataire du 19ème siècle qui, délibérément, a été une religion importée en Haïti en vertu du concordat de 1860. Il faut également faire la place au protestantisme représenté en Haïti, par les églises, les sectes reformées parmi lesquelles il faudrait opérer des distinctions. Même d’ailleurs au niveau chronologique. Des communautés telles que les méthodistes par exemple, sont venues assez tôt. Des cultes reformés se seraient implantés dès le temps de la colonie. Finalement, cette invasion de sectes américaines…

Alors, il faut noter la pluralité de ces pratiques religieuses dans le pays et signaler également une forte contradiction entre ces religions chrétiennes et le vodou qui s’inscrit dans ce contexte de dévalorisation, cette schizophrénie culturelle du peuple haïtien. Mais aussi dans une polémique qui s’enracine dans l’intolérance et le fanatisme religieux propres à certaines propagandes chrétiennes et où, traditionnellement, on oppose religion du progrès, religion civilisée, à religion primitive, à magie, sorcellerie, bref, le vrai Dieu, au diable, au démon. Une série de positions de ce genre ont eu cours et se perpétuent.

Toutes ces raisons expliquent ce contexte dévalorisant dans lequel le vodou s’inscrit. Essayons d’abord de bien identifier le vodou comme religion car, si on veut parler de pratiques religieuses haïtiennes, il faut s’efforcer d’y relever ce qui peut appartenir à un système de pensées, de conceptions du monde, de l’homme, d’attitudes devant la vie capables d’être rattaché à la religion. Il faut distinguer tout cela d’autres pratiques, croyances et représentations ayant cours dans le milieu et qui se rattachent à des modes de pensées et d’attitudes différentes. Evidemment, chacun est libre de ses définitions.

Le vodou haïtien n’admet qu’un Dieu trinitaire : Père, Fils, St Esprit. Entité ineffable, indescriptible, « Le Grand Maitre », l’unique Créateur de tout. Ce créateur est éloigné totalement des hommes. Cependant, dans sa clémence, il a créé et placé sur cette terre des Esprits dont la nature est plus subtile que la nôtre. Ils protègent, aident, guident pour nous rapprocher du divin et pour nous aider à résoudre les difficultés quotidiennes.

Ces Esprits, dans certaines régions du pays sont appelés : anges, mystères, loas. Le vodouisant se décrit comme serviteur, il n’adore pas ces entités. D’ailleurs, celles-ci répudient toute forme d’adoration qu’elles considèrent comme une insulte, une profanation car seul le « Grand Maître » mérite l’adoration.

Le vodouisant pense que son appartenance à sa famille implique son intégration sous l’ombrelle des esprits de ses parents, de ses ancêtres. Il reçoit ses obligations directement par ses visions ou indirectement par la famille ou par celui que la hiérarchie des loas aurait placé sur sa route. Quand les messages arrivent indirectement, il est toujours bon de vérifier.

Les obligations peuvent être de plusieurs ordres. Elles vont de comment servir les loas jusqu’aux responsabilités de l’individu vis-à-vis de sa communauté si son périple doit le conduire à l’initiation pour revenir hougan ou mambo. Il reçoit aussi sa juridiction : lieu de travail… Dans tous les cas, hougan et mambo se considèrent toujours comme des serviteurs des loas et de leur communauté. Les loas indiquent et président le travail à effectuer. Leur travail n’est pas routinier, confiné à des recettes. C’est du sur mesure. Ce qui convient à l’un peut être un poison pour l’autre. Il arrive qu’un conjoint ne puisse assister à toute la cérémonie qu’offre l’autre conjoint à ses loas. Ici, on conseille aux fiancés d’analyser leur compatibilité mystique pour apporter des ajustements nécessaires avant leur mariage. Il arrive que la connaissance de l’homme et de la nature du hougan et du mambo dépasse de beaucoup celle du non initié vodouisant car les loas conduisent à une profonde connaissance spirituelle. Cependant avec une pensée articulée, une explication du monde, une connaissance du monde subtil, une cosmologie, le vodou peut parler d’une religion individuelle car ce qui se fait est du sur mesure. Chez le vodouisant, on parle de connaissance plus que de croyance. Ces considérations écartent le vodou des groupes de religions collectives mais le rapprochent des sociétés initiatiques telles que la Franc-Maçonnerie, la Rose-Croix, des groupes qui soulignent surtout la connaissance, la gnose.

Ce qui est fondamental dans le vodou, c’est le service des loas. On parle des loas racines, des loas famille, des loas d’héritage. La démarche fondamentale, c’est lorsqu’on est réclamé par les loas, d’aller ramasser les loas. Servir les loas : C’est chercher à retrouver ce qui vous est propre, à partir de votre appartenance à une famille, à un groupe, à une nation, à une race, etc. Rechercher ses loas, les retrouver, leur rendre un culte vous permet de développer intérieurement tous ces aspects de votre personnalité correspondant à ces divinités, à ces « réalités religieuses » retrouvées dans la tradition de votre terre. Dans les lakous, (habitation familiale) dans les « démembré », on désignera les pratiquants sous le nom d’héritiers. C’est se mettre en harmonie avec les grandes lois de votre réalité familiale, de votre réalité profonde qui ne se manifestent pas dans votre comportement et dans votre personnalité empirique. C’est s’inscrire dans une totalité créant une certaine harmonie, pour retrouver ce qui est nôtre. Non au niveau de votre destinée sociale et des conditionnements, mais des potentialités des dynamismes inscrits en vous et que vous ignorez. Cette recherche ne conduit pas à la résignation sociale, à l’immobilisme social. Le service des loas consiste en une série d’activités menées par le serviteur ayant pour objectif l’amplification ou la polarisation de l’égrégore d’un loa. Il est à noter que le panthéon d’une famille contient une multiplicité de loas et chacun d’eux possède une énergie ou égrégore. En retour, ces énergies altèrent l’énergie du serviteur et commandent ses fonctions humaines pour faciliter l’accomplissement des taches à exécuter. Celles-ci peuvent viser la collectivité mais l’altération des énergies de l’individu est personnelle.

Une autre attitude différente de celle-la, contradictoire, est celle de celui qui va acheter des « points » (pouvoir), qui ne va pas ramasser ses loas de famille. Il tente de se forger une destinée qui n’était pas inscrite dans son dynamisme, dans le dynamisme de sa lignée et il va procéder par la sorcellerie. Cette démarche n’est pas religieuse. Si par vodou on entend une « religion », alors ce comportement n’a rien à voir avec le vodou. Evitons de mêler ces deux systèmes tout à fait différents. Il faudrait considérer tous les segments de comportement identifiables à partir de l’histoire des religions, et les systèmes religieux susceptibles d’être observés dans le monde. Essayer de retrouver ces comportements à l’intérieur d’un système religieux propre au peuple haïtien. Ce qui permettrait de les distinguer d’autres pratiques n’appartenant pas au système religieux de ce peuple, même si elles relèvent de pratiques haïtiennes.

On use des « ouangas », des « expéditions » ou des « renvois » (Projections Magiques) dans le milieu religieux, mais ce sont souvent des méthodes de défense. A ce moment, il ne s’agit pas à proprement parler de comportements religieux, mais déjà de comportements magiques. Mais il faut les distinguer de tout ce qui constitue des comportements anti-sociaux, c’est-à-dire visant ou contrevenant aux valeurs d’éthique individuelle ou sociale existant dans le groupe.

Le peuple haïtien opère cette distinction. Il distingue la main gauche de la main droite. Ce qui est « guinen » de ce qui ne l’est pas. Ajoutons que les mêmes personnes peuvent afficher successivement des niveaux de personnalité, de développement intellectuel, de façon différente. Une même personne peut être civilisée avec ses amis et brutale avec sa femme et ses enfants. Les pratiquants du vodou peuvent présenter des niveaux dissemblables de fonctionnement. Pour ce, tel houngan pourra être dit : servir des deux mains. Les vrais pratiquants répèrent le religieux (« guinen »), et le maléfice (« move bagay »). Par exemple, après le 7 février 1986, au Cap, la maison d’un homme avait été pillée. La Télévision Nationale d’Haïti (TNH) avait filmé la résidence saccagée. On y était tombé sur des poupées, des petits cercueils, etc… Un passant, spontanément, disait : « sa sé té tout vyé bagay, se pa youn moun ki tap sèvi loa yo, ki tap sevi mistè yo, sé tout kalité vyé bagay » (Ce sont pas des serviteurs des dieux. Ce sont des malfaiteurs, des sorciers).

Où classer les sociétés secrètes : champwèl, zobop, etc ? Habituellement on les dénomme : sectes rouges. Des différences sont établies parmi ces groupes : selon la zone, tel nom est réservé pour tel type de société. Ce ne sont pas des groupes religieux, mais des sociétés parallèles. Dans l’église catholique, les paroisses représentent des divisions religieuses relevant de l’institution religieuse. Il existe les conseils de fabrique comprenant des laïcs rassemblés en comité gérant les fonds de la paroisse. Les hounforts, les péristyles, détiennent une société temporelle les aidant à défendre leurs intérêts. C’est leur police, leur armée, leurs bras séculiers. Tout comme chaque houngan, chaque hounfort possède sa bande de rara qui ne s’identifie pas à la congrégation religieuse elle-même, bien qu’elle y soit rattachée.

Des sociétés paramilitaires formaient des structures parallèles de pouvoir, dans les milieux ruraux au moins. Ceci s’était accentué aux époques où la centralisation était moins forte. Avec la centralisation de Port-au-Prince, les choses sont devenues complexes, mais jusqu’à nos jours, des structures parallèles de pouvoir se sont maintenues et avec elles, le pouvoir officiel, apparent doit compter, négocier, et s’entendre quand il n’y a pas coïncidence à un certain niveau.

Aussi dans chaque zone du pays, règne toujours l’empereur. A ce moment, il ne s’agit pas nécessairement de société criminelle, mais de structures traditionnelles d’organisation autres que celles du modèle de société occidentale que nous imitons. Ces structures contrôlent les activités de sorcellerie, de magie, etc. Donc, d’attaques, de justice traditionnelle. Si quelqu’un a des comptes à régler avec telle autre personne, il s’adresse à un spécialiste. Les deux demandent à l’empereur la permission de sévir. La zombification ferait partie de ce système. Ces actes sont sujets à une régulation. Ils expriment le châtiment d’un crime contre la société, avec tout ce qu’une société comporte d’imperfections. De même qu’on peut avancer dans l’histoire de l’église catholique des justifications théologiques à l’inquisition et à ses excès, celles-ci ne masquent pas les aberrations de pratiques sociales. Ceci deviendrait de l’imposture, de la malhonnêteté que de s’abriter derrière ces justifications alors qu’à l’évidence il s’agit d’une action criminelle. Il faut être ferme et précis là-dessus. On ne peut avoir affaire à des pratiques immorales et les voiler derrière un rideau de fumée idéologique ou culturaliste. De plus, ces agissements sont liés à une structure agraire, à un état du fonctionnement de structuralisation de la société globale et à un héritage historique. Plusieurs de ces sociétés, de ces pratiques, sont des héritages de bande de guérilleros ou de militaires disposant d’une certaine autonomie régionale au temps de l’indépendance, avant et après. Nous désignons les bandes de marrons armés, qui deviennent des groupes de militaires avec une organisation, une structure, contrôlant un territoire, négociant avec d’autres bandes pour délimiter leur espace. Jusqu’à présent, telle société peut délivrer un laisser-passer valable pour telle partie du territoire. Au-delà, on passe sous la juridiction d’autres empereurs, d’autres chefs.

En certains endroits, les empereurs peuvent être de grands propriétaires terriens, en d’autres : non. Il y a rencontre, superposition et compromis entre divers types de structures et de pouvoir. Sur le territoire national, se rencontrent les représentants du pouvoir légal (commandant en chef du département, magistrat, député, etc.), les détenteurs du pouvoir économique, mais aussi ceux qui incarnent le pouvoir symbolique avec tout ce que le symbolique contient d’efficacité terrible dans ces milieux en tant que pouvoir réel à travers les contrats, et les structures parallèles clandestines.

Un compromis crée une balance de pouvoir à l’intérieur de la société haïtienne, un équilibre variant selon le cas.

Cette recherche d’équilibre conditionne-t-elle l’élection de l’empereur ? C’est un point sur lequel on ne détient pas de renseignements précis. On sait qu’une hiérarchie fonctionne. Un empereur peut réprimander vertement et presque molester un chef de la zone. Celui-ci doit demander pardon, s’excuser. Ce traitement brutal peut aussi s’intégrer dans un jeu symbolique et social dont les gens ne sont pas dupes. C’est la tradition gardée par le Président François Duvalier qui giflait ses ministres. Toutes ces structures ont du subir de profondes modifications sous le Duvaliérisme. Car, apparemment, le génie de Duvalier aurait été précisément de récupérer, de détourner à peu près les structures de la société haïtienne et entre autres celles-ci qui ont du servir de noyau aux VSN (Volontaires de la Sécurité Nationale-Tontons Macoutes). Derrière le mode d’organisation officielle du corps de la milice, des structures sans doute relevaient de ces sociétés.

Malgré tout, il faut opérer des distinctions typologiques entre sociétés séculières, structures parallèles de contrôle d’une zone, et une autre unité de cette typologie carrément antisociale, pratiquant l’empoisonnement, « le terrorisme » et souvent aux services des intérêts des puissants de toute nature. Ils entretiennent des relations ou dénotent des éléments de comportement culturel intégrés à leur vie de groupes. De même, l’association des anciens élèves de tel collège, ou l’association des médecins catholiques d’Italie ou de France peut, à l’intérieur de son organisation et dans ses activités, inclure des segments empruntés à la religion. Par exemple, ils commenceront leur congrès annuel par une messe. Ce ne sont pas pour autant des organisations religieuses. Même raisonnement pour ces sociétés. Elles peuvent insérer dans leur vie associative l’invocation d’un loa, sacrifice d’animaux etc… 

De plus, le vodou ne connaît pas d’autorité centrale. La nature du vodou consiste dans l’existence d’éléments socio-culturels communs. Pas d’autorité fixant le vocabulaire, les croyances, les pratiques. Des pratiques occultes possèdent des techniques de manipulation d’énergies mystiques dans un contexte de représentation surnaturelle. Mais dans un contexte de représentation scientifique, elles sont d’ordre physico-psychique. Ce qu’on appelle loa ne correspond pas à n’importe quelle utilisation de l’énergie cosmique ou de l’énergie physico-psychique. Ainsi, des gens qui ne sont pas des prêtres, des dépositaires d’une tradition religieuse propre au peuple haïtien mais qui font des choses de façon sauvage, peuvent avoir affaire à des pratiques qui impliquent la manipulation de certaines forces magiques et en vertu d’on ne sait quelle association, de quelle parenté, appeler ça des loas. Mais, il ne s’agit pas nécessairement de ceux de la religion « guinen ». Alors dans le groupe on le dénomme par exemple : Simbie. Mais correspond-il au culte religieux du loa Simbie dans la pratique « guinen » ? Évitons de s’y méprendre. Les gens peuvent employer des mots pour designer ce qu’ils veulent. Dans un milieu plus ouvert, les vocables peuvent émaner d’autres réalités. Par exemple, le houngan dit qu’il y avait crise de possession : « youn bagay vini, yo rélé li tel jan, men se pa loa-a » (Quelque chose est venue, on l’a appelé de telle façon, mais ce n’est pas le loa). Parce qu’il sait reconnaître le loa. C’est quelque chose mais pas le loa : les gens l’appellent comme ils veulent. Ces phénomènes échappent au protocole d’observation permettant d’identifier l’évènement. La distinction, par le houngan, est une question de pratique, et non de discours. Pour la plupart, nous parlons de ces réalités de façon inadéquate, car nous nous appuyons sur la communication de ceux qui ont vécu l’expérience. Ces phénomènes se sentent, s’éprouvent. En dehors d’une pratique et d’une expérience portant sur de longues années, ils échappent à la connaissance. On parle de Simbie ou de Damballah. Mais, que peut-on dire de ces loas ? Ils correspondent à quelle réalité ? On n’a jamais gouté au corossol, pourtant on en parle à d’autres qui, eux aussi, n’ont aucune idée de ce fruit. Nous les entretenons d’une approximation. A partir de diverses caractéristiques, on essaie de cerner une réalité dont le seul mode de connaissance adéquate serait d’y goûter. La preuve de l’existence du corossol est que je le mange. Aussi, c’est de manière abusive qu’on parle de croyance en religion. Se référant à un certain vecu, il ne s’agit pas de foi, mais d’expérience. L’observateur extérieur ne pouvant contrôler le contenu parle de foi. Mais pour l’expérimentateur, c’est une réalité vérifiée.

Pas question de croire en l’invérifiable. Et c’est une différence majeure entre le vodou et la foi catholique. Pour la vivre, il faut donc accomplir une expérience initiatique. On accède alors à ces phénomènes. Mas ce pas franchi, on se rend compte que le langage est tout à fait inadéquat pour en parler. Et que dire ? Dire pour faire quoi ? Que l’on donne des notions justes ou incorrectes sur les réalités de Simbie, à quoi ça sert ? Si ces informations ne correspondent pas chez l’interlocuteur à une expérience, à un devenir de sa personnalité. Pour un expérimentateur de l’univers des loas, tous les discours tenus à leur sujet sont des exercices futiles. Les loas existent pour être utiles aux hommes et non pour être des sujets de purs discours. On ne les appelle pas pour rien. Aussi, fort souvent les véritables houngans, mambos, répondent facilement n’importe quoi à leur sujet. Que leur importe ? Toutes ces approximations sont de valeurs ou de non-valeurs égales. Les serviteurs également répondent n’importe quoi si on les pressure de questions. Non par mépris, ni par malhonnêteté. Mais, c’est la seule attitude appropriée qu’ils peuvent trouver devant une situation réelle pour eux. Quelqu’un n’agacerait-il pas en voulant nous contraindre à décrire le gout du corossol ? Ce qui relève l’ordre purement sensoriel.

L’absence d’une autorité nationale largement reconnue permet des pensées voire des actes répréhensibles. Un initié affirme qu’en se déliant avec l’Esprit de Dieu en lui, il peut poser tous les actes possibles car, à sa mort, l’Esprit de Dieu restera toujours exempt de faute et le réintègrera avant qu’il ne rejoigne son créateur. On rencontre souvent ces inepties et elles expliquent aussi la chute vertigineuse de la moralité du peuple.

Issu des esclaves et des marrons, le vodou est la fusion des cultes des autochtones de Saint-Domingue et des différentes tribus expatriées par la traite. Une langue est aussi sortie de ce mélange et elle est connue sous le vocable de langage. Elle est certifiée dans les formules d’invocation des loas. Les loas racines l’utilisent pour dialoguer avec leurs serviteurs. Ces loas sont remplis de sagesse et de connaissance spirituelle. Les « anciens » qui maîtrisent le langage, transmettent en créole leur connaissance sous forme symbolique et allégorique. Ceci explique en partie les difficultés dans l’enseignement ésotérique du vodou. Ce qui implique les contradictions rencontrées dans la pratique exotérique.

Cette confusion inhibe la présence d’un chef en donnant l’impression que toute est permis.

Pratiquant ou non croyant, le vodou, comme axe crucial de la culture haïtienne doit recevoir toute l’aide des haïtiens pour son épanouissement.


Michel Soukar

La robotisation toujours constante de l'armée U.S.

Malgré l'avertissement qu'a donné Arthur C. Clarke à l'armée U.S. il y a de ça plusieurs décennies, celle-ci pousse toujours plus loin sa robotisation (à l'encontre des « lois de la robotique » d'Isaac Asimov). Aujourd'hui : les avions de chasse sans pilotes humains. Il semble que les hauts-gradés zuniens n'aient retenu aucune leçon de la capture du RQ-170 par l'Iran en décembre 2011. L'article qui suit est en anglais, il provient du journal The Week qui a été relayé par le Drudge Report.


---This laser-armed drone could blow fighter jets out of the sky---

An Air Force officer proposes a robot fighter with minimal human control
 
 
Par Michael Peck
Paru dans la chronique War is boring du journal The Week
Le 12 août 2014


Here's an idea for an awesome dogfighting aircraft. Make it small, light, and fast. Build it out of materials that are hard to detect on radar. Even give it a laser cannon.
 
Oh, and don't put a human in the cockpit. In fact, don't even closely tie the drone to human ground control. Because in an aerial knife fight, a computer-controlled machine will beat a human pilot.

That's the idea behind a controversial proposal by U.S. Air Force captain Michael Byrnes, an experienced Predator and Reaper drone pilot. Byrnes is calling for the development of a robotic dogfighter, which he calls the FQ-X, that could blow manned fighters out of the sky.

"A tactically autonomous, machine-piloted aircraft … will bring new and unmatched lethality to air-to-air combat," Byrnes writes in Air and Space Power Journal. 

In Byrnes' conception, machines have the edge in making the lightning-fast decisions necessary to win a close-quarters aerial battle. "Humans average 200 to 300 milliseconds to react to simple stimuli, but machines can select or synthesize and execute maneuvers, making millions of corrections in that same quarter of a second," he writes.

Byrnes focuses on famed fighter pilot John Boyd's classic observe-orient-decide-act decision cycle — the "OODA loop" — which predicts that victory in combat belongs to the warrior who can assess and respond to conditions fastest.

Like a fighter pilot trying to out-turn his opponent in a dogfight, the trick to OODA is quickly making the right decisions while your enemy is still trying to figure out what's going on.

It's a battle of wits in which computers are superior, according to Byrnes. "Every step in OODA that we can do, they will do better."

Byrnes envisions a drone designed from the start to utilize the full potential of an unmanned dogfighter. The FQ-X would be constructed of advanced, difficult-to-detect "metamaterials." It would have extremely powerful computers that could determine an enemy aircraft's position from even the scantest of sensor data.

"The principle of 'first look, first kill' belongs to the aircraft with the most processing power and the best software to leverage it," Byrnes writes.

The FQ-X would also have multispectral optics and computer vision software that would enable it to distinguish friendly from enemy aircraft. The drone would pack a laser or a cannon firing armor-piercing incendiary rounds.

To sweeten the robot's victory, on-board machine-learning systems would analyze the encounter and transmit tips to other combat drones. 

It should be pretty obvious we're not talking about some plodding, prop-driven Predator drone being steered by humans sitting in a trailer in Nevada, but rather a fast- and high-flying robot jet that functions without much need for human guidance. 

"With FQ-X, autonomy for the conduct of the engagement would return to the air vehicle to take advantage of its superior processing speed and reaction times," Byrnes proposes. 

But there's a tension in robotic warfare between the machines' incredible speed and lethality and we human beings' natural desire for direct control. Inserting a man into the loop inevitably limits a drone's potential. 

Without human control, we effectively grant robots licenses to kill. 

Byrnes suggests breaking a dogfighting drone's actions into different phases, including searching, stalking, closure, capture, and kill. Operator control would vary with the phase. And in the heat of direct combat, when milliseconds matter, the robot calls most of the shots. 

It's a bold proposal — one the Air Force as a whole has showed little interest in pursuing. Only the Navy has openly discussed adding air-to-air missiles to jet-powered drones. Considering the bureaucratic resistance, Byrnes worries that the flying branch could eventually have no choice but to borrow dogfighting robot technology from the sea service. 

"Aviators may dislike it, the public will question it, science fiction imagines harbingers of the Cylon apocalyps,e and we are uncertain about how to best utilize it within the context of a larger Air Force," he writes. "Nevertheless, the FQ-X concept is too dangerous to our current thinking to ignore forever."


Michael Peck

vendredi 8 août 2014

Une entrevue avec un historien russe sur la Seconde Guerre mondiale

Les quelques personnes qui suivent l'ensemble de ce qui se publie à la Jérusalem des Terres Froides connaissent l'intérêt de la maison pour la seconde guerre mondiale et plus particulièrement le front russe. Difficile de le nier avec la présentation des deux saisons (I et II) de la série documentaire Soviet Storm, les conférences de Ludo Martens et du PTB, un article de et une « page-ressource » sur Annie Lacroix-Riz.

Votre serviteur fréquente à l'occasion le Réseau Voltaire et récemment il a trouvé une entrevue avec un historien russe, Valentin Faline, qui, selon le mot d'introduction de l'article, « remet en cause les mythes atlantistes » de cette période-charnière du XXième siècle. Il est si rare ici en Occident d'avoir accès aux historiens russes, dont nul ouvrage a été traduit en français, à l'exception de la ultra-pute atlantiste Dmitri Volkogonov (ce dernier est si menteur qu'il a trouvé le moyen de revenir avec cette fausseté reconnue depuis longtemps du « Staline qui planifie les opérations militaires à partir d'un globe terrestre » au début du premier épisode d'un documenteur du XXIième siècle, Russia's War : Blood Upon The Snow).

Cette entrevue date de 2005 et est le fruit du travail de Viktor Litovkine, qui fut collaborateur pendant quelques années au Réseau Voltaire. Il est présenté ainsi :

A servi trente ans dans l'Armée rouge qu'il a quitté au grade de colonel. Ancien chef de rubrique Défense des Izvestia (1999-2002), puis de l'agence RIA-Novosti (2002-2007). Actuel rédacteur en chef adjoint de l'Independant Military Review. Auteur de nombreux livres et documentaires.

L'entrevue de Viktor Litovkine avec Valentin Faline a été publié en trois parties sur le site de Thierry Meyssan : La seconde guerre mondiale aurait pu prendre fin en 1943, Si l'Armée rouge n'avait pas pris Berlin... et La Conférence de Yalta offrait une chance qui n'a pas été saisie. La Jérusalem des Terres Froides reprend le tout en un seul article avec les liens vers les originaux.

Pour les gens un peu plus avertis de ces enjeux historiques, vous remarquerez qu'il y a des points de convergences entre les propos de M.Faline et ceux d'Annie Lacroiz-Riz. Notamment au début du premier article où le Russe nous dit que :

(...) les politiques et les militaires s’étaient penchés sur cette question dès 1941, quand la grande majorité des hommes d’État, dont Franklin Roosevelt et Winston Churchill, estimaient que l’Union soviétique tiendrait au maximum de quatre à six semaines. Seul Edvard Benes affirmait que l’URSS résisterait face à l’invasion nazie et finirait par écraser l’Allemagne.
(...)
(...) lorsqu’il s’est avéré que ces estimations et, si vous le permettez, ces calculs étaient erronés, quand l’Allemagne a subi devant Moscou son premier revers stratégique dans la Seconde Guerre mondiale, les points de vue ont brusquement changé. En Occident, d’aucuns ont commencé à redouter de voir l’Union soviétique sortir trop forte de la guerre. Car si effectivement elle était trop forte, c’est elle qui déterminerait le visage de la future Europe. Ainsi parlait Adolph Berle, le sous-secrétaire d’État États-unien chargé de la coordination des services de renseignement US. C’est ce que pensait aussi l’entourage de Churchill, dont des gens fort compétents qui avant et pendant la guerre avaient élaboré la doctrine des actions des forces armées britanniques et de toute la politique britannique.

Tandis que la Française nous dit, dans son article du Monde diplomatique de 2005, que :

Mais le 16 juillet, le général Doyen annonçait à Pétain, à Vichy, la mort du « Blitzkrieg » : « Si le IIIe Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l'idée que s'étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n'avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l'envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. (...) Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flammes ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations. »

Le Vatican, meilleur réseau de renseignement mondial, s'alarma d'ailleurs, début septembre 1941, des difficultés « des Allemands » et d'une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt » : il situa donc « le tournant de la guerre » avant l'arrêt de la Wehrmacht devant Moscou (fin octobre) et bien avant Stalingrad. Fut ainsi confirmé, dès l'invasion, le jugement que portait l'attaché militaire français à Moscou Auguste-Antoine Palasse depuis 1938 sur la puissance militaire soviétique inentamée, selon lui, par les purges qui avaient suivi le procès et l'exécution du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski et du haut état-major de l'Armée rouge, en juin 1937.

Puisque le siège de l'Église Catholique vient d'être cité, madame Lacroix-Riz nous rappelle régulièrement dans ses conférences que le Vatican fut un grand promoteur de ce fantasme du « L'URSS tombera en 4 à 6 semaines » et elle est bien placée pour le savoir, elle qui a publié un livre dont le titre est Le Vatican, l'Europe et le Reich : De la Première Guerre Mondiale à la Guerre Froide (Armand Colin, 13 octobre 2010).

Un dernier point, qui est une remarque personnelle. Dans l'entrevue qui suit, Valentin Faline s'en prend à plusieurs reprises à Churchill. Dans ses conférences, madame Lacroix-Riz n'hésite pas à parler du « gros menteur à Churchill ». Il est un point que l'auteur de ces lignes voudrait souligner : c'est que Winston Churchill avait un grave problème d'alcoolisme. Ce n'est pas pour rien que le ministre zunien de la guerre à l'époque, Henry Stimson, considérait l'Anglais comme étant une « forme excentrique de la débauche », comme le rappelle Faline. Il semble à votre serviteur que ce fait est rarement suffisamment pris en compte par les historiens. Or, il est bien connu que « la boisson », surtout les trucs forts comme le gin, ça fait dire tout et n'importe quoi à celui qui en abuse. Et dans l'entourage du premier ministre british, on a sûrement dû en profiter pour lui faire dire ce qu'on voulait lui faire dire quand qu'on sentait qu'il était bien « réchauffé ». Cela n'étonne pas votre aimable correspondant lorsqu'il apprend que Churchill ait pu dire « mon ami ! » à Staline et ensuite le dos retourné balancer « On n'a pas tué le bon chien ! ». Si Staline fut déçu quand il a appris cette dernière déclaration, sa pensée a dû surtout être « il a probablement encore trop bu, ce Winston ».

Sur ce, merci de votre attention et voici l'entrevue en question :


---La Seconde Guerre mondiale aurait pu prendre fin en 1943---



Par Viktor Litovkin

Au fur et à mesure que les Anglo-Saxons étendent leur influence en Europe centrale et orientale, intégrant les anciens États du Pacte de Varsovie dans l’Union européenne et l’OTAN, ils procèdent a une révision historique de la Seconde Guerre mondiale. L’objectif de Londres et de Washington est de s’arroger l’exclusivité de la victoire contre le nazisme, de se poser en parangons de la démocratie, et d’assimiler communisme et nazisme dans une même opprobre. Les crimes du stalinisme sont placés en équivalence avec ceux de l’hitlérisme, tandis que ceux de la colonisation sont purement effacés. Répondant à cette offensive à l’occasion du 60è anniversaire de la victoire alliée, la Russie entreprend a son tour une révision de l’Histoire officielle. Elle révèle que, contrairement a ce qu’ils prétendent aujourd’hui, les Anglo-Saxons ne se sont pas engagés dans la Seconde Guerre mondiale pour vaincre le fascisme, mais pour substituer leur domination a celle des nazis, et qu’ils ont volontairement laissé durer les combats dans l’espoir d’être débarrassés de l’URSS par l’Axe. Pour comprendre le point de vue russe négligé par les médias atlantistes, nous reproduisons un entretien avec le professeur Valentin Faline recueilli par Viktor Litovkine, de l’agence RIA-Novosti.

Viktor Litovkine : Dans l’historiographie moderne, l’étape terminale de la Seconde Guerre mondiale est décrite différemment. Certains spécialistes prétendent que la guerre aurait pu s’achever bien plus tôt, c’est ce qui ressort, entre autres, de la lecture des mémoires du maréchal Tchouïkov. D’autres estiment qu’elle aurait pu durer au moins un an encore. Qui est plus proche de la vérité ? En quoi réside cette dernière ? Quel est votre point de vue sur cette question ? 

Valentin Faline : C’est vrai, ce thème est débattu dans l’historiographie de nos jours. Mais pendant la guerre aussi, à partir de 1942, on s’était livré à des estimations sur la durée du conflit. Pour être plus précis, les politiques et les militaires s’étaient penchés sur cette question dès 1941, quand la grande majorité des hommes d’État, dont Franklin Roosevelt et Winston Churchill, estimaient que l’Union soviétique tiendrait au maximum de quatre à six semaines. Seul Edvard Benes affirmait que l’URSS résisterait face à l’invasion nazie et finirait par écraser l’Allemagne.

Si je me souviens bien, Edvard Benes était le président de la Tchécoslovaquie en exil. Après les Accords de Munich de 1938 et l’occupation de son pays il se trouvait en Grande-Bretagne ? 

Valentin Faline : Oui. Ensuite, lorsqu’il s’est avéré que ces estimations et, si vous le permettez, ces calculs étaient erronés, quand l’Allemagne a subi devant Moscou son premier revers stratégique dans la Seconde Guerre mondiale, les points de vue ont brusquement changé. En Occident, d’aucuns ont commencé à redouter de voir l’Union soviétique sortir trop forte de la guerre. Car si effectivement elle était trop forte, c’est elle qui déterminerait le visage de la future Europe. Ainsi parlait Adolph Berle, le sous-secrétaire d’État États-unien chargé de la coordination des services de renseignement US. C’est ce que pensait aussi l’entourage de Churchill, dont des gens fort compétents qui avant et pendant la guerre avaient élaboré la doctrine des actions des forces armées britanniques et de toute la politique britannique.

Cela explique dans une grande mesure l’obstination de Churchill à ne pas vouloir ouvrir le deuxième front en 1942. Et ce alors que Beaverbrook et Cripps au sein de la direction britannique et, surtout, Eisenhower et d’autres concepteurs des plans militaires états-uniens estimaient que des possibilités matérielles et autres existaient pour infliger aux Allemands une défaite dès 1942. Selon eux il fallait profiter que le gros des forces armées allemandes se trouvait sur le front oriental et que 2.000 kilomètres de littoral français, néerlandais, belge, norvégien et aussi allemand étaient ouverts aux armées alliées. A cette date les nazis ne possédaient aucuns ouvrages défensifs permanents le long du littoral atlantique.

Qui plus est, les militaires états-uniens s’employaient à convaincre Roosevelt (Eisenhower avait adressé plusieurs mémorandums à ce sujet au président états-unien) que l’ouverture du deuxième front raccourcirait de beaucoup la guerre en Europe et obligerait l’Allemagne à capituler. En 1943 au plus tard.

Cependant, de tels calculs n’étaient pas faits pour convenir à la Grande-Bretagne et aux conservateurs qui ne manquaient pas aux États-Unis. 

Qui avez-vous en vue ? 

Valentin Faline : Par exemple, le Département d’État au complet, dirigé par Cordel Hull, était farouchement hostile à l’URSS. Cela explique pourquoi Roosevelt ne s’était pas fait accompagné par son secrétaire d’État à la conférence de Téhéran et que les procès-verbaux de la rencontre des « Trois grands » lui avaient été communiqués six mois après Téhéran. Pour la petite histoire, disons que les services de renseignement politique du Reich avaient déposé ces documents sur le bureau d’Hitler trois ou quatre semaines après. La vie est pleine de paradoxes.

Après la bataille de Koursk, en 1943, qui s’était soldée par une défaite de la Wehrmacht, les chefs d’état-major des États-Unis et de la Grande-Bretagne, ainsi que Churchill et Roosevelt s’étaient réunis le 20 août à Québec. A l’ordre du jour figurait le retrait éventuel des États-Unis et de la Grande-Bretagne de la coalition antihitlérienne et leur entrée en alliance avec les généraux nazis pour combattre ensemble l’Union soviétique.
Pourquoi ? 
Valentin Faline : Parce qu’en vertu de l’idéologie de Churchill et de ceux qui la partageaient à Washington, il fallait « contenir ces barbares russes » le plus loin possible à l’Est. Car si l’on ne peut briser l’Union soviétique, il faut au moins l’affaiblir. Par Allemands interposés. C’est ainsi que la tâche était posée.

Ce dessein avait toujours obnubilé Churchill. Il avait développé cette idée avec le général Koutiepov dès 1919. Les États-uniens, les Anglais et les Français subissent des revers et ne sont pas en mesure de se rendre maîtres de la Russie soviétique, disait-il. Il faut confier cette mission aux Japonais et aux Allemands. Churchill avait tenu le même langage en 1930 avec Bismarck, le premier secrétaire de l’ambassade d’Allemagne à Londres. Pendant la Première Guerre mondiale, les Allemands avaient vraiment manqué de jugeote, affirmait-il. Au lieu de concentrer leurs forces en vue de défaire la Russie, ils avaient engagé la guerre sur deux fronts. S’ils ne s’étaient occupés que de la Russie, alors l’Angleterre aurait neutralisé la France.

Pour Churchill il s’agissait moins de la lutte contre les bolcheviks que de poursuivre la guerre de Crimée de 1853-1856, au cours de laquelle la Russie s’était efforcée tant bien que mal de mettre un coup d’arrêt à l’expansion britannique. 

Au Caucase, en Asie centrale, au Proche-Orient riche en pétrole... 

Valentin Faline : Naturellement. Par conséquent, lorsque nous évoquons les différentes façons de faire la guerre à l’Allemagne nazie, il ne faut pas oublier la diversité des comportements vis-à-vis de la philosophie d’alliance, des engagements que l’Angleterre et les États-Unis avaient pris devant Moscou.

Je m’écarte un instant. En 1954 ou en 1955, Gand avait accueilli un colloque de religieux consacré au thème : les anges s’embrassent-ils ? Après plusieurs jours de débats ils en étaient arrivés à cette constatation : ils s’embrassent, mais sans passion. Au sein de la coalition antihitlérienne, les rapports d’alliés rappelaient un peu un caprice angélique, pour ne pas dire un baiser de Judas. Les promesses étaient sans engagements ou, ce qui était pire, quand il y en avait, c’était pour induire en erreur le partenaire soviétique.

Cette tactique, rappelons-le, avait torpillé des pourparlers de l’URSS, de la Grande-Bretagne et de la France au mois d’août 1939, alors qu’il était encore possible de faire quelque chose pour empêcher l’agression nazie. Les dirigeants soviétiques avaient donc été contraints de conclure démonstrativement un traité de non-agression avec l’Allemagne. Nous avions été désignés comme cible privilégiée de la machine de guerre nazie. Je me réfère à la situation telle qu’elle avait été formulée au sein du cabinet Chamberlain : « Si Londres ne peut éviter un accord avec l’Union soviétique, la signature britannique que comportera le document ne devrait pas signifier que les Anglais prêteront assistance à la victime de l’agression et déclareront la guerre à l’Allemagne. Nous devons nous réserver la possibilité de déclarer que la Grande-Bretagne et l’Union soviétique interprètent les faits différemment ». 

On sait qu’en septembre 1939, quand l’Allemagne avait attaqué la Pologne, un allié de la Grande-Bretagne, Londres avait déclaré la guerre à Berlin, mais sans pour autant entreprendre la moindre démarche pour accorder une assistance tant soit peu réelle à Varsovie. 

Valentin Faline : Dans notre exemple il n’avait même pas été question d’une déclaration de guerre formelle. Les « tories » pensaient que le rouleau compresseur allemand prendrait la direction de l’Oural. Et qu’ensuite il n’y aurait plus personne pour dénoncer la perfidie d’Albion.

Ce lien du temps, ce lien des événements existait pendant la guerre. Il donnait matière à réflexions. Et dans celles-ci, il me semble qu’il y en avait qui n’étaient pas très optimistes pour nous. 

Mais revenons à la charnière des années quarante-quatre -quarante-cinq. La guerre aurait-elle pu ou non prendre fin avant le mois de mai ? 

Valentin Faline : Posons la question de cette façon : pourquoi le débarquement des alliés avait-il été programmé pour quarante-quatre ? Il est curieux que personne ne mette l’accent sur ce fait. Or, cette date n’avait pas du tout été choisie au hasard. En Occident, on avait pris en compte que devant Stalingrad nous avions perdu une énorme quantité de soldats, d’officiers et aussi de matériel. D’immenses sacrifices aussi avaient été consentis sur le saillant de Koursk... Les pertes soviétiques en chars avaient été plus importantes que les pertes allemandes.

En quarante-quatre, le pays mobilisait déjà des gars de dix-sept ans. La campagne avait pratiquement été dépeuplée. Les jeunes nés en 1926-1927 étaient épargnés uniquement dans les usines de guerre, d’où les directeurs ne les laissaient pas partir.

En évaluant les perspectives, les services de renseignement états-uniens et britanniques estimaient qu’au printemps de 1944 le potentiel offensif de l’Union soviétique serait épuisé. Que ses réserves humaines seraient entièrement taries et que l’Union soviétique ne serait pas à même de porter à la Wehrmacht un coup de la puissance de ceux qu’elle avait assenés lors des batailles de Moscou, de Stalingrad et de Koursk. Il s’avère donc qu’au moment du débarquement des alliés dans la guerre contre les nazis nous avons abandonné l’initiative stratégique aux États-Unis et à la Grande-Bretagne.

Le débarquement des troupes alliées sur le continent a coïncidé avec le complot contre Hitler. Les généraux arrivés au pouvoir dans le Reich devaient dissoudre le front occidental et ouvrir devant les États-uniens et les Anglais un espace pour l’occupation de l’Allemagne et la « libération » de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Hongrie, de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Yougoslavie, de l’Autriche... L’Armée Rouge devait être arrêtée aux frontières de 1939. 

Je me souviens, les États-uniens et les Anglais avaient même effectué un débarquement en Hongrie, dans le secteur du lac Balaton, avec pour objectif la prise de Budapest, mais les Allemands les avaient décimés... 

Valentin Faline : Il ne s’agissait pas d’un débarquement, c’était plutôt un groupe de contact pour établir une liaison avec les forces antifascistes magyares. Mais ce n’est pas uniquement cela qui avait échoué. Après l’attentat Hitler était toujours en vie et Rommel, grièvement blessé, était sur la touche, alors qu’en Occident on misait beaucoup sur lui. Les autres généraux avaient manqué de courage. Il s’est passé ce qui s’est passé. Pour les États-uniens il n’y a pas eu de marche en fanfare à travers l’Allemagne. Ils se sont engagés dans des combats, parfois durs comme ceux qu’ils ont livrés pendant l’opération des Ardennes. Quoi qu’il en soit, ils ont mené à bien leurs missions. Parfois même avec assez de cynisme.

Un exemple concret. Les troupes états-uniennes étaient arrivées aux approches de Paris. Une insurrection avait éclaté dans la ville. Les États-uniens s’arrêtèrent à une trentaine de kilomètres de la capitale de la France et attendirent que les Allemands liquident les insurgés, parce que la plupart d’entre eux étaient des communistes. Selon diverses estimations, les pertes ont été de 3 à 5 000 morts. Mais lorsque l’insurrection a triomphé, les allies ont pris Paris [1]. La même chose s’est produite dans le midi de la France.

Mais revenons là où nous avons engagé notre discussion. 

Valentin Faline : Oui. En automne quarante-quatre, plusieurs conférences avaient eu lieu en Allemagne, animées par Hitler et placées ensuite sous la présidence Jodl et de Keitel. Les dirigeants allemands pensaient que si une bonne correction était infligée aux États-uniens, les États-unis et l’Angleterre seraient plus enclins à reprendre les pourparlers qui avaient été menés en 1942-1943 à l’insu de Moscou.

L’opération lancée dans les Ardennes avait été conçue par Berlin non pas en vue d’obtenir la victoire dans la guerre, mais comme une opération destinée à saper l’alliance entre l’Occident et l’Union soviétique. Les États-unis devaient comprendre que l’Allemagne était encore suffisamment forte et que pour les puissances occidentales elle présentait un avantage dans leur confrontation avec l’Union soviétique. Elle devait aussi montrer aux alliés qu’ils n’auraient ni les forces, ni la volonté suffisantes pour arrêter les « rouges » à l’approche de l’Allemagne.

Hitler avait souligné que personne ne discuterait avec un pays se trouvant dans une situation difficile. On ne prendra langue avec nous que lorsque la Wehrmacht aura montré sa force.

L’atout décisif était l’effet de surprise. Les alliés avaient pris leurs quartiers d’hiver, ils estimaient que l’Alsace et les Ardennes étaient de magnifiques endroits pour la détente et convenaient très mal à des opérations de guerre. Pendant ce temps, les Allemands s’apprêtaient à percer en direction de Rotterdam et à priver les États-uniens de toute possibilité d’utiliser les ports néerlandais. Ce qui devait décider de toute la campagne occidentale.

Le début de l’opération des Ardennes fut reporté à plusieurs reprises. L’Allemagne manquait de forces. Elle fut lancée à un moment où en hiver quarante-quatre l’Armée Rouge livrait de durs combats en Hongrie, dans le secteur du lac Balaton et devant Budapest. Ce qui était en jeu, c’étaient les dernières sources de pétroles en Autriche et quelque part en Hongrie, contrôlées par les Allemands.

C’était là une des raisons pour lesquelles Hitler avait décidé de défendre la Hongrie coûte que coûte. C’est à ces fins qu’au plus fort de l’opération des Ardennes et avant le début de l’opération d’Alsace il avait commencé à prélever des forces sur l’axe occidental pour les transférer sur le front soviéto-hongrois. Le fer de lance de l’opération des Ardennes -la 6-e armée blindée SS, avait été retirée des Ardennes et transférée en Hongrie... 

Dans le secteur de Hajmasker. 

Valentin Faline : Au fond, le redéploiement avait commencé avant que Roosevelt et Churchill ne lancent un appel paniqué à Staline, dont la traduction du langage diplomatique serait approximativement celle-ci : nous sommes dans de sales draps, aidez-nous.

Quant à Hitler, il pensait -des preuves existent pour confirmer ce que je dis -que si nos alliés avaient tant de fois livré l’Union soviétique aux coups et attendu ouvertement dans l’espoir de voir Moscou et l’Armée Rouge s’effondrer, nous pourrions nous aussi avoir le même comportement. Comme en quarante et un, ils avaient attendu la chute de la capitale de l’URSS, comme en quarante-deux non seulement la Turquie et le Japon, mais encore les États-unis avaient attendu la chute de Stalingrad avant de décider de réviser leur politique. Car les alliés ne nous communiquaient même pas les informations collectées par leurs services de renseignement, par exemple concernant les offensives allemandes du Don vers la Volga et plus loin en direction du Caucase, etc., etc. 

Si ma mémoire ne me trahit pas, ces renseignements nous avaient été communiqués par le légendaire « Orchestre rouge ». 

Valentin Faline : Les États-uniens ne nous transmettaient aucune information, alors qu’ils en avaient à profusion. Notamment en ce qui concerne la préparation de l’opération « Citadelle » sur le saillant de Koursk...

Évidemment, nous étions fondés de surveiller dans quelle mesure nos alliés savaient se battre, dans quelle mesure ils voulaient le faire et étaient disposés à réaliser leur plan principal sur le continent, le plan Rankine. Car le plan essentiel ce n’était pas Overlord, mais Rankine, qui prévoyait l’instauration d’un contrôle anglo-états-unien sur l’ensemble de l’Allemagne, sur tous les États d’Europe orientale, de manière à ne pas nous y laisser entrer.

Quand il avait été nommé commandant des forces du deuxième front, Eisenhower avait reçu cette directive : préparer Overlord, mais sans jamais perdre de vue Rankine. Si des conditions favorables se présentent pour la réalisation du plan Rankine, alors laissez tomber Overlord et lancez toutes les forces dans la réalisation du plan Rankine. C’est dans le cadre de ce plan que l’insurrection de Varsovie avait été déclenchée. Et beaucoup d’autres choses avaient suivi.

À cet égard quarante-quatre, la fin de quarante-quatre et le début de quarante-cinq ont été des moments de vérité. La guerre était menée non pas sur deux fronts, oriental et occidental, mais pour deux fronts. Formellement, les alliés menaient des opérations de guerre importantes pour nous, elles immobilisaient des forces allemandes non négligeables, c’est incontestable. Cependant leur dessein majeur était d’arrêter l’Union soviétique dans la mesure du possible, comme le disait Churchill, et de « stopper les descendants de Gengis Khan », pour reprendre le langage plus imagé de certains généraux états-uniens.

Au demeurant, cette idée avait été formulée dans des termes antisoviétiques grossiers par Churchill au mois d’octobre quarante-deux, avant le début de notre contre-offensive le 19 novembre devant Stalingrad : « Il faut arrêter ces barbares le plus loin possible à l’est ».

Lorsque nous évoquons nos alliés, en aucun cas je ne voudrais amenuiser les mérites des soldats et des officiers des troupes alliées qui ont combattu tout comme nous, sans être au courant des intrigues politiques et des machinations de leurs dirigeants. Ils se sont battus honnêtement et avec esprit d’abnégation. Je ne voudrais diminuer en rien la portée de l’aide accordée dans le cadre de Land Lease, même si ce n’est pas nous qui en avons profité le plus. Je voudrais simplement dire combien notre situation avait été complexe, contradictoire et dangereuse tout au long de la guerre. Et combien il était difficile parfois de prendre des décisions. Lorsque non seulement on nous menait par le bout du nez et aussi quand on continuait de nous livrer à tous les coups. 

Alors, la guerre aurait-elle pu prendre fin avant le mois de mai quarante-cinq ? 

Valentin Faline : Pour répondre en toute franchise à cette question, je dis oui. Seulement ce n’est pas la faute de notre pays si elle ne s’est pas terminée en quarante-trois. Si nos alliés avaient consciencieusement rempli leur devoir, s’ils avaient respecté les engagements pris devant l’Union soviétique en quarante et un, en quarante-deux et au début de quarante trois. Mais comme ils ne l’ont pas fait, la guerre a duré deux ans de trop pour le moins.

Mais l’essentiel, c’est que sans les atermoiements dans l’ouverture du deuxième front, les pertes soviétiques et alliées, surtout en Europe occupée, auraient été de 10 à 12 millions de personnes moins élevées. Auschwitz n’aurait pas existé, car il n’a commencé à fonctionner à plein régime qu’en quarante-quatre...


Viktor Litovkine


[1] : Ce sont les troupes françaises du général Leclerc qui ont délivré Paris, ce qui était indispensable à la stratégie politique du général De Gaulle qui faisait ainsi passer la France du côté des vainqueurs. Mais pour M. Faline, ce point importe peu. Il s’attache uniquement à considérer que les Anglo-Saxons ont contenu Leclerc le plus longtemps possible. NdlR.


---Si l'Armée rouge n'avait pas pris Berlin---


par Viktor Litovkine
Paru sur le Réseau Voltaire
Le 1 avril 2005



Valentin Faline : À vrai dire, moi aussi, je me suis toujours posé cette question : est-ce que l’opération de Berlin valait la vie d’environ 120 000 soldats et officiers soviétiques ? Placer Berlin sous notre contrôle justifiait-t-il des sacrifices aussi énormes ? Dialoguant avec moi-même, je n’ai pas trouvé de réponse catégorique à cette question. Mais, après avoir lu intégralement les documents britanniques authentiques rendus publics il y a 5 à 6 ans, après avoir comparé les données de ces documents avec celles dont j’ai pris connaissance, dans le cadre de mes obligations professionnelles, dans les années 50, j’ai remis bien des choses à leur place et écarté une partie de mes doutes.

La volonté de l’URSS de prendre Berlin et d’atteindre les lignes de démarcation déterminées à la rencontre entre Staline, Roosevelt et Churchill à Yalta poursuivait, pour l’essentiel, l’objectif d’importance cruciale de prévenir, dans la mesure de nos possibilités, le projet aventureux couvé par le leader britannique, non sans le soutien de milieux influents des États-Unis, et d’empêcher que la Seconde Guerre ne se transformeen Troisième Guerre mondiale, dans laquelle nos ennemis seraient nos alliés d’hier. 

Etait-ce possible ? Le fait est que la coalition antihitlérienne était au zénith de sa gloire et de ses forces ? 

Valentin Faline : Hélas, la vie abonde en cataclysmes. Il était difficile de trouver, au siècle dernier, un homme politique capable d’égaler Churchill dans sa capacité de dérouter les étrangers et les siens. Henry Stimson, ministre de la Guerre de l’administration Roosevelt, a défini comme suit le comportement du premier ministre britannique : « une des formes les plus excentriques de débauche ». Le futur Sir Winston Churchill excellait surtout dans le pharisaïsme et les intrigues à l’égard de l’Union Soviétique.

Dans les messages adressés à Staline, il « priait pour que l’alliance anglo-soviétique soit une source de nombreux bienfaits pour les deux pays, pour les Nations Unies et le monde entier », il souhaitait « plein succès à la noble entreprise ». Il s’agissait d’une large offensive lancée par l’Armée rouge sur tout le front de l’Est en janvier 1945 préparée avec empressement en réponse à la prière de Washington et de Londres de venir en aide aux alliés qui s’étaient retrouvés dans une situation critique dans les Ardennes et en Alsace. C’était en paroles. Et dans les actes ? Se considérant comme libéré de ses engagements envers l’Union soviétique, Churchill essaya, à la veille de la conférence de Yalta, de persuader le président Roosevelt d’entrer en confrontation avec Moscou. Faute d’avoir réussi dans cette entreprise, le Premier ministre lança des actions séparées.

C’est alors que Churchill donna les ordres en vue d’entreposer les armes prises aux Allemands pour les employer éventuellement contre l’URSS et d’interner le personnel militaire allemand, en plaçant les soldats et les officiers de la Wehrmacht qui s’étaient rendus par divisions entières dans le land de Schleswig-Holstein et dans le sud du Danemark. Le dessein perfide du leader britannique est devenu clair par la suite.

Rappelons que, depuis mars 1945, le Deuxième Front (occidental) n’existait plus ni formellement, ni réellement. Les unités allemandes ou bien se rendaient, ou bien reculait vers l’Est, sans opposer de véritable résistance à nos alliés. La tactique des Allemands consistant à conserver, autant que possible, leurs positions le long de toute la ligne de confrontation soviéto-allemande jusqu’à ce que l’Occident virtuel et le Front de l’Est réel se rejoignent, après quoi les troupes américaines et britanniques prendraient la relève des unités de la Wehrmacht en repoussant la « menace soviétique » suspendue au-dessus de l’Europe.

Il convient de signaler que les alliés occidentaux auraient pu avancer plus rapidement vers l’Est si les états-majors de Montgmery, d’Eisenhower et d’Alexander (théâtre italien d’hostilités) avaient mieux planifié leurs actions, coordonné plus judicieusement leurs forces et leurs moyens et dépensé moins de temps en discordes internes dans la recherche d’un dénominateur commun. Du vivant de Roosevelt, Washington ne se pressait pas, pour des motifs différents, de mettre une croix sur la coopération avec Moscou. Or, pour Churchill, « le Maure soviétique avait fait son affaire, il fallait l’éloigner ».

Comment devaient réagir les dirigeants soviétiques en apprenant la duplicité de Churchill ? Croire à l’approche de la « victoire commune », aux « ententes », conformément auxquelles chacune des trois puissances contrôlerait sa zone de responsabilité ? S’en remettre aux décisions prises sur le traitement de l’Allemagne et de ses satellites ? Ou bien serait-il plus utile de réfléchir aux données dignes de foi sur la trahison projetée dans laquelle Churchill entraînait Truman, ses conseillers Leahy et Marshall, le chef du service de renseignements américain Donovan et consorts ? 

Je ne suis pas en mesure de répondre. 

Valentin Faline : Souvenons-nous, la conférence de Yalta s’est achevée le 11 février. Le 12, dans la matinée, les invités ont quitté la ville. Ils ont cependant convenu en Crimée que l’aviation des trois puissances respecterait, au cours des opérations, certaines lignes de démarcation. Dans la nuit du 12 au 13 février, les bombardiers des alliés occidentaux ont rasé Dresde et se sont attaqués aux plus grandes entreprises de Slovaquie et de la future zone d’occupation soviétique en Allemagne pour que les usines ne tombent pas entre nos mains en état de fonctionnement. En 1941 Staline avait proposé aux Anglais et aux États-uniens de bombarder les chantiers pétroliers de Ploesti, en utilisant à cette fin les aérodromes de Crimée. Ils avaient refusé d’y toucher, à l’époque, mais ils les ont bombardés en 1944 lorsque l’armée soviétique était aux abords du principal centre pétrolier qui avait approvisionné l’Allemagne en carburant durant toute la guerre. 

En quoi Dresde dérangeait-elle les alliés ? 

Valentin Faline : Un des objectifs principaux des attaques contre Dresde était les ponts sur l’Elbe. Churchill a donné l’instruction, soutenue par les États-uniens, de stopper l’Armée rouge le plus loin possible à l’Est. 

La destruction de la ville était donc un effet secondaire ? 

Valentin Faline : On appelle cela « frais et dépens de guerre ». Mais il y avait aussi un autre objectif. Parmi les instructions que les équipages britanniques recevaient avant de s’envoler en mission il y en avait une qui leur prescrivait de montrer de façon convaincante aux Soviets les possibilités de l’aviation de bombardement alliée. Ils en ont fait la démonstration. Plus d’une fois. En avril 45, ils ont couvert d’un tapis de bombe Potsdam et ont anéanti Oranienburg. C’était une erreur humaine, nous a-t-on expliqué. Les pilotes visaient Zossen où se trouvait le QG de la Luftwaffe, affirmait-on. Une des « déclarations dérivatives » classiques qui ont été légion. Oranienburg a été attaqué sur l’ordre de Marshall et de Leahy pour détruire les laboratoires qui travaillaient sur l’uranium, leur personnel, les équipements et les matériaux qui risquaient de tomber entre nos mains. Ils les ont réduits en poussière.

Aujourd’hui, lorsque nous tournons un regard attentif vers cette époque cruciale pour chercher, dans le système de coordonnées d’alors, la réponse à la question de savoir pourquoi la direction soviétique a accepté de faire des sacrifices énormes juste à la fin de la guerre, nous sommes toujours poussés à nous demander si elle avait le choix. Outre les tâches strictement militaires, il fallait déchiffrer des rébus politiques et stratégiques pour l’avenir et mettre des obstacles à l’aventure projetée par Churchill. 

N’était-il pas possible de déclarer carrément aux alliés que nous étions au courant de leurs projets et que nous les considérions comme inadmissibles ou d’informer l’opinion de ces plans perfides ? 

Valentin Faline : Je ne suis pas sûr ce cela aurait donné un bon résultat. Des tentatives ont été faites pour influer sur les partenaires en donnant le bon exemple. Par le diplomate soviétique Vladimir Semenov, je sais que Staline a invité dans son bureau Andréi Smirnov, chef du 3e département européen du ministère des Affaires étrangères et, par cumul de fonctions, ministre des Affaires étrangères de la R.S.F.S.R., pour examiner, en présence de Semenov, différentes variantes d’actions à entreprendre sur les territoires placés sous le contrôle soviétique.

Smirnov a expliqué que notre armée, en poursuivant dans la foulée l’ennemi en Autriche, avait franchi les lignes de démarcation concertées à Yalta, et a proposé de se réserver de facto les nouvelles positions en attendant de voir comment les États-Unis se comporteraient dans une situation analogue. Staline l’a interrompu : « Erreur ! Envoyez un télégramme à nos alliées ». Et de dicter : « Poursuivant les unités de la Wehrmacht, les forces soviétiques ont été obligées de franchir une de ces lignes que nous avions tracées d’un commun accord. Je tiens à confirmer par la présente qu’une fois les hostilités achevées, la partie soviétique retirera ses troupes dans la limite des zones d’occupation établies ». 

Les télégrammes ont-ils été envoyés à Londres et à Washington ? 

Valentin Faline : Je ne sais pas qui en était le destinataire concret. Ils pouvaient être envoyés par des canaux militaires ou diplomatiques. Je répète seulement le récit d’un témoin de cet épisode. Je constate en même temps que notre prise de position n’a pas impressionné Churchill. Après la mort de Roosevelt (12 avril 1945), il a exercé une forte pression sur Truman pour lui faire accepter qu’il n’était nullement nécessaire de respecter les accords de Téhéran et de Yalta, qu’il était temps de créer des situations nouvelles qui demanderaient des décisions nouvelles. Lesquelles ?

De l’avis du Premier ministre, les événements avaient conduit les puissances occidentales très loin à l’est et les « démocraties » feraient bien d’y prendre pied. Churchill s’opposait à la rencontre de Potsdam ou à la convocation d’une autre conférence qui légaliserait la victoire en rendant hommage à la contribution du peuple soviétique. D’après la logique du Premier ministre britannique, l’Occident se voyait accorder une chance de profiter du moment où les ressources de l’Union Soviétique touchaient à leur fin, les services logistiques étaient dispersés sur un territoire immense, les troupes lasses de la guerre, le matériel usé, pour contraindre Moscou à se soumettre au diktat des Anglo-Saxons ou à endurer les affres d’une nouvelle guerre.

Je tiens à le souligner, ce n’est pas de la spéculation, pas une hypothèse non plus, c’est la constatation d’un fait qui a un nom. Churchill a ordonné début avril (fin mars, selon une autre source) de préparer d’urgence l’opération « Unthinkable » (Inconcevable) dont la date de déclenchement était fixée au 1er juillet 1945. Il projetait d’y engager des forces états-uniennes, britanniques, canadiennes, un corps expéditionnaire polonais et dix à douze divisons allemandes. Ces mêmes divisions entières qui étaient stationnées au Schleswig-Holstein et dans le sud du Danemark.

Il est vrai que le président Truman n’a pas approuvé cette idée de jésuite, pour ne pas dire plus. Et ce, pour deux raisons, au minimum. Premièrement, l’opinion américaine n’était pas prête à accepter cette trahison cynique de la cause des Nations Unies. 

Plutôt, une perfidie. 

Valentin Faline : Oui. Mais ce n’est pas l’essentiel. Les généraux états-uniens ont défendu la nécessité de poursuivre la coopération avec l’URSS jusqu’à la capitulation japonaise. D’autre part, les militaires états-uniens, tout comme, d’ailleurs, leurs collègues britanniques, estimaient qu’il était plus facile de déclencher une guerre contre l’URSS que d’en sortir victorieux. Le risque leur semblait trop important.

Et une question revient sans cesse : comment le Grand quartier général soviétique devait-il agir après avoir reçu des signaux dans ce sens ? Si vous voulez, l’opération de Berlin a été une réaction à l’opération « Unthinkable » et l’exploit de nos soldats et officiers a été un avertissement à Churchill et à ses compagnons d’idées.

Le scénario politique de l’opération de Berlin avait été conçu par Staline. Et l’auteur du « volet militaire » de cette opération était Gueorgui Joukov. C’est lui qui a dû assumer le gros des critiques pour le prix de la bataille grandiose qui s’est déroulée aux approches de Berlin et dans la ville. Ces critiques s’expliquaient notamment par des causes émotionnelles. Le maréchal Konstantin Rokossovski était plus près que Joukov de la capitale du Reich et se préparait déjà, au fond de lui-même, à en recevoir les clés. Pourtant, le GQG lui a assigné une autre mission. Tout porte à croire que le Commandant suprême aurait préféré un maréchal plus « dur ». Le maréchal Konev se sentait lui aussi affligé, voire même écarté. Je le sais car celui-ci me l’a dit. Au fond, dans l’opération de Berlin, un rôle de second plan lui était imparti... 

Mais en avril 45, il s’est retrouvé lui aussi plus près de Berlin que Joukov... 

Valentin Faline : Quoi qu’il en soit, le maréchal dont on disait qu’il était le bras droit de Staline a été choisi. Ce qui devait, cela allait de soi, ajouter à la gloire de grand capitaine du généralissime, celui qui « dirigeait » ce bras droit. Mais à l’époque, Staline n’était de toute évidence pas encore disposé à prêter oreille à ceux qui lui rapportaient les prétendues « envolées » de Joukov sur les graves erreurs commises par lui en 1941...

Alors, Berlin, qu’est-ce que cette ville représentait pour nous l’époque ? 

Valentin Faline : L’assaut de Berlin, le drapeau de la Victoire sur le Reichstag : cela n’était pas que l’accord final de la guerre. Et surtout pas une opération de propagande. Pour l’armée, entrer dans la « tanière » de l’ennemi et, par cela même, mettre un terme à la guerre la plus dure de l’histoire russe, était une affaire d’honneur. C’est de Berlin, disait-on dans l’armée, qu’était sortie la bête fasciste, celle qui a causé d’innombrables souffrances au peuple soviétique, aux peuples d’Europe et au monde entier. L’Armée rouge y est venue pour ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de la Russie, de l’Allemagne et de l’humanité...

Entrons dans les détails des documents qui étaient rédigés, sur instruction de Staline, au printemps 45 : en mars, avril et mai. Tout chercheur impartial se convaincra que ce n’est pas le sentiment de vengeance qui animait l’Union soviétique. Elaborant à l’époque sa politique, le gouvernement soviétique prescrivait de traiter l’Allemagne comme un État ayant essuyé une défaite, et le peuple allemand comme le peuple responsable du déclenchement de la guerre. Mais, en fait, personne ne projetait de faire de leur défaite une sanction sans prescription, leur coupant tout espoir d’un avenir digne. Staline réalisait la thèse qu’il avait formulée en 1941 : les Hitlers viennent et s’en vont, mais l’Allemagne et le peuple allemand restent.

Il fallait obliger les Allemands à apporter leur contribution au rétablissement de la « terre brûlée » qu’ils avaient laissée sur les territoires occupés. Mais pour amortir intégralement le préjudice causé à notre pays, toute la richesse nationale de l’Allemagne n’aurait pas suffi. « Prendre autant qu’on peut », « éviter de se charger de l’approvisionnement des Allemands », « piller le plus possible » : c’est dans ce langage peu diplomatique que Staline donnait ses instructions aux négociateurs soviétiques chargés de la question des réparations. Pas un seul clou n’était de trop dans la reconstruction de l’Ukraine, de la Biélorussie et des régions centrales de Russie ! Ces territoires ont perdu les quatre cinquièmes de leurs capacités de production. Les Allemands ont dynamité, « enroulant en vrille », 80 000 km de voies ferrées, même les traverses ont été détruites. Imaginez : 80 000 km, c’est plus que la longueur de tous les chemins de fer allemands avant la Seconde Guerre mondiale !

Des ordres fermes ont été donnés au Commandement soviétique pour arrêter les excès contre les populations civiles, surtout contre les femmes et les enfants. Les violeurs étaient jugés par des tribunaux militaires.

Mais Moscou exigeait dans le même temps de réprimer durement toute sortie, tout acte de subversion des « rescapés » et des « irréductibles », dans Berlin et la zone d’occupation soviétique. Et ceux qui voulaient tirer dans le dos des vainqueurs ne manquaient pas. Berlin tombait le 2 mai, mais les « combats d’importance locale » n’ont pris fin que dix jours plus tard. Ivan Zaïtsev, qui travaillait dans notre ambassade à Bonn, me racontait en plaisantant qu’il avait « toujours plus de chance que les autres ». La guerre s’est terminée le 9 mai, mais lui il l’a faite à Berlin jusqu’au 11. À Berlin, des unités SS de 15 pays résistaient aux troupes soviétiques. Des unités allemandes, mais aussi norvégiennes, danoises, belges, néerlandaises, luxembourgeoises, allez maintenant savoir de quels autres pays elles étaient !

Budapest, c’est un sujet à part. A présent, il s’agit de Berlin. Tout ce qui s’y produisait à l’époque et la manière dont cela se produisait donnait énormément de soucis au commandement soviétique. L’instauration du contrôle sur la ville était une affaire extrêmement compliquée et difficile. Aux abords de Berlin, il n’avait pas seulement fallu franchir les hauteurs de Seelow ni percer, au prix de très lourdes pertes, les sept lignes aménagées pour une défense prolongée. Dans les banlieues de la capitale du Reich et sur les principales artères de la ville elle-même, les Allemands avaient enfoui des chars, en les transformant en blockhaus blindés. Quand nos troupes ont, par exemple, débouché sur la Frankfurter Allee, avenue menant directement vers le centre-ville, elles y étaient accueillies par des rafales de feu qui nous ont également coûté bien des vies... 

Et avant la guerre, la Frankfurter Allee s’appelait Adolf-Hitler-Strasse ? 

Valentin Faline : Ils l’avaient ainsi baptisée jusqu’au mois de mai 1945. Dans cette allée, les chars de l’ennemi étaient positionnés à tous les points clés. Avec l’acharnement des condamnés, leurs équipages tiraient pratiquement à bout portant sur l’infanterie soviétique, sur nos convois et nos blindés. Tout indiquait que la Wehrmacht s’était bien proposé de répéter la bataille de Stalingrad dans les rues de Berlin. Mais cette fois sur les bords de la Spree.

Quand je pense à tout cela, mon cœur se serre même aujourd’hui, et je me demande s’il n’aurait pas été préférable d’encercler tout simplement Berlin et d’attendre qu’il se rende ? Etait-il donc obligatoire de hisser le drapeau sur le Reichstag, qu’il soit maudit ? À l’assaut de cet édifice des centaines de nos soldats ont trouvé la mort.

Il est évidemment difficile de juger post factum tant les vainqueurs que les vaincus. A l’époque, les raisons stratégiques prévalaient. En réduisant Dresde en ruines, les puissances occidentales cherchaient manifestement à intimider Moscou en exhibant le potentiel de leurs bombardiers. Pour sa part, Staline tenait à manifester aux auteurs de l’opération « Unthinkable » toute la puissance de feu et de frappe des Forces Armées soviétiques, tout en laissant entendre que l’issue de la guerre ne se décidait pas dans le ciel ni sur l’eau, mais sur terre. 

Pouvons-nous tout de même affirmer que la prise de Berlin a empêché Londres et Washington de céder à la tentation de déclencher une Troisième Guerre mondiale ? 

Valentin Faline : D’une façon ou d’une autre, une chose est sûre. La bataille de Berlin avait dégrisé nombre de têtes chaudes, tout en remplissant son rôle politique, psychologique et militaire. En Occident, beaucoup avaient la tête qui tournait à la pensée d’une réussite relativement facile du printemps de 1945. Le général états-unien de blindés Patton en faisait partie. Hystérique, il avait exigé du commandement que les troupes états-uniennes ne s’arrêtent pas sur l’Elbe, mais foncent à travers la Pologne et l’Ukraine vers Stalingrad, afin d’achever la guerre justement là où Hitler avait essuyé sa plus grande défaite. Ce même général Patton nous a d’ailleurs qualifiés, vous et nous, de « descendants de Gengis Khan ». Or, Churchill ne se gênait pas, lui non plus, dans le choix de ses expressions. Les Soviétiques n’étaient pour lui que des « barbares » ou des « singes sauvages ». Bref, les Allemands ne détenaient pas le monopole de la théorie de l’« Untermensch ».

La mort de Roosevelt s’est traduite par un brusque changement de repères dans la politique états-unienne. Dans son dernier Message au Congrès des États-Unis (le 25 mars 1945), le président avait bien prévenu : soit les États-uniens assument la responsabilité de la coopération internationale en application des décisions de Téhéran et de Yalta, soit ils répondront d’un nouveau conflit mondial. Truman n’avait été nullement troublé par cette mise en garde, sorte de testament politique de son prédécesseur. Le 23 avril, au cours d’une réunion à la Maison-Blanche, il avait pour la première fois formulé haut et fort sa politique pour une perspective prévisible : la capitulation de l’Allemagne n’est qu’une question de jours. Désormais, les chemins de l’Union Soviétique et des États-Unis divergent complètement, alors que l’équilibre des intérêts est une occupation pour ceux qui ont les nerfs faibles. La « Pax Americana » doit être mise au centre de tout.

En d’autres termes, Truman était alors à deux doigts de rompre la coopération avec Moscou en l’annonçant immédiatement au monde entier. Cela aurait effectivement pu arriver sans... la fronde des militaires états-uniens. C’est qu’en cas de rupture avec l’Union soviétique, les États-uniens auraient dû, à eux seuls, mettre à genoux le Japon, ce qui aurait coûté aux États-Unis, selon le Pentagone, la perte d’un ou même de deux millions de « boys ». C’est ainsi qu’en avril 1945, pour des raisons à eux, les militaires US ont prévenu une avalanche politique. Par pour longtemps, il est vrai.

Une « offensive contre Yalta » avait été menée petit à petit. On avait mis en scène la capitulation de l’Allemagne à Reims. Ce marché en fait séparé s’inscrivait parfaitement dans le plan de l’opération « Unthinkable ». Autre preuve de la mise en veilleuse de la coopération des alliés après la chute de Berlin, le refus d’Eisenhauer et de Montgomery de participer à la Parade de la Victoire dans l’ancienne capitale du Reich. Pourtant, ils auraient dû passer les troupes en revue avec le maréchal Joukov. 

Et c’est la raison pour laquelle la Parade de la Victoire a eu lieu à Moscou ? 

Valentin Faline : Non. La Parade de la Victoire s’est quand même tenue à Berlin, comme prévu, mais le maréchal Joukov était seul à passer les troupes en revue. Cela se passait en juillet 1945. À Moscou, la Parade de la Victoire a eu lieu le 24 juin.


Viktor Litovkine

 

---La Conférence de Yalta offrait une chance qui n’a pas été saisie---

Viktor Litovkine : Les experts commentent au moins de deux façons tel ou tel événement historique. Les uns insistent sur l’impossibilité de les détacher du contexte de l’époque où ils ont eu lieu et, par conséquent, sur la nécessité de les analyser en tenant compte obligatoirement de cette époque. D’autres affirment qu’on ne peut comprendre profondément et correctement ce qui s’est passé il y a longtemps qu’en partant des positions actuelles. Qu’en pensez-vous ? Comment évaluez-vous les résultats de la Conférence de Crimée de 1945 ? 

Valentin Faline. : À mon avis, tout événement international, surtout important, doit être analysé du point de vue de sa place dans l’Histoire. Les événements ne doivent pas être détachés de leur contexte, arrachés au milieu dans lequel ils ont germé. Il convient de ne pas oublier les conséquences réelles de ces événements et celles que l’on en attendait. En ce sens, la Conférence de Yalta [1] occupe une place peu ordinaire. Il y a eu beaucoup d’altérations à son sujet dès 1945 et, naturellement, pendant la Guerre froide. Ces altérations n’ont pas disparu. Elles existent jusqu’à ce jour et se multiplient.

Pour les exclure ou pour faire échec aux tentatives de ceux qui tentent de « récrire l’Histoire » en évaluant ce qui a eu lieu à Yalta, je tiens à me référer, pour l’essentiel, aux sources états-uniennes, aux participants immédiats à cet événement, notamment à Roosevelt et à son secrétaire d’État, Edward Stettinius.

Éminent industriel et figure très influente des milieux d’affaires et politiques des États-Unis, Edward Stettinius a occupé ce poste jusqu’à la mort de Franklin Delano Roosevelt (12 avril 1945) et jusqu’à l’accession de son successeur Harry Truman au poste de président des États-Unis. Il a laissé des mémoires très intéressantes et contenant de riches et précieuses informations sur ce qui s’est passé à Yalta, dont il était témoin et participant immédiat.

Edward Stettinius estimait que Yalta était le point culminant de la coopération entre les États-Unis, l’Union Soviétique et, partiellement, la Grande-Bretagne, lorsque, après Téhéran et l’ouverture du second front, une atmosphère de confiance s’est instaurée entre les trois grandes puissances, alors que les jours de l’Allemagne fasciste étaient comptés et que l’Union Soviétique s’était engagée à entrer en guerre contre le Japon militariste. Un problème se posait aux États-uniens et à leurs alliés : comment garantir la paix après la guerre ? Comment créer un monde où seraient impossibles des catastrophes du type de la Seconde Guerre mondiale ?

Je dois affirmer en me référant aux paroles d’Edward Stettinius que la plupart des décisions adoptées à Yalta avaient à leur base les projets états-uniens. Et pas les nôtres. Par exemple, le communiqué final, comme le souligne le secrétaire d’État, est un projet purement états-unien. L’URSS n’y a apporté aucun amendement, la Grande-Bretagne s’est bornée, pour l’essentiel, selon Stettinius, à des remarques stylistiques. Les affirmations de certains, selon lesquelles « Staline avait pris le dessus sur Roosevelt » ou qu’il « avait profité de la maladie de ce dernier », n’ont rien à voir avec la vérité.

Pourquoi Roosevelt était-il si désireux de voir se tenir la rencontre de Crimée, pourquoi s’est-il montré si compréhensif à l’égard des préoccupations de Staline concernant la manière d’édifier le monde d’après-guerre ?

Valentin Faline. : Roosevelt a maintes fois repris les idées qu’il avait exposées à Molotov en juin 1942 à la rencontre de Washington, selon lesquelles il voyait le monde d’après-guerre désarmé. À propos, l’expression de « monde des trois ou quatre policiers » a commencé à circuler depuis. Selon Roosevelt, seuls les États-Unis, l’Union Soviétique, la Grande-Bretagne et, peut-être, la Chine pouvaient posséder des forces armées et même ces forces devaient être limitées. Les autres pays, aussi bien les agresseurs - l’Allemagne, le Japon et l’Italie - que leurs satellites devaient être entièrement désarmés. D’autres encore, même ceux qui faisaient partie de la coalition antihitlérienne, la France, la Pologne, la Tchécoslovaquie, devaient aussi être désarmés, parce que, selon la thèse de Roosevelt, « Économie mondiale saine et course aux armements sont incompatibles ».

Les forces armées qui restaient dans trois ou quatre États ne pouvaient être utilisées, selon Roosevelt, qu’avec l’accord général, et jamais contre l’une de ces puissances. Comme l’a souligné le président états-unien, ces forces armées ne devaient être engagées que pour étouffer dans l’œuf une nouvelle guerre éventuelle ou une agression.

Roosevelt s’appuyait, naturellement, sur l’expérience de la Première et de la Seconde Guerres mondiales, lorsque la course aux armements engendrait l’agression, lorsqu’elle préludait à l’agression, lorsque, et les statistiques le prouvent, la course aux armements déclenche elle-même, dans sept ou huit cas sur dix, cette agression, cette guerre. Il est très rare que des hostilités aient débuté dans un contexte d’absence, ou presque, de course aux armements. L’histoire aussi nous en apporte des preuves... 

Pardon, je ne comprends pas très bien. Il est évident que Roosevelt n’était pas naïf et ne pouvait pas ne pas se rendre compte de l’existence de contradictions fondamentales entre les États-Unis et l’Union Soviétique, entre l’idéologie communiste et, si vous voulez, l’idéologie, les principes et la pratique de la démocratie, du fait que l’union entre ces deux extrémités diamétralement opposées ne pouvait être que provisoire et jamais permanente. Pourquoi alors imaginait-il le monde futur désarmé ? N’était-ce pas une parfaite utopie ? 

Valentin Faline. : Roosevelt n’était pas un homme politique naïf. C’était un militaire qui a été vice-ministre des forces navales des États-Unis au cours de la Première Guerre mondiale. Et nous ne devons pas oublier que les États-uniens étaient entrés dans ce conflit aux côtés de l’Entente. Là, Roosevelt avait acquis une expérience qui, je dirais, n’était pas dépourvue de ce levain d’hégémonie qui est resté propre au développement des États-Unis tout au long du XXe siècle.

D’autre part, Roosevelt comprenait fort bien qui était en réalité Staline. Il voyait parfaitement que sous des dehors de marxiste-léniniste dogmatique, c’était en vérité un pragmatique convaincu, jusqu’à la moëlle des os. Pour Staline, l’idéologie n’était qu’une couverture, un camouflage, si vous voulez. Et les États-Unis - des témoignages le confirment, émanant de Churchill, de Roosevelt et même d’Hitler - ne considéraient pas Staline comme un communiste. Le problème de l’idéologie en tant que tel avait une signification pour le public, mais lorsqu’il fallait prendre une décision historique, fondamentale, il était toujours relégué à l’arrière plan. Savez-vous comment Roosevelt a salué Staline à Téhéran ? 

Non. 

Valentin Faline. : « Nous saluons un nouveau membre de notre famille démocratique ! » Voilà quelles paroles il a adressées à Staline en ouvrant la conférence. En ce sens, Roosevelt voyait même Churchill d’un œil plus critique. Surtout à cause de la propension de ce dernier à brandir les armes, à les utiliser contre tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n’arrangeaient pas le Premier ministre britannique. Il a notamment adopté une attitude nettement négative envers la brutalité excessive des troupes britanniques qui avaient fait de nombreuses victimes parmi les résistants grecs qui ne voulaient pas se soumettre aux troupes d’occupation anglaises. Les résistants grecs avaient de fait libéré leur pays avant l’arrivée des Britanniques et voulaient mettre en place un régime démocratique et non pas voir monter sur le trône un roi imposé par Londres.

Sachant tout cela, nous devons utiliser les clichés idéologiques avec beaucoup de prudence.

Roosevelt s’intéressait aux idées socialistes au début des années 1930, avant de reconnaître l’Union Soviétique. À l’époque où il était gouverneur, il fréquentait des cercles qui organisaient des débats sur ce thème. Il fut l’unique président des États-Unis à avoir eu un comportement aussi « séditieux ». Mais le tournant à l’égard de Staline et de notre pays s’est opéré pour lui au milieu des années 1930 où des « procès exemplaires » ont commencé dans notre pays. Alors il a changé d’attitude envers le gouvernement soviétique.

Au lendemain du déclenchement de ce que l’on appelle la « guerre d’hiver de l’Union Soviétique et de la Finlande », il s’est même interrogé, en décembre 1939 et en janvier 1940, sur la nécessité de rompre les relations diplomatiques avec l’URSS, de revenir sur sa reconnaissance de l’Union Soviétique et a mené avec Kerenski des négociations sur la création d’un gouvernement russe en exil.

Si nous prenons en considération tous ces aspects, bien que je laisse de côté d’autres faits d’une importance exceptionnelle, notamment les tentatives de Roosevelt pour créer, au début de 1940, sous prétexte d’aider la Finlande, un front antisoviétique commun dont feraient partie l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et toutes les démocraties occidentales (ce projet a échoué parce que les Allemands ont décidé d’attaquer la France ; Washington en a été informé et le projet a été retiré), alors nous verrons qu’il ne faut pas faire de Roosevelt un portrait monochrome et le considérer comme un libéral, amoureux, où peu s’en faut, de l’Union Soviétique...

Non, c’était un homme politique sobre et perspicace, qui pensait que la puissance économique des États-Unis, même en l’absence de forces de frappe, suffisait pour leur assurer le rôle de leader dans le monde. Souvenons-nous que les États-Unis intervenaient pour 60 % à 70 % dans la totalité de la production industrielle de la planète.

Washington contrôlait les finances mondiales et le commerce mondial. Dès alors, il réalisait son plan, adopté en 1943, consistant à contrôler les principaux gisements de pétrole, tous les gisements de matières fissiles et d’autres. Si nous ne le comprenons pas, nous ne comprendrons rien à ce qui s’est passé après.

Edward Stettinius écrit : en 1942, les États-Unis étaient à deux doigts de la catastrophe. Si les Russes n’avaient pas tenu bon à Stalingrad, si la bataille de la Volga s’était achevée comme l’avait imaginé Hitler, il en aurait résulté la conquête de la Grande-Bretagne par le Reich, l’établissement de son contrôle total sur l’Afrique et le Proche-Orient avec toutes leurs ressources pétrolières et la conquête de l’Amérique latine avec des conséquences désastreuses pour les États-Unis. Voilà comment les États-uniens voyaient leurs perspectives pendant la Seconde Guerre mondiale. L’union avec Staline n’était absolument pas le fait du hasard pour Roosevelt.

En 1945, lorsque les États-uniens sont venus à Yalta, Roosevelt était encore sous le coup :

a) de la défaite que les Allemands avaient infligée à l’armée états-unienne au cours de la bataille des Ardennes ;

b) du fait que c’est Staline qui les a sauvés en lançant avant terme, sur leur demande, une offensive à l’Est, en contraignant ainsi les nazis à retirer de l’Ouest un tiers de leurs forces engagées dans cette opération.

Et enfin il a compris que les promesses de Churchill selon lesquelles les Anglo-saxons régleraient leurs comptes à l’Allemagne d’un jour à l’autre et laisseraient les Russes Gros-Jean comme devant, en les stoppant quelque part sur la Vistule, au pire sur l’Oder, ne valaient rien. Ce n’était pas là une politique pratique, mais de la pure fantaisie. Il valait donc mieux ne pas rompre les relations avec la Russie et continuer de coopérer avec elle pour que le monde d’après-guerre soit visible, prévisible, qu’il ne porte plus les menaces qui s’étaient abattues sur les États-Unis mais réponde, au moins en quelque chose, aux idées qu’il (Roosevelt) avait de la démocratie, de la justice humaine et sociale. 

Mais revenons à la Conférence de Yalta. À qui appartient l’idée de la création de l’Organisation des Nations unies qui y a été approuvée ? Qui a proposé de diviser le monde d’après-guerre en zones d’influence le long de la ligne Curzon ? Ce que les Polonais et les Baltes ne cessent jusqu’à aujourd’hui de reprocher à Staline ? 

Valentin Faline. : L’idée de l’ONU appartient à Roosevelt. Pour la première fois, elle a été formulée à Téhéran. À Yalta, elle a été mise en forme. Staline insistait pour que le siège de cette organisation se trouve à New York. Pourquoi ? Vous vous souvenez de la Société des Nations ? Les États-uniens ont d’abord soutenu cette initiative, mais finalement ils ne l’ont pas avalisée, et ils n’ont donc pas fait partie de la Société des Nations. Staline croyait que les États-Unis pouvaient jouer le même tour, disant par exemple que « hier, nous étions évidemment pour, mais qu’aujourd’hui » ... Et en proposant que l’Organisation ait son siège outre-Atlantique, il espérait que cela aiderait les États-uniens à ne pas se soustraire à la coopération internationale.

Or les réactions générales de la presse états-unienne au sujet de la Conférence de Yalta ont été très positives, et même élogieuses pour Roosevelt. Il y a eu, il est vrai, des propos assez critiques, encouragés de Londres par Churchill. Leurs auteurs exigeaient l’arrêt de la coopération avec l’Union soviétique, préconisaient la domination états-unienne dans le monde. On disait même que tel le Maure, « l’URSS a fait son affaire, l’URSS peut partir ».

Ayant présents à l’esprit ces opinions et ces propos qui parvenaient de Londres, le président Roosevelt, dans son dernier message au Congrès le 25 mars 1945, soulignait (je cite) : « Le sort des États-Unis et le sort du monde entier pour les générations à venir dépendent de la mise en œuvre consciencieuse des accords intervenus entre les alliés à Téhéran et à Yalta ». Et là, prévenait le président des États-Unis, « Les Américains ne peuvent avoir de solution médiane. Nous devons nous charger de la responsabilité de la coopération internationale, sinon nous assumerons la responsabilité d’un nouveau conflit mondial ».

Toujours en mars - et il y a des documents qui le confirment - au département d’État, déjà dirigé par Stettinius qui avait remplacé Hull, connu pour son antisoviétisme, des propos sur les « prétendus accords de Yalta » avaient cours. Certains fonctionnaires les qualifiaient même de « simples déclarations », cherchant de toute évidence à en minimiser la portée. Quant à Truman, qui est arrivé au pouvoir le 23 avril et qui n’était pas encore au courant que les États-uniens développaient la bombe atomique, il a déclaré : finie la coopération avec les Russes, le temps est venu de passer à un nouveau stade. Il s’est fixé comme objectif d’« effacer Yalta ».

Je peux vous rappeler ce que faisait, à ce moment là, Churchill. Les experts se souviendront des messages élogieux qu’il adressait à Staline pour le remercier de l’assistance que nous avons apportée en janvier aux alliés, assistance qui leur a épargné de nouveaux bouleversements, et pour exalter nos forces armées dont la gloire « ne ternira jamais ». Tout cela était dû à la plume de Churchill. Lisez son message de félicitations à l’occasion de la Journée de l’Armée rouge le 23 février 1945. À cette même époque, il donne l’ordre de récupérer les armes allemandes et de les stocker pour le cas où un conflit éclaterait avec l’Union soviétique. En mars 1945, il ordonne à ses chefs d’état-major de préparer une opération contre l’Union soviétique engageant les forces de la Grande-Bretagne, des États-Unis, du Canada, du Corps expéditionnaire polonais et des... Allemands.

Les Britanniques disposaient de dix divisions allemandes qui s’étaient rendues de leur plein gré aux alliés occidentaux à l’étape finale de la guerre. Désarmées formellement mais non dissoutes, ces divisions s’entraînaient tous les jours dans le Schleswig-Holstein. En prévision, il ne faut pas l’exclure, de nouveaux « exploits » à l’Est. Le début de la nouvelle guerre était fixé au 1er juillet 1945.

Mais nous commettrions une erreur en pensant que seuls les Britanniques ont agi de la sorte et que les États-uniens étaient fidèles à leurs engagements d’allié. Le général Patton, commandant des forces blindées des États-Unis, n’acceptait pas de s’arrêter sur les lignes de démarcation concertées entre Washington, Moscou et Londres, et voulait foncer jusqu’à Stalingrad. Non pas pour en finir avec les communistes ou l’Union soviétique, mais pour en finir avec les « descendants de Genghis-Khan » !

Churchill estimait que « plus loin à l’est nous arrêterons les barbares russes, mieux cela vaudra ». Il avait à esprit le plan Ranken, un plan secret qui devait « évincer » le plan Overlord, celui de l’ouverture du Second front. Or, en vertu du plan Ranken, les Anglosaxons devaient, avec le soutien des Allemands, prendre le contrôle non seulement de Berlin, de Hambourg, mais aussi de Varsovie, de Prague, de Budapest, de Vienne, de Bucarest, de Sofia et de Belgrade.

Ce sont là des documents et on ne peut rien y changer. Et si nos partenaires ne sont pas parvenus à leurs fins, ce n’est faute de l’avoir voulu, mais c’est parce que l’Union soviétique et, en premier lieu, nos forces armées les en ont empêchés.

Les paroles mensongères et outrancières au sujet des accords de Yalta sont un outrage à la mémoire de l’artisan principal de ces accords, Franklin Roosevelt. Son message au Congrès - nous l’avons déjà cité - était un testament politique, dans lequel il faisait savoir ce dont le monde entier et les États-Unis avaient besoin, ce qu’il fallait accomplir pour que les idéaux de justice triomphent, pour prévenir de nouvelles guerres et de nouveaux désastres de ce genre. La fidélité aux accords de Crimée devait constituer une chance pour le monde. Malheureusement, nous n’avons pas su en profiter. 

Mais vous n’avez toujours pas répondu à la question de savoir à qui appartenait l’idée de diviser à Yalta le monde en zones d’influence en suivant la ligne Curzon

Valentin Faline. : Il n’y a pas eu de zones d’influence. L’idée de la ligne Curzon remonte à 1919, à une conférence à laquelle participaient la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis. « À eux trois », ces pays ont tiré cette ligne en partant du principe ethnique, partageant les territoires à population essentiellement ukrainienne, biélorusse ou polonaise. Cette ligne délimitait non pas les sphères d’influence, mais les sphères d’intérêts entre Staline et Hitler, en septembre 1939.

Dans leurs négociations avec l’URSS, les Britanniques affirmaient que la ligne Curzon passait à l’est de Lvov. Mais nos représentants ont mis sur la table des négociations la carte qui montrait où elle passait en réalité. La question n’a plus été évoquée. Au moment où nous cherchions à établir avec les Polonais des rapports de bon voisinage, aussi bien pendant la guerre qu’après la guerre, nous avons modifié cette fameuse ligne. Nous leur avons restitué des localités, des villes, notamment Bialystok (Biélostok), pour pouvoir leur dire : nous sommes d’accord pour que quelque chose soit comme vous le souhaitez, mais, d’une manière générale, nous nous en tiendrons à cette ligne.

Et Staline, lorsqu’il négociait avec Roosevelt au sujet de cette ligne, ne parlait pas de mettre en place en Pologne un gouvernement satellite. Nous sommes intéressés, disait-il, à ce que la Pologne soit gouvernée par un gouvernement ayant des dispositions amicales à l’égard de son voisin, et nous ne voulons pas que la Pologne devienne une nouvelle fois une tête de pont ou un couloir qui serviront à porter des coups contre la Russie, comme ce fut le cas sous Napoléon et durant la Première et la Seconde Guerres mondiales. 

Mais à Yalta, il était aussi question des pays Baltes, dont l’entrée au sein de l’URSS n’a jamais été reconnu par les États-Unis. 

Valentin Faline. : Le problème des pays Baltes est une question à part. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont été arrachées à la Russie à l’époque où elle n’était pas encore soviétique. Ces pays ont été occupés par les Allemands. Les gouvernements fantoches mis à la tête de ces États ont demandé, comme il fallait s’y attendre, à être placés sous protectorat allemand. Tout cela a eu lieu en septembre 1917. Et lorsqu’a éclaté la Révolution d’octobre, des gouvernements très proches des Soviétiques, ou tout simplement soviétiques, sont apparus dans ces pays - c’est pourtant un fait historique ! - qui ont vite écrasé les troupes allemandes stationnées dans les pays Baltes.

Notez que, d’après le Traité de Versailles, les troupes allemandes devaient être retirées des territoires qui ne faisaient pas partie de l’Allemagne des Kaisers. Or les alliés ont en fait obligé les Allemands à laisser leurs troupes en Finlande, en Lituanie, en Lettonie et en Estonie, comme garantie, disaient-ils, que le pouvoir dans ces pays ne se retrouvera pas entre les mains de la « racaille ». Et que ce pouvoir sera détenu parceux qui arrangent les Alliés.

En 1921, Pilsudski a lancé une offensive, préparée par les Français, avec la participation des Britanniques, contre Kiev. On s’attendait à ce qu’il poursuive sa marche jusqu’à Moscou. À cette époque, les démocrates occidentaux voulaient imposer aux Allemands la solution suivante : les Allemands octroient les forces qui, depuis les pays baltes, lancent une offensive contre Pétrograd. Officiellement, le commandement de cette opération était confié au général Avalov mais, en fait, il devait être assumé par des généraux allemands.

Mais les Allemands ont vite compris dans quelle aventure on voulait les entraîner et ils ont dit non. C’est pour cette raison que l’opération de Pilsudski, privée du soutien du Nord, a échoué. C’est dans ce contexte qu’a été conclu le Traité de paix de Riga de 1921, qui devait empêcher les pays Baltes de se lancer, à l’avenir, dans toutes sortes d’aventures. Nous avons reconnu leur statut indépendant. Notez que les États-uniens ont reconnu l’indépendance de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie deux ans plus tard. Avant, ils soutenaient Koltchak et les autres représentants en vue de la Garde blanche qui exigeaient la création d’une Russie « unie et indivisible ». Jusqu’à une certaine époque, la souveraineté des pays Baltes ne les intéressait nullement. 

Mais on ne comprend pas pourquoi les États-Unis ont accepté que la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie soient rattachées à l’URSS après la guerre ? 

Valentin Faline. : Ils ne l’ont jamais accepté. Cette question n’a pas été soulevée à la conférence de Yalta. Dans un entretien, peut-être à Téhéran, Roosevelt a proposé à Staline d’organiser un référendum, après la guerre, dans les pays Baltes. Si ces pays voulaient rester au sein de l’URSS, les États-Unis promettaient de reconnaître leur nouveau statut. Autant que je sache, Staline a répondu : il y a eu déjà un référendum, je ne vois pas ce qu’on pourrait inventer de nouveau.

Depuis 1942, Roosevelt cherchait à obtenir un entretien particulier avec Staline. Et là, je pense que nos dirigeants ont commis une grave erreur de calcul. À en croire le conseiller du président états-unien, Harry Hopkins, Staline aurait été étonné de voir à quel point Roosevelt était prêt à accéder aux intérêts légitimes de l’Union soviétique.

Or alléguant différents prétextes, Staline évitait cette rencontre, il était préférable de se rencontrer à trois, il proposait une rencontre entre leurs représentants. En 1943, il y avait à cela peut-être une explication : Staline a eu une mini-attaque cérébrale, et il a été dans l’incapacité de travailler pendant quelques mois, mais personne n’était au courant. Les fausses informations que Churchill faisait parvenir par divers canaux à Staline ont joué, elles aussi, un rôle non négligeable. Churchill proposait soi-disant aux États-uniens de reconnaître les frontières de l’URSS de 1941, qui englobaient déjà la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, mais les États-uniens s’y opposaient systématiquement.

Les États-uniens refusaient non pas parce qu’ils aimaient tellement les Baltes, mais parce que dans l’électorat de Roosevelt la proportion d’immigrés lituaniens, lettons et estoniens n’était pas des moindres. Et il avait besoin de leurs voix aux élections. Considérations qui le tenaient, pour ainsi dire, par la bride. 

Quel est le bilan principal de la Conférence de Yalta ? N’est-il pas dans le fait que nous avons vécu sans guerres mondiales pendant soixante ans ? Et quels sont, à votre avis, les leçons de Yalta pour les politiques d’aujourd’hui ? 

Valentin Faline. : Avant de répondre à ces questions, je voudrais citer encore un détail, à mon avis substantiel, des négociations de Crimée et dont il n’est resté pratiquement aucune trace écrite. Roosevelt a promis à Staline un crédit de 4,5 milliards de dollars pour le rétablissement d’après-guerre du pays. Pourquoi ? Le président, en dépit de tout ce qu’on lui disait de Staline - à savoir que c’était un dogmatique communiste, un socialiste jusqu’à la moelle - savait qu’il proposait aux États-uniens un grand nombre de concessions, des conditions exceptionnelles pour les investissements, qu’il méditait l’idée d’une économie de marché en URSS. Et si cela ne s’est pas fait, c’est parce que Truman a succédé à Roosevelt. Homme qui, en regagnant les États-Unis après la conférence de Potsdam, a donné à Eisenhower l’ordre de préparer le plan Totality, plan de guerre nucléaire contre l’Union soviétique.

La première version de ce plan était déjà prête en décembre 1945. Puis ce fut le tour de plusieurs autres plans, dont Drop Shop et d’autres encore, qui prévoyaient de démembrer l’Union soviétique en douze États dont chacun aurait été dans l’incapacité de réaliser, à lui seul, ses objectifs économiques et de défense.

Mais s’il faut évoquer la portée globale de la Conférence de Crimée, je pense que Yalta a été l’une des meilleures chances qui se soit jamais présentée à l’humanité depuis le début de son histoire écrite, depuis la naissance du Christ du moins, celle d’exclure totalement la guerre, comme cela a été inscrit dans la Charte de l’Organisation des Nations Unies, de la vie de l’humanité. Chance qui n’a pas été saisie. Et c’est Washington qui en assume la responsabilité principale.

Burns, le premier secrétaire d’État de Truman, a mené, en décembre 1945, des négociations avec Staline, dans le cadre de la conférence des ministres des Affaires étrangères de Moscou. Dans son intervention radiodiffusée du 30 décembre, il a dit : après les négociations que j’ai menées avec Staline, j’ai compris que la paix équitable, telle que la conçoivent les Américains, est possible. Le 5 janvier, Truman lui a adressé une lettre disant : « Ce que vous avez dit est du délire. Nous n’avons besoin d’aucun compromis avec l’Union soviétique. Ce dont nous avons besoin, c’est de la Pax Americana qui sera conforme à 80 % à nos idéaux ».

Le 5 janvier 1946 peut être considéré comme le début formel de la Guerre froide. Et vous savez bien à quoi elle a abouti.

Voici l’enseignement principal de la Conférence de Yalta : si nous avions eu une approche raisonnable, et si nous avions alors manifesté le désir d’édifier une paix satisfaisant les intérêts de tous les membres de la communauté internationale, il eût été possible de trouver des solutions qui arrangent tout le monde bien plus tôt. Et il est infiniment plus difficile de le faire aujourd’hui. Le monde est sursaturé d’armes. Et bien des choses dépendent de circonstances imprévisibles, d’origine terrestre ou non.

...Des B-52 états-uniens transportaient quatre bombes H de 25 mégatonnes chacune. Soit 100 mégatonnes au total par avion. Ces appareils ont subi trois pannes. L’un d’eux s’est même écrasé près de Chicago. Sur les douze fusibles de sûreté d’une bombe, onze n’ont pas fonctionné. Que serait-il arrivé au monde si le dernier dispositif, le douzième élément, avait lui aussi été défaillant ?

Nous pouvons calculer aujourd’hui combien de fois le monde s’est retrouvé au bord d’une catastrophe globale. Seule une raison supérieure a préservé l’humanité et la vie biologique sur Terre de l’autodestruction. Tous les États du globe doivent donc faire en sorte que chacun de leurs pas, grand ou petit, tende à rendre le monde moins dangereux, sous tous les rapports. Et, naturellement, à le rendre plus équitable et plus uni.


Viktor Litovkine


[1] : La France n’était pas représentée à la Conférence de Yalta. Ces accords furent vivement dénoncés par Charles De Gaulle. NdlR.