dimanche 27 décembre 2015

Sur la « dissidence d'État » et d'éventuels « réseaux guénoniens » ; réponse à Un gars lambda et Ibrahim Nobel

L'article qui suit est une réponse personnalisée rédigée à la première personne du singulier :

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J'ai écouté les vidéos d'Un gars lambda et Kemikem sur la « dissidence » et René Guénon. J'ai préféré ne pas commenter à la page de présentation et plutôt m'expliquer ici, car nous entrons dans un sujet où l'infestation de trolls est terrible. Beaucoup d'obsédés du satanisme suivent les vidéos d'Un gars lambda, tout particulièrement celles portant sur le sujet qui lui a valu son premier pseudo, la dissidence d'État. Ce qui est quand même un peu étonnant car Un gars lambda n'aborde pas d'emblée les histoires de magie, d'occultisme, etc. Tout au plus, elles sont évoquées lors d'un détour dans sa réflexion, mais quand il s'y lance, il prévient toujours : « Je dis ça mais en même temps, je ne dis rien ». Je suis vivement intéressé à répondre à sa dernière vidéo Réponse à Kemikem. Réseaux guénoniens mais je n'ai pas le goût de me lancer dans des polémiques stériles avec des gens qui me considère comme sataniste sur le seul nom de mon pseudonyme sur Youtube, et qui n'auront pas d'autre argument que « va voir mes vidéos et fait des recherches ». Il est vrai que j'ai piqué quelques personnes sur l'ancien compte d'Un gars lambda mais lorsque viens le temps d'être plus sérieux, rien ne vaut son propre espace de partage sur le ouèbe.

Je peux exprimer ce que je pense de la question mais le commentateur Le rat en a déjà dit beaucoup. Je reprend ses trois commentaires :

Le premier est un commentaire indépendant :

Quel rapport avec Guénon ?

Les types de la nouvelle droite sont des néopaïens ( Dominique Venner, Alain de Benoist ). Qu'ils se réferent vaguement à cet auteur ( en en tirant que ce que les arrange, et en général ça ne va pas plus loin que la critique des idéologies étant à la matrice du monde moderne ) ne veut nullement dire que l'on a affaire à l’existence d'un "réseau Guénonien". Dougine mêle également le nom de René Guénon à sa vision meta-politique ( "l'Eurasisme ), comme d'autres peuvent s'accaparer d'autres intéllectuels de manière plus ou moins non-légitime sur le fond. Par ailleurs, pour ce que j'en ai vu, les références de la nouvelle droit se trouvent plutôt du coté d'Ernst Junger, Schmitt ect... que Guénon. En cherchant bien en pourra à coup sur croiser Evola, mais là encore ce sera uniquement pour l'aspect polémique anti-chrétien. Ces gens font ce qu'ils veulent.

Pour l'aspect "iranophile", celui-ci n'est pas explicable par amour du Chiisme, car autrement c'est le nom de Henry Corbin qui serait mis en avant par tous ces petits milieux gravitant autour de la nébuleuse Soral/ LLP/ Kemi Seba.

En ce qui concerne la question du soufisme, il n'existe pas et n'a jamais existé de "soufisme Guénonien" . C'est une pure invention.

Les deux autres sont une réponse à Hadil HASLAFY sur une histoire de « messianisme guénonien » :

Il n'y a pas de messianisme décelable dans l’œuvre de René Guénon et le "soufisme Guénonien" est une pure invention. La Tariqa Alawiya a certes connu une branche européenne sous l'égide de Frithjof Schuon qui avait reçu l'autorisation du cheikh Ahmad Al-Alawi lui-même, mais l'objectif d'un tel travail consistait uniquement à faire connaître certains aspect de l'Islam encore trop peu connus à l'époque, aux européens. Guénon est en dehors de tout ça. C'est juste un intellectuel, qui de son vivant n'a jamais communiqué publiquement de son rattachement à une tariqa.

et

Tiens, sur la récupération de Guénon par la dissidence : http://oeuvre-de-rene-guenon.blogspot.fr/p/httpoeuvre-de-rene-guenon.html

Alors voilà. Ceci dit, les observations d'Un gars lambda sur la proximité entre la « dissidence » et les autorités iraniennes d'une part et la manie des « dissidents » de se réclamer de Guénon (Soral, Laïbi, Keba, Glauzy) sont réelles, mais je ne crois pas qu'elles soient connectées entre elles. Comme l'a fait remarquer notre commentateur, si cela avait été le cas, le nom d'Henri Corbin aurait été davantage avancé que celui de Guénon (je me rappelle avoir déjà vu une ou deux références à Corbin chez E&R mais c'est tout). Je crois personnellement que la proximité iranienne et les réclamations guénoniennes de la « dissidence » sont deux phénomènes différents, encore qu'on peut y voir d'étranges connections si l'on entre dans le mode « hypothèse farfalue », selon le mot d'Ibrahim Nobel.

Je pense toujours à ce que j'ai écrit dans mon article sur la fixation commune de Salim Laïbi et des autorités iraniennes sur la sorcellerie et à ce niveau, oui, il pourrait y avoir une connexion directe entre la proximité iranienne et les références à Guénon. Depuis le début de ma dénonciation du soralisme en janvier 2013, j'ai toujours soupçonné cette mouvance de mener une guerre anti-magie, entendez par « magie » toute voie initiatique authentique, basée sur des techniques concrètes pratiquées quotidiennement et non sur des discours théologiques grandiloquents à n'en plus finir sur l'importance de la foi aveugle en un Dieu qui parle exclusivement arabe ou latin. Les exemples sont nombreux, depuis les premières vidéos « Sorcellerie des élites » de Salim Laïbi jusqu'à Morgan Priest, qui est devenu de facto le nouveau lieutenant de Soral dans les affaires ésotériques, en passant par les Pédo-Templiers de Marion Sigaut, les lectures au premier degré de Crowley par Glauzy (empruntés à Ted Gunderson), la réduction de l'hermétisme à du Mk-Ultra de Lucien Cerise et sa prétention sur l'absence de transcendance dans la qabale, Farida Belghoul qui tente de se la jouer Jean Bodin (voir également ici et ) et pour couronner le tout, la consécration des Juifs sionistes comme étant des demi-dieux vivants par Soral avec son affirmation « les Juifs qabalistes sont les maîtres du monde » (avec ce genre de propos, je comprend pourquoi Propagande.info en arrivait à qualifier E&R d' « antichambre du judaïsme »).

Je pense toujours que la « dissidence » mène une guerre anti-occultisme et je pense que René Guénon représente pour eux une porte d'entrée dans ce champ de bataille. En se réclamant de Guénon, ils affirment qu'ils s'y connaissent « sur ces affaires-là », ils s'établissent une autorité, et de là partent en campagne pour dénoncer le new-age, la magie, la sorcellerie, les symboles que l'on retrouve dans les films et les vidéoclips, et bien sûr, tôt ou tard, les satanistes-pédophiles sacrificateurs d'enfants (image issue des imaginaires hollywoodien et évangéliste états-unien reprise pour faire un argument facile basé sur la réaction émotive). En fait, la « dissidence » et la « nouvelle droite » cherchent à récupérer le concept de la « filiation initiatique » qu'avait forgé Guénon afin de s'établir une autorité personnelle qui va au-delà du politique et de l'idéologique, car celle-ci est très claire : en-dehors de toute tradition reconnue par Guénon, point de salut (à relire ici le mot de Denis Labouré sur cette histoire de « filiation »). Cette « filiation » est ensuite confondue avec « la tradition de la France » et avec la « succession apostolique » de l'Église Catholique et le tour est joué, la « dissidence » se prend pour la race supérieure des chefs qui défendent la France profonde contre les pillards Juifs-mages-noirs qabalistes maçonniques communistes-marxistes et leurs golems. C'est l'hybris que procure cette idée de filiation qui amène des gens comme « Laurent G » et « Salih Ha » à aller sur la vidéo de Philippe Pissier proclamer la supériorité de René Guénon sur Aleister Crowley alors qu'ils n'y ont rien compris, ni à l'un ni à l'autre. Cette « filiation » qui leur permet d'accuser d'être « contre-initiatique » quiconque qui n'est pas de leur côté dans les sujets du spirituel.

Peut-être est-ce que je pousse loin avec mon hypothèse farfelue de Guénon, arme anti-sorcellerie de la « dissidence » mais une chose est sûre cependant : à l'existence de la magie, ils y croient. Ils la qualifient peut-être de démoniaque, satanique, contre-initiatique, anti-traditionnelle mais reste qu'ultimement, la « dissidence » croit en l'existence de la magie. Pas d'une façon subtile, comme les trois paradigmes de Frater U.'. D.'., mais d'une façon très infantile à la manière hollywoodienne ou religiosité superstitieuse, de style « oui, les anges et les démons existent pour vrai, c'est vraiment ça la réalité après la mort physique » ou encore « le démon apparaît réellement dans notre monde physique via le triangle d'évocation ». Du très naïf « spirit model de premier niveau » ou « spirit model littéral » selon mes expressions personnelles. Et ce qui m'étonne avec cette croyance magique de la « dissidence », c'est que leurs adversaires n'en profitent pas pour s'en servir contre elle. Je suis surpris qu'un Asselineau n'en profite pas pour dire : « Voyez à quel point ils ne sont pas sérieux chez Alain Soral, ils croient à l'efficacité de la poupée aux aiguilles » ou quelque chose d'autre du genre.

Pour ce qui est d'éventuels « réseaux guénoniens », je ne saurais dire mais dans le cas de Laïbi, j'ai déjà expliqué dans un article précédent que celui-ci ne s'intéresse qu'à l'aspect coup-de-gueule de Guénon, à savoir les charges contre le spiritisme, le théosophisme et la dénonciation de tout ce qui serait « contre-initiatique», hors de la « filiation authentique ». L'obèse Marseillais qui se targue d'avoir fait des centaines de lectures dans toutes les traditions se sert de ce qu'il peut récupérer de Guénon pour valider son business de SatanismBusters et c'est tout. Autrement, un simple court extrait comme celui que j'ai présenté sur L'oeil qui voit tout dans la triangle, qui ne va pas du tout dans le sens du dentiste, le prend au dépourvu et il est incapable de répondre, et à ce que je me souvienne, je ne me rappelle pas non plus avoir vu une quelconque réplique de sa part contre Tagada du site Oeuvre de René Guénon.

Personnellement, si je voulais creuser davantage la question de « réseaux guénoniens », je reviendrais au début de 2013 avec l'étrange Collectif Amanah, dont nous n'avons jamais su le fin mot de l'affaire. Ce « groupe » anonyme arrivé de nulle part avait réussi à obtenir une entrevue avec le top de la dissidence à l'intérieur-même de la Main d'Or et ensuite une seconde entrevue avec l'autre top, le locataire du théâtre en question. Quand on connaît l'importance que se donne Soral et la difficulté de le rejoindre, c'était déjà tout un exploit qu'avec accompli ce « collectif » au curriculum vierge. Je me rappelle très bien quand cela avait été rapporté dans la section commentaires de Dans la peau d'Alain Soral : Avec sa vidéo sur Soral, le Collectif Amanah avait publié une page Facebook qui existe toujours trois ans plus tard. Il avait été remarqué par les différents commentateurs dont moi que les deux premiers amis Facebook du collectif avait été E&R et Salim Laïbi, et cela avait été fait presqu'immédiatement avec la parution de la page. Là encore, comme dirait Un gars lambda : « C'est particulier ». Nous avons tous pensé, et j'en ai parlé dans mon troisième Coup de gueule contre Soral, que ce collectif était en fait la création personnelle de Laïbi qui voulait se lancer davantage dans le discours géopolitique zozotérique. Je pense encore aujourd'hui que cette histoire fut une collaboration Soral-Laïbi à l'instigation de ce dernier mais je ne m'explique pas, en-dehors d'une complicité toujours effective entre les deux lascars, pourquoi le compte Youtube et la page Facebook du « collectif » sont-ils toujours accessibles au moment où j'écris ces lignes. Reste que ce « collectif » tient Guénon en référence principale et il est à conserver dans le dossier « Dissidence d'État/Réseaux guénoniens ».

Le sujet ne s'arrête pas là mais moi je m'arrête ici pour le moment. Si je m'attarde trop, le texte risque de ne plus être à jour. Je vais fort probablement y revenir ultérieurement, et peut-être Un gars lambda et Ibrahim Nobel auront droit à une réponse de vive voix de ma part. Il est assez ardu d'exprimer le fond de sa pensée sur l'actualité dissidentologique exclusivement à l'écrit et le besoin de se fera peut-être sentir d'utiliser un média plus direct.


Charles Tremblay

jeudi 3 décembre 2015

L'arme psycho-historique selon Andrei Foursov, et présentation des spécialistes russes par la JTF

Il y a quelques mois, le responsable de la Jérusalem des Terres Froides a découvert sur Youtube des petites capsules de quelques minutes qui présentent des extraits d'académiciens géopolitiques russes contemporains sous-titrées en anglais. Il s'agit essentiellement de cinq chaînes dont quatre se partagent le même avatar et se renvoient l'une à l'autre : d'abord Lena Mozya, puis le quatuor Jabarbadi, Karimberdi, Mengutimur et Ulaghchi (il existe une cinquième chaîne avec ce même avatar, Toqtaqiya, mais cette dernière est strictement culturelle et ne rapporte pas les spécialistes comme les quatre premières).

C'est par ces chaînes qu'ont été découvert les propos du général Petrov (décédé il y a quelques années), d'Igor Panarine (l'homme qui, en 1999, avait annoncé la désunion des USA, avec une carte présentant le pays fractionné en six parties), de Nikolaï Starikov, d'Elena Ponomareva et surtout, l'incontournable Andrei Foursov. Incontournable en effet, il y a quelques jours le Saker Francophone a présenté l'un de ses textes traduit en français, repris d'un autre site appelé Traduitdurusse.ru.

La Jérusalem des Terres Froides profite de l'occasion pour se lancer dans deux initiatives : d'abord reprendre ici le texte de Foursov et l'ensemble des articles de Traduitdurusse.ru (il y en a sept jusqu'à présent), et ensuite reprendre les capsules Youtube pour les présenter dans une playlist dédiée aux Nouvelles archives du sorcier. Donc ce qui suit est cet article qui a été publié au Saker Francophone le 25 novembre dernier, mais repris directement du site original.

Une précision se rapportant spécifiquement à Foursov : Les lecteurs réguliers de la JTF connaissent l'intérêt de la maison pour le spirituel, magique, ésotérique, religieux, etc. et savent que sur certains de ces sujets, elle a des positions bien arrêtées et définies. Elle est ouverte à toutes les affirmations dans ce domaine mais à condition qu'elles soient appuyées par des sources probantes, pas des réactions émotives brandits comme des vérités absolues à la façon de Marion Sigaut avec ses « pédo-Templiers », Salim Laïbi avec Jean-Paul Bourre et les « sabbataïsto-frankistes » ou encore ces ignorants qui n'ont jamais lu les auteurs sérieux sur Aleister Crowley mais qui le considère quand même comme « sataniste » à partir de leurs sources frelatées, conspiranoïaques, religieuses intégristes et/ou malhonnêtes. La JTF rappelle ce point car Foursov semble lui-aussi avoir une petite tendance au zozotérisme-à-gogo. Dans une capsule où il parle de l'affaire Rudolf Hess, Foursov mentionne Crowley comme impliqué dans celle-ci au profit des services secrets britanniques (à partir de 2:44). Il affirme qu'Hess était « invité » en Angleterre et Crowley aurait travaillé directement à cette « invitation ». Il est notoire que l'Anglais a été rénuméré par son pays pour quelques services rendues à l'occasion, un livre existe sur ce sujet, mais il faudrait que Foursov justifie davantage son affirmation car simplement le dire ainsi, ce n'est pas suffisant. Malheureusement, la JTF ne dispose pas dans son fond documentaire de ce livre de Richard B Spence, Secret Agent 666 : Aleister Crowley, British Intelligence and the Occult, traduit en français sous le titre Aleister Crowley : Agent double 666 par Camion Noir, elle ne peut donc pas valider ou invalider Foursov mais considérant toutes les instrumentalisations du « Wickedest man in the world » qui existent, la prudence reste de mise, même avec un universitaire éminent comme notre concerné. Par contre, un excellent point pour lui, notre Russe a présenté Crowley comme étant un personnage célèbre, mais pas comme un sataniste, bravo !

Toujours dans la crainte d'une forme de zozotérisme-à-gogo chez Andrei Foursov, et plus grave encore que ce qui a été dit sur Crowley, celui-ci a peut-être cette fâcheuse tendance aux abus interprétatifs à la manière des « décortiqueux-de-messages-subliminaux-satanistes-illuminati-dans-les-films-et-les-vidéoclips ». Vous savez, ceux qui voient Satan partout à la vue de la moindre étoile à cinq branches ou quelque chose qui lui ressemble vaguement. Dans une vidéo où il dénonce les messages cachés dans l'adaptation cinématographique d'Harry Potter, Foursov affirme que le vieux Dumbledore est en fait la représentation du mage élisabethain John Dee (à partir de 1:20), ce même John Dee qu'il cite dans le texte ci-dessous en le présentant comme un père-fondateur de l'impérialisme anglo-protestant anti-russe. La JTF a entendu dire que Dee, l'agent secret 007 de la reine Elisabeth première, est l'inventeur de l'expression « Empire Britannique », mais l'hypothèse de votre serviteur, c'est surtout que Dee, l'affût des sciences de son temps, ami de Mercator l'inventeur de la projection cartographique portant son nom, avait compris avant tout le monde l'immense potentiel que donnait à l'Angleterre le fait qu'elle soit une île en cette époque où commençait les grandes expéditions maritimes (d'où le « Green Empire » auquel se réfère Foursov). La JTF trouve très faible et bien peu probant le rapprochement entre John Dee et Dumbledore. Il est évident que ce dernier, avec sa barbe, sa longue robe et sa grande bibliothèque, est plutôt une représentation archétypale de l'idée qu'on se fait en Occident d'un grand mage (votre serviteur l'utilise lui-même avec le nom de son compte Youtube, les Archives du sorcier). Foursov rapproche Dumbledore de John Dee mais on aurait très bien pu le faire avec Merlin, l'abbé Trithème ou Nostradamus. Peut-être était-ce réellement voulu par les réalisateurs de la série que Dumbledore soit un John Dee déguisé « in plain sight » mais il faudra que Foursov étaye davantage pour que la JTF puisse le prendre au sérieux. Autrement, elle est tout-à-fait justifiée de craindre une dérive idéologique zozotérique de la part de l'académicien malgré la qualité exceptionnelle du reste de son discours. L'ennui avec ces dérives idéologiques zozotériques quand elles surviennent, c'est la contamination, la reprise gratuite par ceux qui ont fait leurs choux gras de la crédulité superstitieuse, comme Soral, Ploncard, Laïbi, Glauzy, Livernette and co. et qui répèteront en boucle jusqu'à ce que ça devienne une « vérité évidente en soi ».


 ---L'arme psycho-historique contre la Russie---


Par Andrei Foursov (traduction de l'original russe par Olga)
Paru en français sur le site Traduitdurusse.ru et repris par le Saker Francophone
Le 25 novembre 2015
 
Андрей Фурсов: Русофобия - психоисторическое оружие в борьбе против России

L’extrait du rapport de l'historien A. Foursov au forum international «La russophobie et la guerre d'information contre la Russie»

Une conférence sur la russophobie dans notre situation est en retard au moins d'un quart de siècle. Je dis «notre situation»  me référant à ce qui suit. Les trois ou quatre dernières années ont démontré à tout le monde - à tout ceux qui ne sont pas aveugles, qui voient - que l'Occident restera un ennemi de la Russie indépendamment du régime politique que nous aurons; et voici que les militaires américains parlent déjà que les relations entre les États-Unis et la Russie resteront conflictuelles même après le départ de Poutine. Alors que la ministre de la défense allemande, mère de sept enfants, le 22 Juin de 2015 a déclaré qu'il fallait traiter la Russie d'une position de force. Apparemment, la date de la déclaration n'a pas été choisie par hasard. Mme la ministre a oublié comment la tentative de son compatriote et fondateur de la première Union Européenne de lancer le 22 Juin de 1941 la conversation avec la Russie d'une position de force a fini. Elle pourrait au moins plaindre ses enfants; le sort des enfants de Goebbels et le drapeau rouge sur le Reichstag oubliés? 

La conférence est tardive, cependant, mieux vaut tard que jamais, mais la perte de temps ou du rythme, comme les joueurs d'échecs diraient, est évidente. La clarté est toujours nécessaire, en particulier la clarté au regard des adversaires historiques, à parler franchement, les ennemis. L'affaiblissement et la soumission de la Russie, l'effacement de l'identité russe en tant qu’une nation formant l'état, dans le but de la prise de contrôle des ressources et de l'espace russes (l'importance et la valeur du dernier augmente avec la menace de la catastrophe géoclimatique) est un objectif de longue date des groupes dirigeants de l'Occident. Dans la forme systématique cet objectif a été formulé dans le dernier tiers du XVIe siècle dans les versions catholique (les Habsbourg) et protestante (Angleterre, John Dee).

Le désir de subjuguer le vaste territoire, détruire l'état le contrôlant, soumettre et briser le peuple constituant l'état était justifié par le caractère  prétendument hostile aux Européens de l'état et du peuple russes, par leur agressivité – imaginaire, bien sûr: «Tu es coupable déjà parce que j'ai faim».  Un accent particulier était mis sur l'altérité religieuse des Russes, leur orthodoxie. Jusqu'aux années 1820-s l'accentuation de l'altérité des Russie par rapport aux Européens de l'Ouest était principalement de nature religieuse, même s'il y avait une composante nationale, ou plus précisément, ethnique. Depuis les 1820-s la situation a changé: à la pointe de la guerre d'information et psychologique (psycho-historique) contre la Russie ont passé les composantes ethno-historique, nationale, culturelle et politique, formant la russophobie dans le sens strict. C'est là où la guerre psycho-historique de l'Occident contre la Russie commence pour tout de bon. C'est un changement qualitatif, mais avant que nous en parlions, il faut déterminer ce que l'on entend par les termes «la guerre psycho-historique»  et «la russophobie» .

***

La guerre psycho-historique est un ensemble d'actions systématiques, ciblées et à long terme, ayant pour le but d'établir un contrôle sur la psychosphère de la société, principalement sur la psychosphère de son élite intellectuelle et de pouvoir, en  passant progressivement au-delà des groupes cibles primaires, d'effacer la psychosphère attaquée et en substituer par la sienne.

Les domaines principaux, ou «les fronts», pour mener la guerre psycho-historique sont: l'éducation, la science sociale, les médias (qu'on peut appeler les médias de publicité, de propagande et de désinformation), conçus pour les pauvres d'esprit, bavant de plaisir à la vue de crétins de salon qui discutent ce soi-disant «tout le monde parle» et le soir, en plaisantent.

Les médias de publicité, de propagande et de désinformation multinationales, associés formellement aux états, cherchent à dépeindre la Russie, son régime de pouvoir et celui qui le personnifie, presque comme un ennemi de l'humanité  numéro 1. «Le régime est criminel», «les Russes ont annexé la Crimée,» «la Russie mène une guerre contre l'Ukraine», «la Russie est à blâmer pour le Boeing  malaisien abattu», «la Russie s'est approprié les ressources de la Sibérie qu'elle n'est pas en mesure de mettre en œuvre», «en Russie on persécute les homosexuels» etc.

Il est clair qu’à la fin du XXe siècle le journalisme classique comme celui de TV a dégradé, étant devenu obsolète, se transformant de la profession en une occupation; il est également clair que l'homme de la rue occidental est un philistin indifférent et croit à ses médias de publicité, de propagande et de désinformation; il est clair que la cinquième colonne en Russie interprète son strip-tease principalement auprès des consommateurs étrangers,  travaillant en remboursement des pièces d'argent étrangères, des voyages à l'étranger, des récompenses; il est clair que d'argumenter avec eux est inutile. Et, néanmoins, je voudrais demander: si depuis 1991 à nos jours plus de guerres ont balayés le monde que depuis 1945/50 à 1991, si ces guerres ont été d'une manière ou d'autre attisées par l'Occident, en quoi cela peut-il concerner la Russie? Il n'y a aucune preuve que le Boeing fut abattu par les miliciens, par contre, il y a beaucoup de preuves que cela est fait par les Ukrainiens. En Russie il n'y a pas de loi sur la persécution de l'homo-sexualisme. Ce dernier (dans les yeux de beaucoup) non seulement n'est plus une perversion sexuelle, mais il est devenu quelque chose de beaucoup plus grand, à savoir une passe dans les cercles de l'élite et/ou quasi-élite, un signe d'appartenance: l'empressement de transgresser la nature biologique et les normes sociales traditionnelles est un signe de fidélité aux Maîtres du jeu mondial, un symbole de la volonté de tendre le cul, non seulement au sens figuré, mais littéralement (Où est la différence de l'abaissement dans la prison? le caractère volontaire? Où est la différence de léchage du cul au meneur d'une bande de babouins ? Le fait que ce sont les gens qui font ça? Sont-ils vraiment les gens?)

Derrière toutes les fausses accusations du dirigeants occidentaux contre la Russie, si les peler bien, se cache la crainte devant un seul pays non-occidental qui non seulement ne s'est couché pas sous l'Occident capitaliste comme une colonie ou semi-colonie, non seulement lui résistait avec succès, mais pendant quatre siècles lui infligeait les défaites, et à XXe siècle a créé un système mondial alternatif au capitalisme - l’anticapitalisme systémique. La Russie n'est pas l'Occident, mais en même temps, les Européens (les autres Européens) ont créé une culture européenne alternative à la culture occidentale et basée sur des valeurs russes. Quelqu'un a dit à juste titre que si les héros d'écrivains occidentaux de la première rangée (Balzac, Dickens, Zola) sont soucieux de l'argent et de la carrière, les héros des écrivains russes de la première rangée (Tolstoï, Dostoïevski) sont préoccupés du sens de la vie, des questions de morale. Russie - c'est l’Europe chrétienne autre que l'Occident, une autre Europe, qui s'est propagée sur l'ensemble de l'Eurasie du Nord et qui vit dans ses propres règles, et déjà pour cela désagréable et inacceptable pour l'Occident. D'où vient la russophobie agressive comme une arme importante psycho-historique dans la guerre contre la Russie.

Les niveaux principaux pour mener la guerre psycho-historique sont ceux d'information, conceptuel, métaphysique (du sens). Au niveau d'information, niveau primaire, s'effectue la  distorsion des faits; le niveau conceptuel est l'interprétation et le paquetage de l'information (des faits qui, dans l'interprétation erronée, se muent en faits faux) d'une certaine façon, en vue d'imposer à un objet cible une vision déterminée; le niveau métaphysique (sémantique) - c'est la haute voltige de la guerre psycho-historique où l'essentiel se passe: la destruction des sens caractéristiques de l'objet cible et leur remplacement par les sens étrangers, pour priver la «cible» de sa métaphysique et de sa volonté de résister.

Une des lignes passant par tous les trois niveaux est de créer l'une image négative de la «cible» et au programme maximum, l'introduire dans les groupes dominants de la société cible (l'auto-phobie, la haine du tout ce qui est sien, la haine pour eux-mêmes - et la sympathie à étranger). On essaie leur inspirer l'idée qu'ils soient censés presque siens, presque Européens/Américains aux yeux de l'Occident; ils n'ont que faire un petit effort pour se débarrasser de ce «presque» - sinon prendre la haine, au moins prendre le mépris pour son pays et le rendre à l'Occident, devenant une sorte d'intendants sous le régime d'occupation. Un des exemples de l'auto-phobie est la russophobie. Comme une idée, c'est l'inimitié (jusqu'à la haine) aux Russes en tant que tels, à leur type et expérience historiques, à leur porteurs - leur identité, l'histoire, les valeurs, type psychologique, état d'esprit, genre de vie. La russophobie comme une pratique est un ensemble d'actions (informationnels, économiques, politiques et autres), ayant pour le but la suppression de la nature russe comme un complexe psycho-historique. La russophobie comme une stratégie est un désir d'établir un contrôle sur les Russes en tant qu'une intégrité ethno-historique particulière formant un état, pour ensuite les anéantir, effacer de l'histoire, les dissoudre dans les autres peuples.

La mise en œuvre pratique de russophobie n'est pas si rare. Les nazis pendant la Grande guerre patriotique l'ont démontré massivement en forme extrême; de nos jours les autorités des pays Baltes et de l'Ukraine sympathisants des nazis, avec l'assentiment ou l'approbation de l'Union Européenne et des États-Unis, réalisent la russophobie dans la forme de la discrimination des Russes dans ces pays. Au niveau de la propagande la russophobie effrénée caractérise les actions des sphères politique et médiatique de l'Occident au cours des dernières années. Dans son acharnement ça dépasse la propagande antisoviétique et anticommuniste pendant la guerre froide; si on touchait les Russes alors, c'était plus indirectement, plus ou moins à mots couverts - on attaquait le communisme, le système soviétique, l'idéologie communiste.

Cependant, les marionnettistes et leurs  agents de service accompagnateurs étaient parfaitement conscients que la lutte est contre la Russie, soit celle soviétique. Zbigniew Brzezinski s'est prononcé à ce sujet ouvertement et clairement dans les années 1990 dans son interview au magazine parisien Le Nouvel Observateur. Interrogé sur la lutte de l'Occident et en particulier des États-Unis contre le communisme, Brzezinski a répondu dans le sens qu'il ne fallait pas faire illusions: l'Occident «ne combat pas le communisme, mais la Russie, peu importe comment elle s'appelle». Il est significatif que Yakovlev, un des «directeurs de la perestroïka», a parfaitement appris cette approche de ses maîtres: dans une interview il a déclaré qu'avec la perestroïka, ses agents abattaient non seulement l'Union Soviétique, mais l'ensemble du modèle millénaire de l'histoire russe. Dans les deux cas (Brzezinski et Yakovlev) nous traitons la russophobie dans sa mise en œuvre.

Il est important de noter que soviéto-phobie n'est qu'une forme voilée de la russophobie. Bien que les détracteurs du passé soviétique s'efforcent de justifier leur position par le patriotisme russe, l'orthodoxie, la grandeur de l'Empire de Russie opposée à l'Union Soviétique comme quelque chose de positif (le complexe de la monarchie, la révolution du février de 1917, de la Garde blanche comme la positivité de l'histoire du pays), le rejet du stalinisme et ainsi de suite, en fait leur dénigrement est d'un caractère russophobe. L'Union Soviétique est à bien des égards le pic du développement de la civilisation russe: c'est un véritable moderne russe, le développement réel, une phase mondiale de l'histoire de Russie; enfin, c'est un seul système social dans l'histoire, basé sur la valeur centrale de Russie - la justice sociale.

Les ennemis de la Russie, les russophobes à l'étranger et en Russie, le comprennent parfaitement: la campagne de soviéto-phobie, la détraction du passé soviétique, des réalisations soviétiques, des victoires soviétiques, est un coup sur la Russie, sur le «siècle court» russe (1917-1991), qui a prouvé la solidité historique, le triomphe de la nature russe dans sa forme soviétique. Ce n'est pas par hasard que la communauté des experts soviétologues a joué un rôle important dans le développement de la russophobie à l'Occident et en particulier aux États-Unis. Beaucoup de ses représentants ont travaillé à différents moments dans les diverses administrations américaines. Parmi ces gens il y avait assez d'immigrants en provenance d'Europe de l'Est et leurs descendants - les Polonais, les Tchèques, les Juifs, les Ukrainiens, les Roumains, etc. En règle générale, tous, soit Zbigniew Brzezinski, Paula Dobriansky (la fille d'un collaborant de Bandera qui se produisait dans l'administration de Bush junior), Wolfowitz ou  Perle - leur nom est légion - détestaient l'Union Soviétique comme une forme puissante de la Russie historique. L'empreinte de cette haine gisait sur les études soviétologiques - pas sur toutes les études, bien sûr, il y avait quand même beaucoup de travaux sérieux et intéressants, et parmi les immigrants en provenance d'Europe de l'Ouest tous n'étaient pas les ennemis de l'Union Soviétique ou la Russie. Mais... il y avait la tendance.

Avec l'effondrement de l'URSS ils semblaient avoir rester sans travail, mais ils se sont rapidement recyclé des «kremlinologues» en spécialistes du Kremlin post-soviétiques. La haine persistait, maintenant sans besoin de se cacher dans les vêtements anticommunistes. Avec chaque nouvelle administration après Bush père ces experts devenaient de plus en plus nombreux, leur activité augmentait et a atteint son apogée au cours de l'hystérie anti-Poutine; de nombreuses «bévues» en haut des États-Unis contre la Russie devraient être attribuées à cette image que créait le segment russophobe de la communauté des experts. Le problème est que ce public russophobe est toujours pris au sérieux, en tant que scientifiques, alors qu'en fait, ce sont des agents ordinaires de la guerre de l'information (indépendamment de la nationalité - soit-ce Fiona Hill ou Lilia Shevtsova) ; les joindre dans des discussions purement scientifiques afin de trouver la vérité serait au moins stupide. Le but de l'ennemi n'est pas la recherche de la vérité, mais porter préjudice à la Russie: dans ce cas-là, dans la guerre psycho-historique d'information. Et si russophobes antérieures se déguisaient dans la toge d'anticommunistes, maintenant ils portent l'affublement des «critiques du régime de Poutine» et des «combattants pour la véritable démocratie en Russie». Quel est ce genre de «démocratie», nous l'avons vu en 1993, 1996 et 1998. La démocratie avec le visage de Eltsine-Gaïdar-Tchoubaïs? Non, merci. La russophobie ne change que sa forme, l'essence reste la même et n'a pas sensiblement changé depuis les années 1820.

C'est dans cette décennie que la russophobie comme l'arme de base des sommets occidentaux dans la guerre psycho-historique «contre la Russie, peu importe la façon dont s'appelle», fut lancée. Le temps du lancement n'a pas été choisi par hasard: la Russie alors est devenue un ennemi mortel des trois forces qui avaient organisé la révolution française de 1789-1799 ans (ou avaient activement contribué à son émergence et le développement) et qui ont commencé à construire son nouvel ordre mondial immédiatement après l'achèvement de sa «version d'exportation» - les guerres napoléoniennes.

Premièrement, c'est le Royaume-Uni qui disputait avec la France l'hégémonie dans le système capitaliste mondial et a remporté une victoire au premier chef par les forces de la Russie. En raison de la victoire sur Napoléon, l'ayant transformée en une forte puissance continentale, elle est devenue l'ennemi №1 aux yeux des britanniques.

Deuxièmement, c'est le capital financier européen relativement nouveau, qui a pris son vol juste au cours de la Révolution française et des guerres napoléoniennes - en raison de ces phénomènes. Nous parlons surtout les Rothschild, qui déjà en 1818 dictaient sa volonté aux grandes puissances d'Europe occidentale (Allemagne, Autriche, Prusse, France) - mais pas à la Russie. Immédiatement après la défaite de Napoléon, les Rothschild (dans les intérêts financiers), aussi bien que les francs-maçons et les Illuminati, ont commencé à parler de quelque chose de semblable à un gouvernement mondial , et le 1818 a clairement démontré leurs revendications. Les Rothschild ont été soutenus par d'autres banquiers - britanniques et suisses. Cependant, la Russie embarrassaient la mise en œuvre de ces plans - d'abord sous Alexandre Ier, puis Nicolas Ier - concernant les plans non seulement politiques, mais aussi économiques: les tsars russes n'autorisaient pas au capital financier occidental se déployer dans toute sa largeur en Russie, le limitant.

Dans les années 1820-1840 commence l'opposition des Rothschild - une force de frappe du capital occidental (essentiellement juif) - et des Romanov, c'est-à-dire, de la Russie de ce temps-là, son régime au pouvoir. Fait révélateur, lorsque les émissaires d'Alexandre II et d'Alexandre III ont essayé de traiter la paix avec les Rothschild (voulant que ces derniers cessassent de sponsoriser le mouvement antigouvernemental en Russie en 1870-1890-s), ils ont reçu la réponse que pour les Rothschild, la paix avec les Romanov était impossible. Il va sans dire que les Rothschild sont les alliés (et sponsors) principaux de la Couronne britannique, aussi bien que d'une certaine partie de l'establishment britannique, pas seulement juive. Il va sans dire que dans son hostilité à la Russie, ils ont coïncidé avec le Royaume-Uni comme un état.

Troisièmement, la fin du XVIII - première moitié du XIX siècle c'est la période d'activation forte de la maçonnerie européenne, cette forme historiquement première des structures supranationales fermées pour l'harmonisation et la gestion mondiale. «L'ère des révolutions» (E. Hobsbaum) des années 1789-1848 a été largement l'ère des révolutions maçonniques - dans le sens que ces dernières se déroulaient sous les slogans maçonniques «liberté, égalité, fraternité». Les francs-maçons étaient la principale des forces de base qui guidaient et supervisaient les révolutions, qui utilisaient les vraies contradictions structurelles de l'ancien ordre pour les tourner en contradictions systémiques. Les structures maçonniques représentaient une forme déguisée d'organisation politique de la bourgeoisie, en procurant - «par des liens fraternels» - des formes organisationnelles de collusion et compromis avec une partie de l'aristocratie. Enfin, les francs-maçons (ou leurs représentants) se trouvaient souvent à la tête des États post-révolutionnaires - la franc-maçonnerie a adopté une forme étatique comme un ensemble fermé des structures supranationales de coordination et de gestion.

C'est pendant cette «ère des révolutions» qu'a fortement augmenté l'expansion pratiquement libre de la franc-maçonnerie en Europe - à nouveau, à l'exception de la Russie. Ici, malgré le nombre croissant de loges maçonniques, ils se sont heurtés à la puissance de l'autocratie russe. Inutile de dire que l'autocratie russe (surtout pendant le règne de Nicolas I) est devenu un ennemi mortel de la franc-maçonnerie, qui s’est ancrée solidement à la tête d'un certain nombre de pays européens. Pratiquement toutes les loges d'Europe continentale ont été contrôlés par les Britanniques - par les loges britanniques insulaires, étroitement liées à l'establishment britannique et la «haute finance». Dans son hostilité à la Russie ils ont coïncidé, créant ainsi une seule alliance anti-russe, une sorte d'une guivre russophobe à trois têtes.

Chaque «tête» dans la lutte avec la Russie poursuivait ses objectifs. Le Royaume-Uni cherchait à affaiblir considérablement la Russie pour prévenir l'apparition ou l'existence d'une force  prédominante continentale, de plus, capable en raison de sa position de le contester à l'Est. Les financiers cherchaient à mettre la Russie et ses autorités sous le contrôle financier pour faire leurs mega-bénéfices. Les maçons visaient la destruction de l'autocratie et son remplacement par une  République soumise aux loges européennes «fraternelles», qui serait certainement plus faible que la monarchie autocratique. Et ça n'a pas manqué après le coup de février de 1917, dans laquelle les intérêts de la guivre occidentale coïncidaient avec les intérêts de certains groupes en Russie utilisés discrètement par l'Occident. Toutefois, le février de 1917 fut le résultat d'un long chemin, presque séculaire, sur laquelle les adversaires de la Russie - l'union du Royaume-Uni et des forces économiques et politiques supranationales de l'Occident - s'est engagé dans les années 1820-s. Pour saper la Russie, tous les membres de l'union utilisaient les uns les autres: le Royaume-Uni - les financiers et les francs-maçons, les financiers - les maçons et le Royaume-Uni, les maçons - le Royaume-Uni et le capital financier.

En fait, ces participants ne représentaient pas une somme, mais un ensemble, un système politique et économique unique, qui s'est formé en grande partie pour la lutte contre la Russie, au cours de la lutte contre la Russie et pour le partage des fruits de la victoire de cette lutte. La victoire en question exigeait une guerre - une guerre contre le vainqueur de Napoléon. Les préparatifs pour une telle guerre, à son tour, impliquaient le traitement psycho-historique (principalement) d'information des élites intellectuelles et du pouvoir, à la fois en Europe et en Russie elle-même. La russophobie conçue et lancée dans les années 1820 fut un moyen de ce traitement. Pendant les années 1830-1840-s la russophobie a préparée à la guerre, moralement et politiquement, toute une génération d'Européens. Les Européens avec des vues politiques fondamentalement différentes ont commencé à manifester des signes de la russophobie: les quasi-libéraux  (Disraeli), arhi-conservsteurs (archevêque de Paris), les ultra-revolutionnaires (Marx). La leçon des 25 ans qui précédaient la première guerre globalement occidentale contre la Russie - la guerre de Crimée - est simple: la guerre de l'information, toutes choses égales d'ailleurs, prépare toujours pour la guerre conventionnelle (même si celle-ci pour une raison quelconque et n'ait pas eu lieu, c'est une autre question).

En 1820-1830-s la russophobie commence à pénétrer en Russie elle-même et se répandre parmi une certaine partie des élites intellectuelles et de pouvoir. La vie de 20-25% de la classe dirigeante de la Russie conformément au niveau occidental exigeait l'exploitation de la population de plus en plus forte. M.O. Menchikov a appelé le XIX siècle «le siècle du déclin d'abord progressif et à la fin rapide et alarmante de la richesse nationale en Russie. Nos gens souffrent de malnutrition chronique et tendent à dégénérer, tout cela dans le but de maintenir l'éclat de l'européisme et permettre une petite couche de capitalistes marcher au pas avec l'Europe».

Il est important que l'objet de russophobie était non seulement le peuple russe, la culture russe et ainsi de suite, mais - dans de nombreux cas - et l'État russe, le pouvoir autocratique. Le fait est que le centre autocratique limitait, en partie dans ses propres intérêts, les appétits de l'élite russe pour l'exploitation et devenait donc aussi la cible de la critique russophobe comme «le despotisme asiatique», «le système de la tyrannie», etc. Dans cette approche, une partie de l'élite et du capital russe coïncidait dans sa russophobie avec les adversaires occidentaux de la Russie - tant les états (le Royaume-Uni, la France) que supranationaux (la maçonnerie). Les russophobes sont caractérisées par l'hostilité et la haine envers le peuple russe et le pouvoir russe - et plus ce pouvoir est fort et indépendant par rapport à l'Occident, plus il prend en compte les intérêts du peuple, de l'ensemble social, plus la haine est forte, plus la russophobie est féroce. L'un des principaux motifs de la haine des antisoviétiques envers le pouvoir des Soviets était qu'ils le percevaient comme le pouvoir du peuple, ou au moins comme un pouvoir qui plus ou moins protégeait les intérêts du peuple, ne permettant pas aux prédateurs éventuels de s'en donner. Leur  rictus féroce s'est manifesté dans les années 1990-s et plus tard au cours des dernières années, exprimé en termes de «vatnik» (ouatiné), «chaussettes russes» etc. Ainsi, la russophobie est un phénomène autant et même plus de classe que socio-culturel et de civilisation. C'est-à-dire, le phénomène de civilisation dans la forme, et de classe (et géopolitique) dans le fond. Il faut bien le retenir toujours.


Andreï Foursov


A. I. Foursov est directeur du Centre d'études russes de l'Université de Moscou pour les sciences humaines, directeur de l'Institut de l'analyse stratégique, académicien de l'Académie internationale des sciences (Innsbruck, Autriche)

samedi 28 novembre 2015

Le philosophe et le métapsychisme 6 : Socrate

Nouvelle entrée au libellé Le philosophe et le métapsychisme. Toujours extrait du 100 mots pour comprendre la voyance de Bertrand Méheust (Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2005, p. 410-411), cette fois nous remontons loin dans le temps, jusqu'à celui qui a été surnommé le « père des philosophes », à savoir le Grec Socrate.


---Socrate---


« Il importait des divinités neuves? On nomme son démon, et l'on se trompe. […] Ce n'étaient pas des dieux nouveaux, mais une forme particulière de divination. » Essayons de creuser cette remarque de Festugière (Socrate, La Table ronde, p. 62). En quoi consiste cette « forme particulière de la divination » à laquelle la tradition a lié la figure de Socrate? Il est clair que l'on retrouve chez le père des philosophes un certain nombre de traits qui invitent à le considérer comme un personnage démoniaque, comme une sorte de « chamane atténué ». Le rôle de guérisseur des âmes qu'il s'est octroyé ; son indifférence au froid, à la faim, à la douleur ; sa capacité à rester debout, immobile, dans un état de stupeur catatonique ; son goût pour les énigmes provocantes et surtout son fameux démon susciteront des interprétations divergentes : il sera considéré comme un somnambule par les magnétistes du XIXe siècle, et, à la même époque, et pour les mêmes raisons, assimilé à un aliéné mental par les médecins positivistes. Concernant le démon, c'est Nietzsche qui nous met sur la voie, quand il nous explique que chez Socrate la faculté divinatoire fonctionne encore, mais résiduelle, inhibée et retournée. Le démon, comme on le sait, n'inspire pas Socrate pour lui révéler l'avenir, mais seulement pour lui dire ce qu'il ne doit pas faire. D'autre part, la révélation de l'oracle concernant la mission de Socrate peut être lue comme une métaphore de la naissance de la philosophie telle que la comprend Colli. C'est pour comprendre la parole de l'oracle que Socrate entreprend l'enquête qui va le conduire devant les juges, et qui va accoucher de la raison occidentale. La parole inspirée du dieu suscite par contrecoup l'enquête rationnelle ; la folie mantique déclenche un processus qui va se retourner contre elle. Le parallèle avec le fameux rêve de Descartes donne évidemment à penser.


Bertrand Méheust

samedi 21 novembre 2015

Le philosophe et le métapsychisme 5 : René Descartes

Après plusieurs mois de délaissement, la Jérusalem des Terres Froides revient avec sa chronique Le philosophe et le métapsychisme. Au menu aujourd'hui, le fondateur de la philosophie moderne, René Descartes. Ce qui suit est la transcription des pages 115 à 118 du 100 mots pour comprendre la voyance de Bertrand Méheust (Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2005).


---Descartes---


Ceux qui rejettent les phénomènes de la voyance en invoquant l'esprit cartésien sont plus cartésiens que Descartes ; ils devraient se pencher sur les textes où le fondateur de la philosophie moderne cherche à rendre raison de certains phénomènes de métacommunication et d'influence à distance que l'on dit aujourd'hui paranormaux. Le philosophe était, semble-t-il, sensible aux prémonitions ; dans sa Vie de Monsieur Descartes, Baillet raconte par exemple qu'avant de partir pour la Suède, en août 1649, il mit en ordre toutes ses affaires car il avait le pressentiment de sa mort prochaine. D'autre part, on sait le rôle fondateur qu'eurent pour lui les trois songes de la nuit du 10 au 11 novembre 1619, où les arcanes de sa doctrine lui furent donnés dans une expérience d'allure divinatoire (Sophia Jama, Le Songe de Descartes, Aubier, 1998). Mais on sait moins qu'il semble s'être intéressé aussi à ce que l'on nomme aujourd'hui la clairvoyance. Si l'on en croit un récit rapporté par Swedenborg et publié dans la revue Light du 30 juillet 1929, l'auteur du Discours de la méthode aurait été appelé, dans des circonstances curieuses, à vérifier la réalité d'un fait de voyance alors qu'il se trouvait en Suède. Voici le texte publié par Light. « C'était en 1649, à Dijon. Un étudiant se lamentait de ne pouvoir parvenir à déchiffrer le sens d'un certain passage d'un auteur grec. S'étant endormi avec cette préoccupation d'esprit, il se vit, en rêve, transporté dans la bibliothèque de Stockholm où il put consulter un ouvrage dans lequel se trouvait l'explication tant désirée. Il y en avait dix lignes qu'il se remémora et put reproduire à son éveil. Avec l'esprit de suite du vrai observateur, il écrivit sur-le-champ à Chamot, ambassadeur à Stockholm, pour le prier de signaler le fait à Descartes (qui était à ce moment l'hôte de la reine Christine) et lui demander d'en contrôler l'exactitude. Descartes, vivement intéressé à cette requête, s'empressa de se rendre à la bibliothèque. Il y trouva le livre à la place repérée par le visionnaire et, sur la page indiquée, les dix lignes du commentateur helléniste que l'étudiant avait reproduites à son réveil. » À première vue, cette anecdote semble trop belle pour être vraie, et on aimerait soumettre le fait allégué à la critique historique, pour s'assurer qu'il a bien eu lieu, et, le cas échéant, connaître les réactions et les commentaires de Descartes. Mais, quoi qu'il en soit, on trouve bien dans Les Principes de la philosophie des remarques sur les « particules de la matière subtile » qui montrent que certains phénomènes de communication et d'influence à distance, communément acceptés à son époque, préoccupaient le philosophe et qu'il a cherché à les intégrer dans ses vues. Il existerait, conjecture-t-il, des particules très subtiles qui, s'éloignant rapidement du corps qui les a émises, peuvent produire sur certains corps « des effets rares et merveilleux ». Ces particules subtiles pourraient ainsi émouvoir à distance l'esprit d'un dormeur ou d'une personne éveillée, avertir à distance un proche des peines que l'on ressent, ou des « mauvais dessins d'un assassin », ou encore modifier le saignement d'une plaie, à l'approche du meurtrier. On trouve ici le germe de la théorie mécaniste des « effluves » qui sera invoquée par l'Académie des sciences pour expliquer les voyances du rhabdomancien Bonnet-Aymar au début du XVIIIe siècle, théorie qui se prolongera par le fluide de Mesmer, et aboutira, à la fin du XIXe siècle, au modèle de la radio mentale proposé par certains physiciens pour rendre compte des phénomènes télépathiques. De même, dans une lettre écrite en 1646 à la princesse Palatine, le philosophe fait cette remarque troublante que sa chance lui paraît augmenter quand il est de bonne humeur, « jusque dans les jeux de hasard, où il n'y a que la fortune seule qui règne ». Avec ses présupposés philosophiques, Descartes ne pouvait comprendre la transmission d'une information ou d'une influence sans un vecteur physique. Mais il n'a pas révoqué a priori les faits de sympathie et de métacommunication, il ne les a pas renvoyés aux errances de la superstition, il a cherché à les expliquer. Comme l'écrit le docteur Larcher, qui commente ce passage dans la réédition du Traité de métapsychique de Richet (Artha production, p.19), « le doute méthodique n'a pas empêché Descartes de s'intéresser à ces phénomènes extraordinaires d'information, de communication et d'action que nous nommons aujourd'hui clairvoyance, télépathie et psychocinèse ».


Bertrand Méheust

vendredi 18 septembre 2015

La JTF salue le départ du grand houngan haïtien Max Beauvoir

Après avoir consacré un peu de son énergie à défendre l'honneur de la religion vaudou, la Jérusalem des Terres Froides se devait de saluer la mémoire de Max Beauvoir, une véritable légende du Vaudou haïtien contemporain qui vient de décéder récemment à l'âge de 79 ans. Le fondateur de ce blog a entendu parler de cet homme ça fait plusieurs années ; sous le défunt compte Youtube lesarchivesdusorcier avait été présenté le reportage d'Isaac Isitan pour le compte de la Télévision Quatre-Saisons dans les années 80 et dans celui-ci y avait une entrevue avec le concerné. Ensuite, lorsque votre serviteur a travaillé à la Librairie Nouvel-Âge de 2003 à 2008, il a rencontré de nombreux Haïtiens et il a remarqué qu'effectivement, Max Beauvoir est un nom très connu là-bas. On lui a expliqué que l'homme était un houngan savé (savant), c'est-à-dire quelqu'un qui combine la double formation occidentale et traditionnelle vaudou.

La JTF regrette tout particulièrement aujourd'hui la fermeture du compte lesarchivesdusorcier, où l'entrevue d'Isitan aurait été remise de l'avant. Un nouveau compte Youtube rattaché à cette publication se construit à nouveau, Nouvelles archives du sorcier, mais « l'équipe » de ce site est dans l'impossibilité technique présentement de pouvoir ré-installer le documentaire. Par contre, « l'équipe » vous promet de le faire dès que l'occasion se présentera. Ceci dit, voici la chronique des Young Turks sur le décès de Beauvoir, qui, pour rester poli, est de qualité médiocre il faut reconnaître. Si vous tapez Max Beauvoir sur Youtube, vous avez quelques vidéos sur lui et pour la part de cette publication, sont repris ci-dessous quelques articles écrits rapportant la nouvelle du décès (six articles, cinq en français et un en anglais).

Le responsable de ce site en profite pour souligner l'ironie d'un TVA Nouvelles et d'un La Presse qui versent des larmes de crocodile sur la mort de Beauvoir mais qui en temps normal utilisent toujours le mot « vaudou » dans sa signification tronquée de « sorcellerie » et de « magie noire ». Il y a au libellé Vaudou de la JTF suffisamment d'exemples pour le démontrer. Remarquons un article rapporté ici où Max Beauvoir était intervenu en tant qu'Ati (grand représentant) national. Et puisqu'on y est, il serait bien que le cardinal catholique haïtien Chibly Langlois ait un bon mot pour saluer la mémoire de celui qui vient de partir pour l'autre monde. Mais au moins, il y aura eu le bon mot de Mgr Pierre André Dumas.


---Hommage national à Max Beauvoir---


Paru sur le site d'Haïti libre
Le 14 septembre 2015 

Suite au décès survenu samedi de l'Ati National du vodou haïtien, Max Beauvoir, http://www.haitilibre.com/article-15125-haiti-flash-max-beauvoir-nous-a-quitte-une-grande-perte-pour-le-pays-dixit-martelly.html le Premier Ministre Evans Paul a rendu visite dimanche à la famille éplorée pour lui exprimer les sympathies du Président de la République et celles de son épouse ainsi que du gouvernement.

A cette occasion, le Premier Ministre Evans Paul s'est entretenu avec la fille et le beau-fils du défunt, les époux Rachel et Didier Dominique. D'un commun accord, il a été décidé d'organiser mercredi 16 septembre 2015 au Champ de Mars un « hommage national » à Port- au-Prince, à la mémoire de cet illustre disparu, membre initiateur de la Confédération nationale du vodou haïtien et de Religions pour la Paix.

« Aux parents et amis du défunt, aux membres de la communauté du vaudou, aux membres de Religions pour la Paix, le gouvernement de la République d'Haïti présente ses sincères condoléances »

Dans un communiqué, le Président Michel Martelly, indique qu’il a appris avec émoi la triste nouvelle du décès, de l'Ati national Max Beauvoir « Au nom du Gouvernement et du peuple haïtiens, le Chef de l'État présente ses sincères condoléances à la famille, aux proches et amis du défunt, ainsi qu'à l'ensemble des pratiquants de la religion vodou [...] » rappelant que François Max Gesner Beauvoir était « un homme d'une grande culture et un grand défenseur de nos pratiques ancestrales. Il a été élevé au rang d'Ati national, chef suprême du vodou haïtien, au cours d'une cérémonie à Mariani (Gressier) le 7 Mars 2008 à l'initiative de la Confédération nationale des vodouisants haïtiens (CNVH) ».

Lire aussi :
http://www.icihaiti.com/article-15126-icihaiti-social-mots-de-sympathie-du-gouvernement-jeunesse.html


---Décès de Max Beauvoir, chef du vodou---


Paru sur le site d'AlterPresse
Le 14 septembre 2015
P-au-P., 14 sept. 2015 [AlterPresse] --- Le chef du vodou haïtien, Max Gesner Beauvoir, est décédé le 12 septembre 2015 à Port-au-Prince, à l’âge de 79 ans (25 août 1936 - 12 septembre 2015), des suites d’un cancer, a appris AlterPresse auprès de sa famille.

Unanimement respecté au sein des vodouisants, Max Beauvoir est le premier a avoir été nommé Ati national du vaudou haïtien le 7 mars 2008, après la reconnaissance officielle du vodou en tant que religion.

Le décès de Max Beauvoir, en sa résidence à Mariani (banlieue sud), a provoqué un gros choc parmi les adeptes de la religion vodou.

Des jeunes houngan (prêtre vodou) n’ont pas cessé de témoigner à la famille leurs profonds regrets, suite à cette perte.

Ils ont rappelé le rôle central joué par Beauvoir dans la défense du vodou, face à une violente campagne déclenchée contre cette religion en 1986, et qui a fait de nombreux morts.

Les témoignages de sympathies affluent de tous les secteurs et de toutes les couches de la société, confie la famille à AlterPresse.

Beauvoir était un « homme d’une grande culture et (un) grand défenseur de nos pratiques ancestrales », a souligné le président Michel Martelly dans une note de condoléances où il a fait part de son « émoi ».

Chimiste de profession, Beauvoir était une référence incontournable en matière de médecine traditionnelle, grâce à sa profonde connaissance de la propriété des feuilles. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la pratique du vodou et la médecine traditionnelle.

Les funérailles de Max Beauvoir sont prévues pour le mardi 15 septembre 2015 dans la soirée. La cérémonie traditionnelle aura lieu à Mariani, où Beauvoir avait fondé son temple vodou (péristyle) en 1974.

Un hommage national devrait également lui être rendu le mercredi 16 septembre 2015.

AlterPresse adresse ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de l’Ati national Max Beauvoir.


---Max Beauvoir, the biochemist who became Haiti's chief voodoo priest, dead at 79---


Par Sarah Kaplan
Paru sur le site du Washington Post
Le 14 septembre 2015 
 

Max Beauvoir, the supreme leader of Haitian voodoo, poses during an interview at his home outside Port-Au-Prince, Haiti, Jan. 8. Beauvoir, died Sept. 12 at the age of 79, according to his family. (Anastasia Moloney/Reuters)


Max Beauvoir was a middle-aged businessman with little interest in the occult. The son of a doctor and a scientist himself, he boasted degrees from schools in New York and Paris and a burgeoning career as a biochemist in the U.S. He was not the kind of man who went about seeking spiritual encounters.

So no one was more shocked than he was when his nonagenarian grandfather, lying on his deathbed in Haiti surrounded by more than a dozen descendants, lifted a single, unsteady finger and pointed it at Beauvoir.

”Grandfather turned to me and said, ‘You will carry on the tradition,'” Beauvoir recalled in 1983, 10 years after the moment that changed his life. “It was not the sort of thing you could refuse.”

“The tradition” was voodoo, Haitians’ vibrant amalgam of Christian traditions and the animist rituals of their West African ancestors. Beauvoir’s grandfather had been a houngan, or priest, and had selected Beauvoir to carry on the faith.

Beauvoir did so, with enthusiasm. Abandoning his scientific research and commercial work, he became the public face of voodoo and its most prominent advocate in a nation wracked by political upheaval, natural disaster and cultural change. In 2008, when Haiti’s struggling houngans came together to elect their first chief, Beauvoir was their pick.

“We Haitians want to move forward in life,” he told the New York Times at the time. “We need to find our identity again, and voodoo is our identity. It’s part of our collective personality.”

Beauvoir died in Port-au-Prince Saturday after an illness, according to the Associated Press.

In Haiti, where many people practice at least some elements of voodoo, often in conjunction with Catholicism, the 79-year-old Beauvior is mourned as a national celebrity.

“A great loss for the country,” tweeted President Michel Martelly.


 
A woman kisses the feet of Voodoo leader Max Beauvoir during ceremony in honor of the victims of the earthquake in Port-au-Prince, March 28, 2010. (Jorge Saenz/AP)


But that kind of reception is relatively new for Beauvoir, who spent much of his second life as a houngan battling Hollywood’s stereotypes, Christian missionaries’ antagonism and his own people’s mistrust. Until 2003, voodoo was not even recognized as a religion in Haiti.

The faith has its roots in Haiti’s history of slavery and is revered for its role in Haitian’s successful struggle for independence from French rule. Like Christianity, voodoo has one God, but in practice the religion bears much more resemblance to the traditions of the West African slaves who founded it: Spells are cast, animals are sacrificed, one of the religion’s 401 spirits are invited to possess followers at raucous, colorful ceremonies.

Beauvoir began his study of voodoo in 1973, at age 37. And because of his scientific training and American background, he swiftly became the resource of choice to people who wanted the religion of zombies and ritual sacrifice interpreted by a “Western” voice.

The ethnographer Wade Davis, author of the 1986 book “The Serpent and the Rainbow” on the voodoo process of making zombies, credited Beauvoir and his daughter Rachel with guiding his research.

“Max Beauvoir laid the country before me like a gift,” he told Reuters. Davis’s book was turned into horror film of the same name involving “zombie drugs” and an unflattering portrayal of “witch doctors.”

But Beauvoir wasn’t usually willing to indulge outsiders’ visions of voodoo as some sort of primitive paganism. In his thinking, voodoo was far less backward than that other powerful force in Haitian society — political corruption. From his Peristyle de Mariani, the grand residence on the outskirts of Port-au-Prince where he held ceremonies and operated a village clinic, Beauvoir lobbied for voodoo as a solution to Haiti’s problems.

For example, the country’s 6,000 houngans should be recognized by the government and trained in healing, he said, since they vastly outnumbered Haiti’s handful of doctors. And voodoo priests should have a formal role in government, since they were more representative of Haitian society than the government, which only reflected ”the values and taste of the elite and the foreigners who pay our bills,” he told the New York Times.

That interview was in 1983, when Jean-Claude “Baby Doc” Duvalier was still in power. The second-generation president for life, who spent lavishly but ruled with a dictator’s iron hand, had a rocky relationship with Beauvoir and the houngans. On the one hand, his father, Francois (“Papa Doc”), had relied on voodoo to bolster support for his regime and recruited houngans for his dreaded Tontons Macoutes, the “bogeymen” secret police who suppressed his opposition. On the other hand, Beauvoir was critical of the younger Duvalier’s excesses, and the two clashed over what Beauvoir said were his “deeply nationalist views.” More than once, the outspoken priest found himself hauled before the Tontons Macoutes for questioning.

That fact didn’t protect Beauvoir after Duvalier’s ouster three years later. Enraged about the houngans’ role in keeping the Duvaliers in power — and perhaps egged on by Christian groups — mobs attacked and killed more than 100 voodoo priests in the days after Baby Doc’s departure from the country. According to a Newsweek article in 1986, Beauvoir’s home was besieged for two days by a crowd clamoring for his death.

Houngans cannot sleep quietly in their beds any more,” he told the Guardian.


Supreme chief of Haitian voodoo Max Beauvoir speaks on Feb. 24, 2010 during interview with AFP in Port au Prince. (Anthony Belizaire/AFP/Getty Images)


Eventually, the post-revolution violence quieted down, and Beauvoir returned to his religious practice. With a flair for showmanship that some critics found unseemly, Beauvoir turned his home into a temple for followers and fellow priests and a tourist destination for (paying) visitors looking for an exotic encounter with the supernatural.

In “The Rainy Season: Haiti-Then and Now,” the journalist Amy Wilentz wrote of Beauvoir as an opportunist with “the oily manner of a man whom you wouldn’t want to leave alone with your money or your child.”

Beauvoir waved off that, and most other criticism.

But he couldn’t keep himself out of politics. He was a severe critic of Jean-Bertrand Aristide, the former Catholic priest who became Haiti’s first democratically elected president. After receiving one too many death threats, he and his family fled to Washington in the 1990s, where Beauvoir founded the Temple of Yehwe and based his efforts to sell voodoo in the U.S.

For example, voodoo practitioners do not stick dolls with pins, he told the Atlanta Journal-Constitution at a “demystifying voodoo” conference in 1997, and the possessions were nothing to be alarmed at: “The mind of the man cannot comprehend the whole God. The spirit comes and talks to everyone and helps solves their problems. After the ceremony, everyone feels better.”

In 2008, frustrated with their lack of influence, Haiti’s houngans made the unprecedented decision to form a national federation. Beauvoir, the obvious choice for their public face, wasted no time returning to his home country.

At a special ceremony at the Peristyle de Mariani, accompanied by the beat of drums and blaring music, Beauvoir was named “Ati,” or the supreme chief of voodoo.

After Haiti’s devastating earthquake in 2010, Beauvoir held a memorial ceremony for the tens of thousands killed, and called on his fellow hougans to help with the recovery effort.

“One must understand that Haiti is voodoo,” he told the Boston Globe at the time. “Helping Haitians is nothing else but helping ourselves.


Sarah Kaplan


---Hommage national au chef suprême du vodou Max Beauvoir---


Paru sur le site de Radio télévision Caraïbes
Le 16 septembre 2015 

Un hommage national à François Max Gesner Beauvoir a lieu, ce mercredi 16 septembre 2015, au Kiosque Occide Jeanty, au Champ de Mars (principale place publique de la capitale, Port-au-Prince), après les funérailles, suivant les traditions du vodou, la veille - dans la nuit du 15 septembre - (dans son péristyle, établi depuis 1974 à Mariani, au sud de la capitale) de l’Ati nasyonal (chef suprême) du vodou, décédé, à 79 ans, dans l’après-midi du samedi 12 septembre 2015, observe l’agence en ligne AlterPresse.

Sont présents, à cette cérémonie officielle, le président Joseph Michel Martelly, le premier ministre Evans Paul, des officiels du gouvernement, dont des ministres, des représentants du secteur vodou, dont des houngan, de Religion pour la paix (dont faisait partie le vodou) et des membres de l’Académie du Créole haïtien.

En la circonstance, à la place du corps du défunt, sont plutôt exposées des photos (en gros plan) de Max Beauvoir.

La famille de Max Beauvoir, dont sa fille Rachelle Beauvoir, est remarquée à la cérémonie officielle d’hommage national au chef du vodou haïtien.

Le gouvernement compte profiter de l’occasion pour décerner, à titre posthume, une décoration à l’anthropologue François Max Gesner Beauvoir, qui fut l’Ati National, membre fondateur de « Religions pour la paix » et membre de l’Académie du Créole haïtien (comme représentant de la Konfederasyon nasyonal voudouyizan ayisyen / Knva).

Max Beauvoir fut le premier à avoir été intronisé, le 7 mars 2008, Ati nasyonal (chef suprême) du vodou haïtien.

Depuis des siècles, notamment après la cérémonie du 14 août 1791 - qui ouvrit la voie au soulèvement général des esclaves contre les colons français -, le vodou est pratiqué comme une religion à part entière par une grande partie de la population haïtienne.

Mais, du XXe siècle - lors d’un processus d’extermination et de destruction des temples du vodou, encouragé par des prêtres catholiques romains - jusque dans les dernières années, le vodou est l’objet d’exclusion et d’actes de vandalisme. Ingénieur chimiste de profession et auteur de plusieurs ouvrages sur la pratique du vodou et la médecine traditionnelle, l’Ati nasyonal François Max Gesner Beauvoir (25 août 1936 - 12 septembre 2015) était une référence incontournable en matière de médecine traditionnelle, grâce à sa profonde connaissance de la propriété des feuilles du terroir.


---Décoré, salué par le tonnerre, sous une pluie fine, l'ati national Max Beauvoir a traversé---


Par Jean Daniel
Paru sur le site de Radio télévision Caraïbes
Le 17 septembre 2015

Les obsèques de Max Beauvoir, l’ati national, ont été célébrées, mercredi après-midi, à son péristyle à Mariani puis il a été mis en terre dans son temple. Quelques heures auparavant, une cérémonie d’hommage national avait été organisée en son honneur au kiosque Occide Jeanty. Celui qui avait mis le vaudou debout, cofondé la plateforme œcuménique Religions pour la paix était membre de l’Akademi Kreyòl a été décoré, à titre posthume, de l’ordre national honneur et mérite au grade d’Officier par le président de la République Michel Martelly. 

À Mariani, pour son dernier rendez-vous, Max Beauvoir a rencontré ses convives à la salle de conférence de son péristyle. Celle où il avait l’habitude de discuter avec des étudiants, des chercheurs, des étrangers et tout curieux fascinés par cette religion, le vaudou, dont il fut depuis 2008 l’ati national. 

Calme dans sa bière, le houngan des houngans paraissait se reposer tout près d’un « poto mitan », accompagné de sa dernière décoration de grand Officier. Entouré d’une série de photos qui résument son antan. L’assistance, plusieurs dizaines de personnes, dont ses plus proches parents et collaborateurs, ne cache ni sa douleur ni son émotion. Des plaintes, Des cris. Des larmes. Chacun salue à sa façon le départ de ce « mapou ».

Dehors, les arbres de la grande cour aussi sont en deuil. Des éclairs zèbrent le ciel et un tonnerre claque avant que soudain dame pluie ne se mêle de la partie. « Ayibobo ! », scande un homme à la tempe grisonnante, comme pour répondre à la nature. Ici, dans ce péristyle, l’empreinte du vaudou sur les participants n’est pas à démontrer. C’est dans cette cour que Max Beauvoir aura sa dernière demeure. Après un dernier cérémonial d’invocation des loas, son cercueil, recouvert d’un drapeau et porté à bout de bras par des initiés est transporté –sous une fine pluie – dans sa sépulture.

Malou, fille de Max Beauvoir, pleure. D’autres assistants de la mise en terre sanglotent. Il n’y a pas de discours. Le cercueil avance vers la dernière demeure avant de se heurter au passage  étroit. Petit moment de flottement. Certains y voient un signe. La décision est prise de casser le muret qui encombre l’entrée du tombeau pour faire passer le cercueil. Il est 5 heures 16 de l’après-midi ce mercredi 16 septembre 2015, Haïti vient d’enterrer celui qui a passé plus de quarante ans de sa vie à défendre le vaudou et qui fut le premier à rassembler ses différentes branches. François Max Gesner Beauvoir n’est plus sur terre.

Quelques heures avant, au Champ de Mars, une banderole marquée de « Zo ni maci ni maci ni maci »,  surplombant le kiosque Occide Jeanty, a accueilli ceux qui avaient fait le déplacement pour rendre un hommage officiel à François Max Gesner Beauvoir.

Dans l’assistance, autour de la famille et des amis du défunt, le président de la République Michel Martelly, le  Premier ministre Evans Paul, des ministres et des officiels ont pris place. Entre les chants et les conversations, de toutes les lèvres fusent les mots de « mapou », « baobab », « Legba » pour saluer la traversée de ce chimiste et vaudouisant qui fut cofondateur de la plateforme Religions pour la paix. Après une exécution haut de gamme de la fanfare de la PNH, une chorale met l’assistance en transe dans cette prière initiale. Des cloches, des tchachas, des roulements de tambour, le décor, les artilleries et le rite étaient là. Sauf Max Beauvoir. Son absence crée un vide presque tangible. La dernière fois qu’il officiait une cérémonie au Champ de Mars remonte à la mort de Lénor Fortuné, dit Azor. Cette fois, pour sa mort, il ne s’est pas présenté. Sa dépouille est restée à Mariani, chez lui, dans son houmfor.

Cela n’enlève rien à cette cérémonie d’hommage national qui n’est pas une simple activité d’enterrement, souligne Évans Paul,  chef du gouvernement. Car, argue-t-il, personne ne peut enterrer un message. « La vie du respectable ati national du vaudou est un message vivant qui vivra éternellement dans le sillage de l’esprit de la tolérance et du vivre-ensemble », dit le Premier ministre. 

C’est cet homme-message qui a été élevé –à titre posthume – à l’ordre national honneur et mérite au grade d’Officier, par Michel Martelly. Cette distinction récompense son engagement à la structuration et à l’épanouissement du vaudou haïtien, et sa contribution à la formation de Religions pour la paix. Évans Paul caractérise la consécration de Max Beauvoir à la cause du vaudou – malgré ses nombreux diplômes – comme un acte de leadership. « Un leader est un Legba. Selon la philosophie du vaudou, Legba ouvre des chemins là où il n’y en a pas », explique-t-il.

Pour la maîtresse de cérémonie, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, la mort de ce « destin national », éponyme, affecte toutes les forces vives du pays. 

Sur le podium et dans les gradins du kiosque Occide Jeanty le cabinet ministériel, le corps diplomatique, les membres de l’Akademi Kreyòl, des figures de la classe politique, de l’Université, des sociétés du vaudou, nombreux sont ceux qui ont répondu à cet ultime rendez-vous.

L’ombre de Max Beauvoir demeure dans un coin, marque chaque discours et témoignage.

Monseigneur Pierre André Dumas, pasteur Pauris Jean-Baptiste, chaque ancien collaborateur trouve un mot pour parler de ce digne fils du terroir. Un homme atypique. Celui qui a su coaliser science, culture, philosophie et religion a été l’un des pionniers de l’Akademi Kreyòl. 

Il est presque 6 heures sur la route qui conduit de Mariani à Port-au-Prince. La longue journée bien remplie d’un grand homme s’achève. Et c’est la chanson de Carole Demesmin qui flotte sur l’embouteillage :

«Lè yon branch wozo kase bò letan

ranmye pa menm espantan,

men lè s on mapou nan gran bwa ki tonbe,

tout zwezo blije mande kote n pral poze ? »

En attendant de trouver cette réponse, reposez en paix, Max Beauvoir.


Jean Daniel
Sénat Nouvelliste


---Haïti salue le départ de son Ati national, Max Beauvoir---


Paru sur le site d'Haïti Libre
Le 17 septembre 2015

Mercredi, un hommage national a été rendu au Champ de Mars à François Max Gesner Beauvoir, l’Ati national d’Haïti (Chef suprême du vaudou haïtien), lors de ses funérailles, célébrées au Kiosque Occide Jeanty.

Outre des membres de sa famille dont sa fille Rachelle Beauvoir et de la population, de nombreuses personnalités étaient présentes à cette imposante cérémonie, entre autres : le Président Michel Martelly et son épouse Sophia, le Premier Ministre Evans Paul, des officiels et ministres du gouvernement, des représentants du secteur vaudou, dont des houngans, de représentants de Religion pour la Paix et des membres de l’Académie du Créole haïtien, des membres du corps diplomatique et des représentants de la communauté internationale.

« La cérémonie d’hommage national de ce matin dépasse le simple cadre d’une activité funèbre, » a déclaré le Chef du Gouvernement, selon lui personne ne peut enterrer le message vivant que représentait le respectable Ati Max Beauvoir « La vie de l’Ati est un message vivant qui vivra éternellement sur le chemin de la tolérance et du vivre ensemble. »

Cet éminent intellectuel qui a révolutionné la perception de la religion vaudou en Haïti par toutes les classes sociales, mais qui a aussi été membre fondateur de « Religions pour la Paix » et membre fondateur de l’« Académie du Créole haïtien, » a été décoré à titre posthume, de l'Ordre honneur et mérite au grade grand officier. Il sera enterré à Mariani dans son péristyle établi depuis 1974.

Pour Mgr Pierre André Dumas, le défunt était « Un génie rare de notre race. Une bibliothèque humaine, un géant [...] »

Rotchild François Jr., Ministre de la Communication démissionnaire a déclaré « L’Ati Beauvoir était un exemple de tolérance, de Paix, de compréhension. Une bibliothèque vivante dont le savoir a largement bénéficié aux vodouisants, au pays et à tous les secteurs. Le Ministère la Communication se plie devant ce mapou pour saluer son départ dans l’au-delà où sans doute il continuera son travail révolutionnaire. Ayibobo ! »

Rappelons que Max Gesner Beauvoir, biochimiste diplômé de la Sorbonne, était revenu dans son pays pour y apporter ses connaissances, son charisme, sa vision et sa foi inébranlable dans la religion vaudou. Grâce à ses actions, les vaudouisants aujourd’hui sont parfaitement intégrés dans tous les secteurs de la vie nationale. Nommé Ati national en 2008, cet homme « mystique au plus haut degré » a su maintenir l’équilibre entre toutes les religions pratiquées sur le territoire d’Haïti.

Suite au décès de l’Ati National, Max Gesner Beauvoir, un registre de condoléances a été ouvert et est disponible du mercredi 16 au vendredi 18 septembre 2015 dans les jardins du Bureau National d’Ethnologie (BNE).

Lire aussi :
http://www.haitilibre.com/article-15154-haiti-avis-hommage-et-funerailles-de-l-ati-national-max-beauvoir.html